Société

Backpackers, quand sonne l'heure du retour en France

Temps de lecture : 5 min

47.000 jeunes obtiennent chaque année un permis vacances-travail. Après le voyage, recherche d'emploi, de logement et décalage avec leurs proches les attendent.

Le retour en France est plein d'incertitudes. | Erik Odiin via Unsplash
Le retour en France est plein d'incertitudes. | Erik Odiin via Unsplash

C'est une aubaine pour les quelque 25.000 backpackers –ou routard·es– français·es bénéficiant d'un programme vacances-travail (PVT) en Australie. Le ministre de l'Immigration par intérim Alan Tudge a annoncé, le 17 février, que les étrangèr·es œuvrant à la restauration des quarante-cinq zones sinistrées par les incendies pourront travailler six mois de plus pour le même employeur. Ce qui facilitera l'obtention de permis de séjour pour passer une deuxième et une troisième année sur l'île.

Que ce soit en Australie, première destination des 47.000 pvtistes français·es, ou en Nouvelle-Zélande, sur la deuxième marche du podium avec 10.000 visas de ce type accordés chaque année, il s'avère impossible au-delà d'une certaine limite de prolonger ce programme accessible jusqu'à 30 ou 35 ans inclus, en fonction des pays. Le retour en France devient inévitable, même pour les personnes qui l'ont repoussé aussi longtemps que possible. Beaucoup redoutent alors de se retrouver confrontées à ce qu'elles ont laissé derrière.

Prolonger le voyage

«Le retour fait super peur parce que ça signifie refermer le bouquin de ce superbe voyage. C'est pour ça que certains tentent de le retarder», résume Julie Meunier, cofondatrice du site pvtistes.net.

Ophélie Mariat, 32 ans, et Maxime Allou, 27 ans, font partie de ces voyageurs et voyageuses longue durée qui, après avoir respectivement passé un et deux ans en Australie –où ils se sont rencontrés–, ont décidé de rejoindre ensemble la Nouvelle-Zélande pour prolonger l'aventure d'une année. Actuellement en Indonésie pour deux derniers mois de road trip, le couple retournera ensuite s'installer en France.

«J'ai l'impression d'être un peu arrivé au bout de ce que je percevais du voyage. Même si j'ai toujours envie de voyager, je ressens maintenant le besoin de construire des projets professionnels et de me poser», assure Maxime Allou. Sans idée précise du secteur vers lequel s'orienter, il souhaite en tout cas tourner la page des emplois «peu gratifiants» qu'il a enchaînés depuis quatre ans, dont la diversité des postes occupés lui a en contrepartie permis d'acquérir polyvalence et confiance en lui.

Se sentir en décalage

S'il désire désormais regagner son Ain natal, Maxime Allou conserve un goût amer de son dernier passage. Il était rentré à l'issue de sa première année outre-mer, avant de reprendre son sac à dos et de retourner en Australie onze mois plus tard. «J'étais heureux de revoir ma famille et mes amis. L'euphorie s'est par contre révélée de courte durée, se souvient cet ancien vendeur en grande surface. Je me suis rapidement senti en décalage parce que j'avais vraiment envie de raconter mes voyages, mes aventures... mais mon entourage ne se rendait pas compte de ce que j'avais vécu. Ça a aussi été dur de retrouver la routine. Ça m'a déprimé.»

Laura Baglivo, jeune diplômée d'un master de socio-anthropologie, a consacré son mémoire à cette question du retour des pvtistes. Après avoir mené une trentaine d'entretiens, elle ne semble pas surprise par l'incompréhension décrite par Maxime Allou. «Les voyageurs éprouvent un besoin très fort de raconter leur expérience car, dans le fond, ils souhaitent continuer à vivre cette aventure, avec des moments forts et la rencontre perpétuelle de nouvelles personnes. Or, avec les nouvelles technologies, tout le monde a pu suivre leur épopée à distance. Ce qui explique leur déception», détaille-t-elle.

Rendre des comptes

Pour partager ces récits, l'administratrice du site pvtistes.net préconise plutôt de participer à des événements où se croisent ancien·nes et futur·es backpackers. Un moyen, estime celle qui a effectué deux PVT en Australie et au Canada il y a une dizaine d'années, de surmonter ce qui s'apparente «un peu à un deuil».

Ce terme correspond au déchirement anticipé par Ophélie Mariat. «Je ne suis pas du tout pressée de rentrer, tranche-t-elle. Ça me fait peur de reprendre ma vie d'avant. Lorsqu'on voyage, même si on travaille, ça reste quand même les vacances. On n'a pas les mêmes responsabilités...», poursuit la trentenaire qui devra, dans quelques semaines, se résoudre à renouer avec sa profession d'infirmière.

«Les backpackers gèrent leur propre routine, sur laquelle ils exercent un contrôle total, alors qu'en retrouvant le système français ou belge [son mémoire porte sur les deux nationalités, ndlr], ils auront l'obligation de rendre des comptes et le sentiment que leur liberté se révèle complètement bafouée», abonde la socio-anthroplogue Laura Baglivo.

Retourner chez ses parents

D'autant qu'une fois leur van vendu et leur avion atterri, quatre routard·es sur dix n'ont d'autre choix que de retourner vivre chez leurs parents, selon l'enquête réalisée par le site tourdumondiste.com auprès des Français·es ayant effectué des séjours à l'étranger de plus de trois mois. C'est le cas de Louise Sita, 27 ans, qui s'apprête à quitter la Nouvelle-Zélande au terme d'un PVT d'un an, et admet trouver l'idée de la colocation avec sa mère «un peu bizarre, même si c'est temporaire. Ça faisait quand même dix ans que j'habitais seule!»

Le logement est loin de constituer la première source d'inquiétude de cette juriste. «De par ma formation, je connais bien les codes de la machine administrative française, mais je n'ai absolument pas hâte de me replonger dans ses arcanes...» Le gouvernement se propose toutefois de minimiser les efforts demandés aux citoyen·nes revenant d'un séjour prolongé à l'étranger sur le site retour-en-france.simplicite.fr.

S'expatrier

Se pose également la question de réintégrer le marché du travail tricolore. La majorité choisit, toujours d'après l'enquête de tourdumondiste.com, de conserver le même poste ou une fonction similaire qu'avant le départ. De son côté, Louise Sita prévoit d'imiter les deux ex-backpackers sur dix qui entament une reconversion. À Wellington, capitale néo-zélandaise, cette Rémoise cumulait un mi-temps dans un café et un autre en tant qu'enseignante de français. Séduite par la dimension pédagogique, elle envisage de poursuivre dans cette seconde voie. Sans minimiser «toutes les démarches» et «la grosse remise en question» que cela ajoutera à son «angoisse» du retour.

«J'ai peur du contrecoup, de faire du surplace et de ne pas avancer comme je l'entends», confie-t-elle, tandis qu'Ophélie Mariat et Maxime Allou se disent «angoissés de recommencer à zéro». Julie Meunier, du site pvtistes.net, relativise. «Il faut travailler sur la valorisation du PVT pour ne pas qu'il soit perçu comme de simples vacances à l'étranger. Cette expérience devient heureusement de mieux en mieux vue en France», constate-t-elle, optimiste.

Impossible, cependant, d'enlever de nouveaux horizons de la tête des backpackers. Les deux Français qui se sont rencontrés sur la route se donnent ainsi «quelques mois» pour s'acclimater ou bien décider de partir faire leur vie au Canada. D'autres cherchent d'ores et déjà à échapper à l'atmosphère «anxiogène» de l'Hexagone et se mettent en quête d'une entreprise australienne ou néo-zélandaise pour les employer à long terme. Et transformer leur voyage en expatriation.

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