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En Inde, le rôle trouble de la police face aux lynchages de musulmans

Temps de lecture : 2 min

Tenter d'endiguer les attaques et les exactions pro-hindous pourrait être préjudiciable aux forces de l'ordre.

Un homme regarde les magasins incendiés à la suite des affrontements entre hindou·es et musulman·es du 23 au 26 février 2020 à New Delhi. | Sajjad Hussain / AFP
Un homme regarde les magasins incendiés à la suite des affrontements entre hindou·es et musulman·es du 23 au 26 février 2020 à New Delhi. | Sajjad Hussain / AFP

Fin février, la capitale indienne New Delhi a été le théâtre de violents affrontements entre hindou·es et manifestant·es musulman·es, qui protestaient contre une loi sur la citoyenneté discriminatoire à leur égard. En trois jours, quarante-six personnes ont été tuées et plus de 250 blessées, majoritairement côté musulman.

Alors que la manifestation se déroulait dans le calme, la situation a rapidement dégénéré en un conflit intercommunautaire, qui aurait été orchestré par les nationalistes hindous. Rien d'étonnant estime le New York Times, tant le gouvernement attise les tensions entre les deux communautés depuis des années et pousse sa police à l'inaction, voire à soutenir les lynchages de musulman·es.

Incitation à la violence

Le Premier ministre Narendra Modi et les membres du Parti nationaliste hindou (BJP) n'ont cessé d'exalter la haine envers les musulman·es ces dernières années. Le point d'orgue de cette politique est sans aucun doute cette loi sur la citoyenneté qui relègue au rang de citoyen·nes de seconde zone les près de 200 millions de musulman·es du pays.

En réponse aux manifestations contre la loi, un des chefs du BJP, Kapil Mishra, a incité les nationalistes hindou·es à affronter cette minorité. Le 23 février, premier jour des heurts, il a appelé les foules à s'opposer au blocage d'une route de Delhi tenue par des femmes musulmanes. Des groupes armés de sabres, de pierres et de pistolets se sont abattus sur des musulman·es. Des personnes ont été brûlées vives dans leurs maisons.

Face à ces violences, la police n'a rien fait, ou pire, elle les a cautionnées, note le journal américain. Plusieurs vidéos en attestent, dont l'une où l'on voit des policièr·es debout qui forcent cinq musulmans à terre et gravement blessés à chanter l'hymne national.

Par ailleurs, l'attentisme de la police de Delhi, contrôlée par le ministre de l'Intérieur du BJP, n'a fait qu'empirer la situation. Les forces de l'ordre n'ont en effet été déployées qu'après deux jours de lynchages et alors que vingt personnes avaient déjà péri, rapporte le Figaro.

Impunité

De nombreuses autres images attestent de la passivité des forces de l'ordre, comme celle du 30 janvier à Delhi, où l'on voit un homme passer, arme à la main, devant la police impassible, avant de tirer sur la foule. Ou encore lors d'affrontements à l'université Jamia Millia Islamia en décembre, ajoute Le Monde.

Cette attitude serait due à une politique gouvernementale visant à récompenser l'inaction ou les comportements pro-hindous de la police, estime Hartosh Singh Bal du New York Times. En 2002 lorsque, après le massacre d'au moins 800 musulman·es dans l'État du Gujarat –alors administré par l'actuel chef du gouvernement–, l'ensemble des agents de police qui s'étaient opposés aux violences, ou du moins avaient tenté de les endiguer, ont été mutés et constamment harcelés.

Un message clair et intimidant qui est également valable pour la justice. Peu de temps après avoir critiqué la police de la capitale pour ses exactions lors des récentes violences, un juge de la haute cour de Delhi a été être muté dans un État différent.

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