Société

Se mettre en quarantaine est la meilleure chose qui pourrait nous arriver

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Si dans un jour prochain nous étions confinés à l'intérieur de nos appartements, peut-être retrouverions-nous le goût des choses essentielles.

Retrouver la félicité des choses premières. | Jason Scragz via Flickr
Retrouver la félicité des choses premières. | Jason Scragz via Flickr

Si tout va bien, d'ici peu, nous serons tous en quarantaine. Afin d'empêcher le coronavirus de se propager –ah! ah!– et de rassurer une opinion publique apeurée, on fermera les frontières et on demandera à chacun de rester tranquillement chez soi. Quel bonheur ce sera! Plus de klaxons, plus d'embouteillages, plus rien, juste le doux silence de la ville au repos. Aussi, plus de courses à accomplir: chaque matin des âmes charitables viendront nous déposer au pas de nos portes comme les laitiers du temps jadis nos provisions de la journée ou de la semaine.

Ce sera comme des vacances improvisées.

Les visites seront strictement interdites –ma belle-mère ne pourra plus se pointer à l'improviste sous prétexte de nous offrir un énième plat à gratin, nous qui n'avons même pas de four. Chacun chez soi. Plus besoin de se rendre à l'autre bout de la ville participer à des repas mortellement ennuyeux parmi des convives dont je me fous éperdument et à qui je souris pourtant, de ce sourire contraint dont les âmes timides et mélancoliques ne se départissent jamais quand elles sont obligées de se rendre dans le grand monde.

Rester chez soi. Lire. Dormir. Écouter de la musique. Cuisiner. Rêver. Jouer avec son chat. Dormir encore un peu. Se reposer. Réfléchir. Prendre le temps d'être soi-même. Ne plus être pressé. Ne plus avoir à courir ou à donner le change. Sentir le temps passer, la vie s'écouler au ralenti comme si plus rien n'avait d'importance. Comme si nous étions seuls au monde, revenus à l'aube de la création. Fermer les volets peut-être, dire adieu au monde, s'allonger sur son canapé et somnoler tout son soûl; la douce félicité d'une existence provinciale dont nous goûterions à nouveau la lente et suave pulsation.

Le calme. Enfin le calme. La paix souveraine. Plus de métros, de bus bondés, de promiscuité forcée, de toute cette violence que la ville engendre et ne manque jamais de nous imposer. Le temps perdu dans les transports en commun. Les voitures à l'arrêt prêtes à tout pour imposer leur loi. Les queues maugréantes au supermarché. Le paraître de nos vies moribondes. Toute cette agitation qui ne ressemble à rien et dont pourtant nous subissons le continuel vacarme comme si nous avions perdu la raison même de vivre –enfants du bitume et de la grande dépression.

Une vie d'écrivain en somme, tournée vers l'essentiel. La vie que j'essaye de mener depuis toujours, solitaire et un brin austère. La vie de l'esprit. La vie des livres. La vie de la musique intérieure. La vie comme une prière qui jamais ne s'arrête. La vie qui cherche mais ne trouve jamais de réponses ou si peu. La vie qui essaye pourtant. La vie de l'étude et l'étude de la vie. La vie que j'ai voulue. Une vie recluse. Loin du commerce des hommes et de l'agitation du monde.

À la fin, on y prendrait tellement goût qu'on voudrait que l'épidémie de coronavirus ne connaisse pas de fin. Qu'on soit condamné à la quarantaine pour l'éternité. Ce serait comme une renaissance. Le monde, s'il s'arrêtait de s'agiter pendant quatorze jours, réaliserait à quel point il s'est fourvoyé, combien il se ment et s'abuse, se perd et s'oublie dans des outrances qui ne mènent à rien si ce n'est au chaos, à la destruction et à la guerre. Qui sait si le coronavirus ne sera pas une chance pour l'humanité, une dernière chance avant la chute finale?

Pascal –le philosophe hein, pas Obispo, le chanteur– disait que tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre.

Tâchons de le faire mentir.

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