Politique / Société

La semaine imaginaire de Rachida Dati

Temps de lecture : 4 min

Chaque samedi, Louison se met dans la peau d'une personnalité qui a fait l'actu et imagine son journal de bord.

Rachida Dati, candidate LR aux élections municipales parisiennes de 2020. | Joël Saget / AFP
Rachida Dati, candidate LR aux élections municipales parisiennes de 2020. | Joël Saget / AFP

Lundi 9 mars

Hier, on célébrait la Journée internationale des droits des femmes. Ou un truc dans le genre. Il me semble avoir vu passer un push qui en parlait, je crois.

Bref si j'ai bien compris, beaucoup de femmes ont marché dans les rues de Paris malgré un dimanche particulièrement dégueulasse en matière de météo. Parfois, je me dis d'ailleurs que j'aurais dû me présenter à la mairie de Marseille. Ou celle de Bora-Bora.

Si les manifestantes étaient visiblement nombreuses, dans le VIIe en tout cas, c'était assez calme.

C'est souvent assez calme dans le VIIe il faut dire.

Au départ, j'avais imaginé, éventuellement, passer une tête, histoire de.

Mais mes équipes m'ont précisé qu'il n'y avait pas de registres à signer, que les présences ou absences se valaient. Du coup j'ai préféré rester à la maison et regarder Drucker à la place. Au sec.

Et visiblement j'ai bien fait: j'ai cru voir ensuite des images tournées place de la République, entre CRS et manifestantes, où les dispersions étaient plus musclées que mon prof de pilates du jeudi.

Ça ne se serait jamais passé comme ça dans le VIIe. Ça ne se serait pas passé du tout.

Mardi 10 mars

Hier soir j'avais rendez-vous avec un homme.

Et une foule.

Mais surtout un homme.

La foule d'ailleurs, coronavirus oblige, était assez petite.

Nicolas Sarkozy, est venu, à quelques jours du premier tour des municipales, m'apporter son soutien. Pendant son allocution, il a précisé que j'étais atteinte d'une maladie extrêmement rare en politique: la fidélité. J'en ai vu dans l'assistance sortir leur petit flacon de solution hydro-alcoolique pour être sûr de ne rien choper.

Et puis ce soir, nous serons plus nombreux à débattre. Pour la dernière fois, mes adversaires à la mairie de Paris et moi-même nous nous retrouverons sur le service public. Ça me fait toujours tout drôle. Mais ce qui compte, plus encore que la bonne tenue du débat démocratique, c'est que nous serons placé à plus d'1,50 mètre de distance.

J'ai d'ailleurs dit que je n'aimais pas ce côté Koh Lanta dans l'organisation de la soirée.

La vérité c'est que j'ai surtout peur que le scrutin de dimanche ressemble plus à un prime de The Voice et que personne ne se retourne à mon passage.

Mercredi 11 mars

J'en ai marre de tous ces gens qui me posent des colles.

Marre.

Hier soir, Hidalgo ne me lâchait pas sur une histoire de je ne sais plus quel salaire moyen de je ne sais plus quel parc social ou un truc dans le genre, alors que moi je voulais simplement parler des crottes de chiens avenue de Breteuil.

Je suis tout de même issue de la famille politique de l'homme qui a inventé les motos-crottes, ça laisse des traces.

Et puis ce matin, sur RMC, ce journaliste qui me demande mon pronostic sur le match retour du PSG au Parc des princes ce soir.

Mais j'en sais rien à la fin, arrêtez avec vos questions à la noix, je ne suis pas Siri moi, je suis maire du VIIe arrondissement! Faut savoir quoi pour gagner l'élection? La recette de la béarnaise et la racine carrée de 1515? C'était plus simple quand j'étais garde des Sceaux.

Du coup pour être polie et histoire de dire un truc, je lui réponds que je suis confiante vu que ça s'était bien passé au match aller et apparemment non. Apparemment c'était même la cata. Mais moi le mercredi, j'ai zumba, alors le foot, hein.

Et puis, tout est relatif, ils ont perdu, ok, mais peut-être qu'ils avaient tout de même passé un BON moment. Si ça se trouve, Agnès Buzyn, hier, elle s'est dit qu'elle avait fait un bon débat, et Harvey Weinstein est peut-être en train de convenir que vingt-trois ans en taule ça passe vite si on a une appli sudoku sur son téléphone.

Tout est relatif, nom d'une trottinette.

Jeudi 12 mars

Certains ont connu l'appel du 18 juin 1940.

D'autres, les premiers pas de l'homme sur la Lune.

Pour ma part je me souviens très bien de la chute du mur de Berlin et je ne pensais pas revivre un événement historique de si grande ampleur à nouveau.

C'était sans compter sur Emmanuel Macron. Et le coronavirus.

Ce soir, à 20 heures, le président prendra la parole, en direct, sans filet et sans faire de bisou à Brigitte. La France tremble: ce chef d'État quadra, va-t-il mettre le pays en quarantaine ?

Pire, reporter les élections de ce dimanche. Alors que moi, ça ne m'arrange pas du tout, parce que dans pile dix jours, je pars en thalasso à Quiberon, et que dès l'arrivée, j'ai un soin d'une heure avec un enveloppement aux algues et que c'est non remboursable.

D'un coup, les thalassos, les claquettes de piscine et les peignoirs en nid d'abeille paraissent bien dérisoires.

La catastrophe est de bien plus grande ampleur: le scrutin est maintenu mais dès lundi, et jusqu'à nouvel ordre, les écoles sont fermées.

Liberté, égalité, qui veut un steak haché purée devant la télé?

Vendredi 13 mars

En me réveillant ce matin, je me suis demandée si tout compte fait, c'était vraiment une bonne idée de vouloir prendre de hautes fonctions, alors que ma mutuelle n'est pas grandiose.

Aux infos, ils annonçaient que le Premier ministre canadien lui même, Justin Trudeau était en quarantaine car son épouse avait été contrôlée positive au coronavirus.

Quand on y pense, rétrospectivement ça aurait pu éviter pas mal d'emmerdes à François Fillon cette histoire de confinement. J'imagine que le télétravail fictif est bien plus dur à prouver.

En attendant, nous sommes le vendredi 13, jour de chance selon les gens qui fabriquent des jeux à gratter. Dans le doute, et en attendant les premiers résultats de dimanche, rien ne m'empêche d'aller remplir une petite grille d'EuroMillions. Après tout, si j'en crois ma fiche Wikipédia, je suis eurodéputée, et qui sait, ça peut peut-être augmenter mes chances.

La semaine imaginaire
La semaine imaginaire d'Adèle Haenel

Épisode 1

La semaine imaginaire d'Adèle Haenel

La semaine imaginaire du coronavirus

Épisode 3

La semaine imaginaire du coronavirus

Newsletters

Gérald D. et les garçons impatients

Gérald D. et les garçons impatients

La nomination de Gérald Darmanin à l'Intérieur illustre bien l'ambition, la soif de conquête, l'accumulation et la tactique qui caractérisent nos hommes de pouvoir contemporains.

Serait-ce donc possible que l'exécutif se foute des combats féministes?

Serait-ce donc possible que l'exécutif se foute des combats féministes?

Donner une promotion à un homme poursuivi pour une plainte pour viol, nous pouvons convenir que ce n'est pas tout à fait un bon signal envoyé aux victimes.

Réforme des retraites: Jean Castex à l'épreuve des syndicats

Réforme des retraites: Jean Castex à l'épreuve des syndicats

Cette réforme cristallise tous les mécontentements.

Newsletters