Égalités / Sports

Maillot à l'envers, les championnes du monde de foot réclament l'égalité salariale

Temps de lecture : 3 min

Bien plus populaires et bien plus performantes que leurs camarades masculins, les joueuses de l'équipe nationale courent encore après la reconnaissance financière qui leur est due.

À Frisco, Texas, Megan Rapinoe s'apprête à affronter l'équipe japonaise, le 11 mars 2020. | Ronald Martinez / AFP
À Frisco, Texas, Megan Rapinoe s'apprête à affronter l'équipe japonaise, le 11 mars 2020. | Ronald Martinez / AFP

Une année s'est écoulée depuis la plainte déposée par les joueuses de l'équipe américaine de football contre leur fédération. Doubles championnes du monde en titre (elles ont remporté quatre des huit Coupes du monde organisées depuis 1991), Alex Morgan, Megan Rapinoe et leurs coéquipières souhaitaient notamment attirer l'attention sur les vertigineuses inégalités salariales qui s'exercent toujours à leur dépens. Les joueurs masculins continuent en effet à être bien mieux payés, alors que leurs performances sont nettement moins éblouissantes.

La défense de la fédération américaine laisse pantois: comme l'explique Refinery29, l'USSF (pour United States Soccer Federation) affirme que les joueuses ont moins de pression sur les épaules que leurs homologues masculins, considérés comme plus forts et plus talentueux. C'est l'un des arguments lisibles dans le dossier du procès: «le travail d'un joueur masculin (affronter des équipes nationales masculines) nécessite des compétences supérieures, basées sur la force et la vitesse, par rapport à celui d'une joueuse féminine (affronter des équipes nationales féminines)».

Bien décidée à ne rien lâcher, l'équipe féminine a lancé ce mercredi un nouveau mouvement de protestation. Participant à la She Believes Cup, un tournoi qui les opposait à l'Angleterre, à l'Espagne et au Japon, les joueuses de l'USWNT (United States Women's National Team) ont disputé leur dernier match (contre les nippones) en portant leur maillot à l'envers.

Résultat: si les quatre étoiles cousues sur le maillot restaient visibles, ce n'était pas le cas de l'écusson de la fédération, dont seul le cadre était apparent. Dans leur déclaration commune, les footballeuses américaines affirment vouloir «avancer ensemble en tant qu'équipe et déclarer au nom de toutes les femmes et de toutes les filles que les commentaires de la fédération sont inacceptables». «Nous aimons ce sport et ce pays», complète le communiqué, «et nous ne pouvons pas supporter plus longtemps ce traitement misogyne».

Même les sponsors de l'équipe (Budweiser, Visa, Coca-Cola et le cabinet de consulting Deloitte) se sont dits consternés par la défense de l'USSF. «Nous sommes extrêmement déçus par les commentaires inacceptables et offensants de la fédaration américaine», a déclaré un porte-parole de Coca-Cola. «Notre entreprise s'engage en faveur de l'égalité hommes-femmes et de l'empowerment féminin, aux USA comme partout ailleurs, et nous espérons la même chose de nos partenaires.»

C'est sans doute après avoir subi les critiques ou les menaces des sponsors que Carlos Cordiero, le président de la fédération américaine, a fini par présenter des excuses jugées bien trop tardives, d'autant qu'elles ont semblé n'être motivées que par la peur de perdre des mécènes. Malgré les appels à la démission, Cordiero est toujours en place.

Les joueuses se disent extrêment déçues de ne pas avoir reçu le soutien des footballeurs masculins, à l'image de ce qu'affirmait la gardienne Ashlyn Harris fin 2019: «A-t-on déjà entendu les hommes de l'équipe nationale dire "Ça déconne complètement, ce sont les meilleures joueuses du monde"?». Lors du même entretien, Harris disait espérer obtenir tôt ou tard le soutien explicite des hommes, «le truc qui manque vraiment».

Il a fallu attendre la mi-février pour que l'équipe masculine finisse par émettre un communiqué demandant à ce que les footballeuses de l'équipe nationale soit payées à leur juste valeur. Une lettre qui, d'après Lindsay Gibbs, journaliste spécialiste du sexisme dans le sport, résultait surtout de la volonté des joueurs de ne plus voir leur image ternie par les affaires d'inégalités salariales.

Mercredi, à l'occasion du match contre le Japon (remporté sur le score de 3-1, pour un total de trois victoires en trois matches), Megan Rapinoe et les siennes ne se sont pas contentées de retourner leur maillot. La capitaine en a notamment profité pour s'adresser directement aux enfants: «Vous n'avez pas moins de valeur parce que vous êtes une fille. Vous n'êtes pas meilleur simplement parce que vous êtes un garçon. Nous devrions tou·te·s avoir les mêmes opportunités de poursuivre nos rêves».

Durant le match, on a pu entendre monter dans certaines tribunes des chants à propos de l'égalité salariale. Ce qui est certain, c'est qu'il devient de plus en plus difficile d'ignorer le problème. Ce jeudi, c'était au tour de Don Garber, président de la Major League Soccer (équivalent de notre Ligue Nationale de Football), de s'en prendre aux dirigeants de la fédération, qualifiant leur attitude d'«inacceptable et offensante». L'étau se resserre autour du président de la fédération américaine, qui va devoir agir sous peine de fâcher définitivement les joueuses, qui comptent bien ne pas s'en tenir là.

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