Parents & enfants / Santé

Quelques conseils pour rassurer vos enfants sur le coronavirus

Temps de lecture : 10 min

Risques industriels, menace terroriste, coronavirus… Cette dernière angoisse vient s'ajouter à la somme des inquiétudes contemporaines auxquelles sont exposés les enfants.

Le coronavirus, menace fantôme génératrice d'angoisses chez les enfants. | Charlein Gracia via Unsplash
Le coronavirus, menace fantôme génératrice d'angoisses chez les enfants. | Charlein Gracia via Unsplash

«On n'a qu'à dire qu'on revient de la Chine, comme ça, je vais pas à l'école.» La voix du petit Mathis est à peine recouverte par le bruit d'un dessin animé. La journée est pourtant belle. L'enfant pourrait jouer dehors ou profiter de ses camarades. Rien n'y fait. Le minot marseillais préfère rester dans le salon. «C'est un peu lié à la peur du coronavirus, avoue Soizic, sa jeune maman. Depuis que les adultes parlent de la maladie, le comportement de Mathis a changé. Il pose des questions, refuse de ramasser les objets, et tente ne plus aller en classe.»

L'affaire est bien connue. Les effets du coronavirus occupent un large spectre. Certain·es analystes n'en finissent plus d'évoquer les problématiques liées à la propagation du virus. Les considérations sont bien évidemment médicales, géopolitiques, commerciales ou sociétales. Comme à chaque crise, des complotistes s'en mêlent. De vieux Chinois avalent des chauves-souris, la souche du virus serait artificielle, une nuée d'agent·es du FBI auraient secrètement fabriqué une arme biologique. Ambiance...

Un élément demeure cependant certain. Le coronavirus est avant tout question de communication. Exit alors Tchernobyl et son culte du silence. La mondialisation des échanges invite à la prise de parole. Au risque, peut-être, d'effrayer nos enfants.

Cœur brisé et chien zombie

«Radouane se lave les mains toutes les cinq minutes, affirme Monia. Il me demande si être malade du virus fait beaucoup de mal. Je le vois se retourner dès qu'une personne tousse. Au magasin, c'est l'enfer! Il fourre ses mains dans les poches et regarde le plafond.» Farid, le papa de Radouane, fait quant à lui tourner nerveusement sa tasse de thé. «Je suis un brin exaspéré, s'agace ce chauffeur poids lourd. À la radio, la télé, sur internet, les gens ne parlent que de ça. Le gamin croit que c'est la guerre! Je lui dis de ne pas trop écouter. Mais il veut pas entendre!»

Le coronavirus apparaît aux enfants comme une menace invisible. Son spectre rôderait, on ne sait trop où, sur les doigts, les mouchoirs ou la salive du voisin. Un nouveau croque-mitaine, source de bien des terreurs.

«Arthur rentre de l'école régulièrement en larmes, s'inquiète ainsi Philippe, son papa. Non pas à cause du virus. À 6 ans, il est trop petit pour comprendre. Pour lui, il s'agit d'une peine de cœur. Chérine, sa fiancée, ne veut plus lui faire de bisous. Ni même lui prendre la main! Un drame. Je tente de le rassurer, le convaincre que l'Amour est plus fort que tout. L'autre jour, il s'est rincé les doigts et a ramassé des fleurs pour sa chérie. Finalement, il trouve d'autres stratégies et devient romantique!»

«Nous avons beau lui répéter que les animaux ne risquent absolument rien, la petite n'en fait qu'à sa tête.»
Karoline, mère de Livia, 5 ans

Autre son de cloche du côté de Livia. La pitchoune de 5 ans ne craint pas les déceptions amoureuses mais plutôt l'éventuelle disparition de son chihuahua, le bien nommé Haricot.

«Livia fait des cauchemars, abonde sa mère Karoline. Elle rêve que Haricot se dessèche et se transforme en zombie. Nous avons beau lui répéter que les animaux ne risquent absolument rien, la petite n'en fait qu'à sa tête.» Haricot le chihuahua souffre d'une malformation. Ses yeux globuleux dépassent de son minuscule crâne. Sa langue pend presque en permanence. «Notre chien est certes particulier, continue tranquillement la mère de famille. Dans l'esprit de Livia, la crainte du virus vient s'associer à la déformation physique de Haricot. Une sorte de projection...»

Le constat est clair. Parler du coronavirus aux enfants s'avère être un exercice difficile. C'est que la hantise de l'ennemi fantôme serait génératrice d'angoisses. Cauchemars récurrents, crainte diffuse, peur d'être contaminé·e, ce sont les ressources habituellement utilisées par les films d'horreur qui, aujourd'hui, paralysent nos bambins. Le virus ne doit pourtant pas faire illusion. Une question plus fondamentale interroge actuellement les psychologues. Comment rassurer nos enfants à l'heure de la société du risque?

Le truisme est votre allié

«Nous devons changer nos logiciels éducatifs», explique Jean Pellegrin. Ce pédopsychologue ayant exercé plus de quarante ans sur la Côte d'Azur a vu passer plusieurs générations d'enfants en fragilité émotionnelle. Son expertise, à présent reconnue, le pousse à poser un regard neuf sur la façon de s'adresser aux plus petits. «Le coronavirus fait partie d'un tout, continue le thérapeute. Nous vivons dans le cadre d'une société du risque. Ce dernier peut être épidémiologique, mais aussi terroriste, climatique, écologique ou social. Les enfants ne sont pas épargnés. Ils grandissent dans une forme d'incertitude dont l'une des conséquences est d'affecter ce que les psychanalystes nomment la période de latence.»

Le terme, technique, désigne cet âge d'or, où, après le premier Œdipe, le bambin dispose de la totalité de son énergie psychique. «Nous avons tous connu ce bonheur profond de pouvoir tout faire, ajoute le psychologue. Âgés de 8 ou 9 ans, nous allions faire du vélo, jouer au foot, plonger dans la piscine. Nos capacités d'apprentissage paraissaient illimitées. Telle est la définition classique de l'enfance. Une période dite de latence, puisque, à l'écart des soucis des grands, aucun stress ne venait bloquer notre énergie! La période de latence tend de nos jours à diminuer. Nous détectons par exemple de plus en plus d'élèves de primaire atteint de troubles de l'attention. Cela ne devrait pas exister, ou si peu. Sommairement, ces petits sont minés par des problèmes de grands. Ils ont probablement été associés à des enjeux qui, en théorie, ne devraient nullement les regarder. Les cas sont certes complexes. Le chômage, la précarité, l'instabilité affective des parents impactent psychologiquement un nombre toujours croissant d'enfants. Le coronavirus et la société du risque ne font que participer à cette disparition de l'enfance.»

Les mots de Jean Pellegrin sont particulièrement glaçants. Assisterions-nous, impuissants, à l'effacement progressif de l'enfance? Les adultes seraient-ils à ce point désemparés, ou irresponsables, pour faire porter sur les plus petits le poids de leurs propres conflits? Une situation alarmante mais aisément surmontable selon le thérapeute.

«Les enfants doivent rester des enfants, souligne-t-il. Face à la crainte du coronavirus, le rôle des parents serait, en quelque sorte, de renforcer ce qu'il reste de période de latence. Il s'agit de rassurer très concrètement les enfants. Pour ce faire, la valorisation de la vie et de l'énergie sont des éléments essentiels. Malgré la menace, il serait louable d'inviter les petits à vivre intensément le moment présent. Tu veux faire du vélo, voir tes amis, te faire plaisir? Eh bien vas-y, profite, si tu te développes rien ne pourra altérer ta santé. La vie est source de plénitude. De protection. Inciter les enfants à vivre plutôt que de les angoisser avec des histoires de confinement permet de récupérer une dose de confiance incroyable. Voyez-vous, le concret est thérapeutique. C'est un peu le second conseil que je délivrerais: pratiquer une sorte de truisme. Cela existe dans le domaine de l'hypnose. Si vous ancrez les gamins dans une réalité structurée et rassurante, tout ce qui suit sera lui-même rassurant. La maladie n'est pas invisible. Tu es toi-même protégé: regarde, tu t'es lavé les mains donc tu ne risques rien! Si tu ne risques rien, les autres actes seront eux-mêmes revêtus d'un caractère sécurisant. La menace abstraite disparaît. C'est cela le truisme. Insister sur les structures réelles de protection. Maman et papa sont responsables, ils se protègent et te protègent! Une connaissance ou un membre de la famille est malade. Très bien. Regarde, nous avons de grands hôpitaux, de bons médecins, donc ils vont guérir. Le truisme garantit à l'enfant la fin des angoisses diffuses. Ce faisant, il n'engloutit plus d'énergie. La magie de latence revient. Il récupère sa force vitale.»

Les enfants de nos sociétés du risque devraient donc être rassuré·es par une forme de truisme. Le concret serait apaisant. L'action des adultes, loin d'être irrationnelle ou irresponsable, contribuerait de la sorte à protéger l'enfance. Cette technique est largement utilisée par le personnel éducatif dans les écoles.

Faire connaître les bonnes pratiques

Sylvie enseigne aux moyenne et grande sections au sein de l'école maternelle de Gardanne. L'établissement est situé non loin de la colline de Mange-Garri (Bouches-du-Rhône). L'éminence, tristement célèbre, sert de dépotoir pour des résidus de bauxite, les fameuses boues rouges accusées de dégrader l'environnement. Un ballet de camions traverse quotidiennement la rue de l'école. Les enfants jouent sur des trottoirs rougeâtres. Leurs poumons se chargent chaque jour de particules écarlates.

Officiellement, le danger serait proche de zéro. Gardanne est d'ailleurs fière de son outil industriel. Une centrale à charbon fonctionne toujours à quelques encablures du centre-ville. Sa cheminée, aussi haute que la tour Eiffel, serait même visible depuis le plateau de Ganagobie. Les minots vivent ainsi à l'heure de l'économie fossile. Pas une force politique locale –la mairie est dirigée par le PCF– ne songe à une alternative raisonnée de transition écologique... La bataille pour la production, de l'avis de tous, doit être menée sans relâche.

Quel est donc le sort des enfants des boues rouges? À l'âge de 5 ans, les pitchounes connaissent déjà le risque industriel. Des exercices de confinement, comme partout ailleurs, sont régulièrement réalisés en raison de la menace terroriste. L'angoisse du coronavirus ne fait, alors, que compléter la somme des inquiétudes contemporaines.

«L'essentiel, en réalité, est de répondre sur la prévention, une prévention de bonne intelligence.»
Sylvie, enseignante en école maternelle

«Pour faire baisser les tensions, je pose des actes très clairs, débute calmement Sylvie. Pour le coronavirus, par exemple, je reste très simple. Je précise aux élèves que c'est une maladie mais une maladie comme une autre. Il faut se protéger, ça se donne facilement mais il n'y a rien de grave. Nous avons tous été malades, nous avons eu une bronchite, une gastro, tout cela est normal.» Un véritable truisme appliqué in situ. «J'ai écrit le mot coronavirus au tableau en fonction des sons. Puis j'ai dit “vous savez qu'on en entend beaucoup parler”.» Matérialiser le terme constitue pour les enfants un soulagement. La menace n'est plus flottante. Elle a un nom et une graphie. Sa nature devient d'emblée compréhensible. Le visage du monstre, après tout, peut être vu en face.

«La parole des élèves s'est libérée, poursuit l'institutrice. IIs ont dit que c'était une maladie, un virus. L'essentiel, en réalité, est de répondre sur la prévention, une prévention de bonne intelligence. J'insiste sur des éléments très concrets: il faut se laver les mains avec du savon, compter jusqu'à 30, bien passer les doigts dessus dessous. Les mains ne doivent pas être humides, parce que les microbes aiment bien ce genre d'environnement. Donc ils se servent de serviettes en papier, les jettent tous dans la poubelle. Je leur dis que maintenant les mains sont propres, on ne touche pas le mur ni le sol. Tousser en mettant le coude, par contre c'est assez difficile! Ils n'ont pas tous compris!»

La pédagogie de Sylvie plaît énormément. Les petits se sentent à la fois rassurés et écoutés. L'institutrice transforme subtilement le risque épidémiologique en une chance: celle de faire connaître les bonnes pratiques.

«J'aborde le thème de l'alimentation, précise-t-elle. Je parle des aliments protecteurs. Les légumes, les fruits. Pour les anniversaires, je ne fais plus trop de gâteaux. Nous revenons aux choses saines comme les brochettes de fruits! Les enfants sont déjà sensibilisés sur l'alimentation de qualité. Le virus vient renforcer les bons gestes, un retour à l'essentiel. Pour les rassurer, il faut recontextualiser. Poser les bases. Et puis je leur affirme: les enfants, vous pouvez lutter contre les maladies, vous êtes jeunes, vous avez des défenses! Vous ne risquez rien.»

Mise en lumière des problèmes

Les bons gestes concernent aussi les relations sociales. Sur ce point, Sylvie reste très ferme. L'ouverture aux autres est non négociable. «Lundi dernier, une petite fille est rentrée de son voyage autour du monde. Elle a parlé du périple et apporté des petits cadeaux. Ils se sont enrichis de son expérience.» La démondialisation à l'œuvre autour du coronavirus produit un effet néfaste: autrui ou l'étranger amènerait la mort. Des rumeurs, parmi les parents d'élèves, circulent avec une rapidité foudroyante.

L'une d'entre elles voudrait que la maladie aurait traversée les Alpes avec les migrant·es. Le terme «foyer d'infection» fut même utilisé par un père de famille. Sylvie, toujours lucide, défend avec vigueur un humanisme pluraliste. «Veiller strictement à ce que les enfants ne se donnent pas la main peut parfois être contre-productif, s'emporte la pédagogue. On jette une suspicion sur l'autre. Tout dépend de son inquiétude personnelle. On transmet aussi ce que l'on est.»

Les effets d'une telle méthode sont bénéfiques. Les enfants, souriants, apprennent, échangent et rient. La classe est chaleureuse. Le pari, dans cette école, semble être réussi. Brigitte, maîtresse des petits et moyens, tient tout de même à aborder un autre problème. «Nous faisons le travail attendu, remarque-t-elle. Mais attention, nous ignorons si les mesures dans les écoles sont suffisantes. Par exemple, on nous a donné, dans chaque classe, pour deux adultes, un petit flacon de solution hydroalcoolique mais les enfants n'ont rien! Nous allons demander à la mairie du papier pour s'essuyer les mains. Nous sommes dotés pour l'instant de serviettes en tissu, on aimerait avoir des distributeurs de papier dans la classe. Même avant la crise du coronavirus, il y avait des choses à améliorer. C'est l'occasion, à présent, de le dire. Comme si la crise était un révélateur. Le virus montre les problèmes. Il faut pointer les manques pour améliorer les conditions d'enseignement. Cela devient indispensable.»

Le seul mérite du coronavirus aura été de mettre en relief les insuffisances de notre époque. La crise se niche partout. Au creux de notre vie quotidienne, dans les rapports que nous entretenons au monde, à la nature, à la société, et par-dessus tout, à nos enfants. Sachons, dès lors, les rassurer en laissant nos problèmes d'adultes dans nos poches. Il est en effet des truismes qui libèrent. Osons enfin nous en servir.

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