Égalités / Monde

Dans les entreprises japonaises, le service du thé alimente surtout le sexisme

Temps de lecture : 2 min

Appelées «ochakumi», des femmes sont employées dans les entreprises uniquement pour faire bonne figure et offrir le thé à leurs supérieurs.

«Dans les émissions de débat à la télévision japonaise, les femmes présentatrices sont sur le plateau comme des ornements.» | bantersnaps via Unsplash
«Dans les émissions de débat à la télévision japonaise, les femmes présentatrices sont sur le plateau comme des ornements.» bantersnaps via Unsplash

À la préfecture de Saitama, près de Tokyo, les membres de l'assemblée du gouvernement local ont décidé de renoncer au service du thé lors des réunions officielles. Plus précisément, ils ont décidé qu'ils cesseraient d'employer des ochakumi, c'est-à-dire des serveuses de thé, dont le travail consiste à servir du thé vert, parfois accompagné de douceurs, à leurs supérieurs masculins.

Jusqu'à présent, la préfecture de Saitama comptait sept agentes temporaires chargées d'assurer ce service pour les 93 membres de l'assemblée –dont 14 femmes– et autres hauts-fonctionnaires.

Si ce changement intervient dans le contexte de réductions budgétaires de la préfecture, il s'inscrit également dans une volonté de remettre en question les rôles traditionnels dévolus aux hommes et aux femmes dans la société japonaise, et de reconnaître l'évolution du statut des femmes sur leur lieu de travail.

Un monde du travail très masculin

Nobuaki Kojima, à la tête du groupe conservateur du Parti libéral-démocrate à l'assemblée, a déclaré que «conformément à l'ère du temps, [ils avaient] débattu pour savoir s'il était vraiment approprié d'employer des femmes qui attendent simplement d'offrir du thé», ajoutant que dorénavant, les membres de l'assemblée qui désirent se désaltérer devraient s'occuper de leurs propres rafraîchissements.

Cette résolution est pourtant loin de faire l'unanimité à l'échelle du pays. À côté des ochakumi, de nombreuses femmes sont employées en tant que «femmes de bureau», principalement dévouées à de menues tâches, ou à de la figuration: les femmes travaillent discrètement à l'arrière-plan, quand les hommes occupent le devant de la scène.

«Dans les émissions de débat à la télévision japonaise, les hommes discutent de sujets difficiles, tandis que les femmes présentatrices sont sur le plateau comme des ornements», affirme Izumi Nakamitsu, haute-fonctionnaire aux Nations unies, et secrétaire générale adjointe pour les affaires de désarmement du Japon.

Le Japon, mauvais élève de l'égalité hommes-femmes

En dépit des déclarations passées du premier ministre Shinzō Abe, qui s'était engagé à créer «une société dans laquelle les femmes peuvent briller», le Japon reste loin de ses objectifs d'égalité hommes-femmes. L'année dernière, il occupait la 121ème place sur 153 pays au classement mondial de l'égalité des sexes du Forum économique mondial.

Sur les 465 sièges de la Chambre des représentants, seulement 10% étaient tenus par des femmes: bien loin des 30% ambitionnés par Shinzō Abe.

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