Société

«J'ai l'impression de confondre l'amour et l'addiction»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Elena, qui vit en boucle le même genre de relation avec des garçons et qui a fini par se dire qu'elle était dépendante affective.

«Au début, le mec est à fond, mais ensuite, cela change.» | J Stimp via Flickr
«Au début, le mec est à fond, mais ensuite, cela change.» | J Stimp via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Je vous écris parce que j'ai l'impression d'être dans une impasse compliquée.

Lorsque je rencontre des garçons, c'est toujours le même schéma: c'est moi qui me choisis une «proie» (en général en soirée techno, où le cadre est propice). Je passe alors la soirée avec cette personne, qui en général dort chez moi après et finit par passer beaucoup de temps avec moi.

C'est comme une fusion, comme si l'on se connaissait depuis toujours. Au début, le mec est à fond, mais ensuite, cela change: ils deviennent ma drogue, comme si je vivais pour eux. Je checke tout le temps mon téléphone et me retrouve dans un état de stress constant. C'est assez dur à vivre.

Puis, cela m'est déjà arrivé trois fois, je me mets rapidement en couple avec ces personnes qui sont soit des pervers narcissiques, soit des personnes qui ont peur de se lier. En général, ces relations ne durent pas longtemps ou finissent très mal.

J'ai rencontré quelqu'un d'autre il n'y a pas longtemps (toujours le même schéma…), que j'aime beaucoup et avec qui je passe beaucoup de temps. Il est très respectueux, mais il ne veut pas s'engager et je l'ai un peu brusqué en lui posant un ultimatum. Je regrette beaucoup, il m'a pardonné.

Je pense souffrir d'un gros problème de dépendance affective et j'ai l'impression de confondre l'amour et l'addiction, de ne même pas savoir ce qu'est le vrai amour.

Elena.

Chère Elena,

L'addiction à l'amour et à la relation existe. Il est tout à fait possible que, parce que vous n'avez pas eu les bons codes et suffisamment d'amour et de confiance plus tôt dans votre vie, vous ne sachiez pas bien aimer.

On parle de l'amour comme du sentiment le plus naturel du monde; on le rapproche souvent de phénomènes naturels, comme la foudre. L'amour semble être un état qui toucherait tout le monde de la même façon et qui produirait les mêmes effets. Mais tout le monde n'est pas à égalité en matière d'amour et, surtout, nous ne savons pas tous et toutes quoi faire de ce sentiment.

Quand on aime «mal», c'est souvent qu'on nous a mal appris. Pour aimer, il faut d'abord s'aimer. Je vous renvoie à ce titre au podcast C'est compliqué, et plus particulièrement à l'épisode «Je fais fuir les garçons à cause de mon surplus d'amour».

Vous avez besoin de construire cette confiance en vous et en l'amour qui vous manque. Vous avez besoin d'apprendre à aimer pour pouvoir construire sur le long terme avec quelqu'un à qui vous apporterez autant qu'il vous apportera.

Pour apprendre à aimer, il n'y a pas de mystère. Cela n'arrive pas en rencontrant par hasard une personne avec qui vous vous mettriez en couple et qui vous apprendrait. Cela n'arrive pas d'un coup, par magie. Vous devez prendre ce temps d'apprentissage de l'amour, et le faire en étant accompagnée. Beaucoup de thérapeutes proposent un accompagnement dans ce sens.

Il ne faut pas avoir honte de ne pas savoir aimer. Les individus ne partent pas tous dans la vie avec les mêmes chances, et nos blessures altèrent notre capacité à aimer et à nous aimer. Les symptômes de ces blessures prennent à l'âge adulte différentes formes: on enchaîne les relations toxiques ou dysfonctionnelles, on fait du mal à ses enfants ou on souffre de problèmes de confiance et d'amour de soi.

Ces ingrédients qui nous manquent pendant l'enfance, c'est comme un vide que l'on traîne avec nous. Et malheureusement, on remplit ce vide comme on peut –très souvent mal ou avec n'importe quoi. Ce qu'il ne faut pas oublier, c'est que notre vide, le reflet de nos blessures, il abîme aussi nos proches, nos enfants, les hommes ou les femmes que l'on aura mal aimé·es.

C'est pour cette raison qu'il faut se prendre par la main. Il est vital de s'autoriser à connaître un jour le bonheur et d'investir sur son capital émotionnel. Il faut dire à cet enfant que l'on a été: «Je vais refermer le vide.»

Prenez le temps de laisser les hommes de côté un moment, Elena, et cherchez un·e psychologue ou psychothérapeute. Prendre soin de vous, c'est déjà commencer par bien aimer la première personne qui compte: vous-même.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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