Parents & enfants / Société

Les familles de stars sont la noblesse du XXIe siècle

Temps de lecture : 4 min

Certains artistes n'ont pas seulement fait une carrière, ils ont fondé une dynastie qui doit se perpétuer.

Lily-Rose Depp à la Mostra de Venise, le 2 septembre 2019. | Alberto Pizzoli / AFP
Lily-Rose Depp à la Mostra de Venise, le 2 septembre 2019. | Alberto Pizzoli / AFP

J'ai toujours aimé les potins people. Et visiblement, Facebook le sait puisque l'autre jour, son algo me proposait ce contenu.

Capture d'écran

Ce qui était vraiment fou, c'est que précisément quelques jours auparavant, une amie me parlait de Monica Bellucci qu'elle avait vue au restau avec sa fille. Et là, la fille de mon amie, âgée d'une quinzaine d'années et qui écoutait la discussion d'une oreille, nous dit: «Ah ouais, Deva Cassel.» Je tilte un peu. Même pour moi, du haut de mon grand âge, les potins sur la famille Cassel/Bellucci c'est un peu ringard, alors je fronce les sourcils en découvrant qu'une ado sait qui ils sont, et même en sait plus que moi puisque j'aurais été bien incapable de donner le prénom de la fille aînée de Monica et Vincent.

Et là, l'ado m'explique: «Je la suis sur Instagram.» Alors moi aussi, évidemment, je suis des célébrités sur Instagram. Instagram a renouvelé les codes de la presse people, on est bien d'accord. Mais Deva Cassel? Est-ce véritablement une célébrité? D'après l'article du Elle et la fille de mon amie, oui.

Je ne vais pas faire mine de m'étonner du phénomène bien connu des enfants-de. Un essai a même décrypté le sujet il y a quelques années. Mais il y a mutation dans le phénomène. D'abord, auparavant, l'enfant-de avait généralement peu d'existence publique avant de décider de se lancer dans une carrière d'acteur ou d'actrice, de chanteur ou de chanteuse. Désormais, il peut capitaliser très tôt sur la célébrité de ses parents avec son compte Instagram.

Généralement, l'enfant-de mène une vie luxueuse qui lui permet de poster moult photos de bord de piscine, mer turquoise, défilé de mode, avant-première. Et clichés avec ses ami·es qui se trouvent souvent être aussi des enfants-de. C'est comme ça qu'un Romeo Beckham ou une Sistine Stallone (oui, Sylvester a appelé sa fille Sistine) peuvent dépasser le million d'abonné·es sans avoir jamais rien produit de particulier à part des selfies avec leurs parents.

Revendication de l'ascendance

Grâce à Instagram, l'enfant-de n'a pas besoin de sortir un disque pour être connu. Je ne parle donc pas des enfants-de qui ont fait carrière en produisant véritablement des choses. On peut évidemment penser qu'une Stella McCarteney profitait de certaines facilités pour se lancer dans la mode, il n'empêche qu'elle a fait des choses. Désormais, on a franchi une étape: on est tellement bien né qu'on n'a plus à faire quoi que ce soit à part siroter des cocktails et c'est presque en soi une carrière.

Mais je suis mauvaise langue parce que ces enfants-de font quelque chose. Ils font de la pub. Foin des velléités de carrières artistiques, allons directement au but.

Il se trouve que ce sont les marques qui ont développé ce business. Ainsi, Dolce & Gabbana qui vient d'embaucher la fille Cassel pour la promo de son nouveau parfum est un peu spécialiste en la matière. L'entreprise avait déjà mis au premier rang d'un de ses défilés une brochette d'enfants-de en 2017 (dont justement Sistine Stallone), et avait fait poser Gabriel-Kane Day-Lewis (fils d'Isabelle Adjani et Daniel Day-Lewis) avec Presley Gerber (fils de Cindy Crawford) et Rafferty Law (fils de Jude Law). Pour l'entreprise, c'est devenu un filon.

Comme le notait déjà un article du New York Times en 2017, auparavant, les enfants-de cherchaient à faire oublier leur ascendance, quitte à changer leur nom (en France les enfants Higelin, M; aux États-Unis Angelina Jolie ou Emilio Estevez qui en réalité est le fils de Martin Sheen). Désormais, il ne s'agit plus de faire oublier qu'on est le fils ou la fille de, pour exister par soi-même mais précisément l'inverse: le revendiquer. Ce qu'on vend, c'est son nom. Ces noms de famille sont devenus des marques. Des marques qui font vendre.

Mais il ne s'agit pas seulement de nom de famille. Il est remarquable comme ces enfants mettent en scène leur ressemblance physique avec leurs parents. Évidemment, on voit mal comment Lily-Rose Depp ou Zoë Kravitz pourraient ne pas évoquer leur mère. Mais Kaia Gerber, qui est mannequin, cherche clairement à accentuer sa ressemblance avec sa mère (Cindy Crawford). Non seulement on ne cherche plus à exister par soi-même, mais on se présente délibérément comme un clone de ses parents.

Ou encore Ilona Smet (fille de David Hallyday et Estelle Lefébure, soit quand même la troisième génération de Smet).

Identification

Ces gens n'ont pas seulement fait une carrière, ils ont fondé une dynastie qui doit se perpétuer. Exactement à l'image de la noblesse. La ressemblance physique entre parent et enfant est comme une marque de pureté du lignage, et un moyen sans doute pour nous tous et toutes de remonter le temps en nous rappelant la jeunesse de ces stars vieillissantes, et donc la nôtre. (Sur moi, ça produit l'effet exactement inverse. Voir les enfants de stars grandir me déprime de façon disproportionnée. Ça réveille en moi la vieille dame aigrie et saoulée par le monde.)

L'ancien patron de W Magazine déclarait en 2017: «C'est devenu un métier d'être la fille ou le fils d'une célébrité.» On fait fructifier le nom familial, on renforce la dynastie. Faut-il y voir un retour aux valeurs familiales? Ou une manière pour les stars de nous faire croire qu'elles ont la même vie que nous puisqu'elles sont aussi des parents, ce qui, ne l'oublions pas, est sans doute le plus beau rôle de leur vie?

Et voici donc comment nous retrouvons sur les panneaux publicitaires la troisième génération de Cassel (et ici aussi, Deva Cassel joue sur sa ressemblance physique avec sa mère)...


... ou de Smet (Ilona Smet étant devenue égérie de Mixa comme sa mère avant elle)...

... ou de Gainsbourg (pourquoi Charlotte Gainsbourg a-t-elle fait cette campagne de pub avec sa fille, voilà un grand mystère à mes yeux; vous allez me parler d'agent, mais enfin, ce n'est pas exactement ce qui doit leur manquer).

Ce texte est paru dans la newsletter hebdomadaire de Titiou Lecoq.

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