Égalités / Société

Aux États-Unis, les bibliothèques des prisons sont pleines de trous

Temps de lecture : 2 min

Chaque établissement sélectionne les livres mis à disposition des détenus de manière opaque et non contrôlée.

La bibliothèque de Guantanamo, à Cuba, en 2014. | Mladen Antonov / AFP
La bibliothèque de Guantanamo, à Cuba, en 2014. | Mladen Antonov / AFP

Illegal: Reflections of an Undocumented Immigrant a changé la vie de Michael Tafolla. Ce livre, qu’il a lu alors qu’il purgeait une peine de prison au centre correctionnel de Danville, dans la banlieue d’Indianapolis, raconte «comment un être humain est réduit à une action que d’autres perçoivent comme mauvaise. Il n’est plus un être humain mais réduit à un crime vivant, qui marche, parle et respire».

Tafolla est sorti en 2018. En janvier 2019, Illegal avait disparu des rayons de Danville, ainsi que 200 autres ouvrages de la bibliothèque du programme d’éducation en détention de la prison. Ce cas, relaté par NPR, n’est qu’un exemple parmi d'autres de la censure arbitraire qui règne dans les bibliothèques des prisons américaines.

D’après un récent rapport de l’ONG PEN America (association dédiée à la promotion de la liberté d’expression via la littérature), la censure en prison constitue la plus longue liste noire littéraire des États-Unis. Malgré des critères différents pour chaque prison, les restrictions sont «souvent arbitraires, trop larges, opaques et sujettes à peu de contrôle»

Le racisme, sujet non grata

La couleur pourpre est par exemple blacklisté dans les prisons texanes. Au Kansas, le prix Pulitzer de Toni Morrisson, The Bluest Eye, ainsi que le plus récent The hate U give sont interdits. Tout trois traitent du racisme et de la condition noire aux États-Unis. Au Kansas toujours, Mein Kampf est par contre autorisé.

La population carcérale des États-Unis est démesurément composée d’hommes noirs. Dans des documents internes obtenus par des médias locaux, le centre correctionnel de Danville explique avoir retiré les 200 ouvrages car ils abordaient la question du racisme («racially motivated»).

Pour PEN America, les livres sur le racisme et la justice, qui aident à comprendre pourquoi les minorités sont tant incarcérées, sont régulièrement interdits car jugés potentiellement perturbateurs.

Après des protestations, Danville a finalement réintégré les 200 titres supprimés de ses rayons et l’Illinois Department of Correction a décidé de modifier sa politique de choix des livres et de la faire appliquer par un comité centralisé.

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