Société / Culture

Affaire Mila, affaire Griveaux, c'est par où la sortie?

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Nous sommes cernés par un océan de médiocrité qui menace de nous engloutir à tout jamais.

Nous nous enfonçons dans la nuit noire de l'ignorance. | Thealix via Flickr
Nous nous enfonçons dans la nuit noire de l'ignorance. | Thealix via Flickr

Affaire Mila, affaire Griveaux: un océan de médiocrité qui semble nous engloutir pour mieux nous noyer. Où que nous regardions, nous découvrons effarés des polémiques d'une bassesse telle qu'elles nous donnent des hauts-le-cœur, une envie furieuse de se claquemurer chez soi, de divorcer d'avec la rumeur du monde et d'oublier cet étalage d'obscénités, de rancœurs, d'accusations qui nous avilissent et nous rendent odieuse la fréquentation des êtres humains.

Comme si quelque chose était doucement en train de se déglinguer, une sorte de déréliction collective, où sans repères ni perspectives, sans rien à quoi se raccrocher pour se maintenir à flot, nous nous enfonçons dans la nuit noire de l'obscurantisme, de l'ignorance, de la totale absence de jugement ou de réflexion, une sorte de nivellement par le bas auquel nous ne pouvons échapper, cernés que nous sommes par ces flux continus d'information et autres réseaux sociaux qui épuisent et interdisent toute forme de raisonnement.

Un monde sans foi ni loi où les opportunistes de tous bords profitent du vide laissé par nos renoncements successifs pour imposer leur vision du monde, une sorte de nihilisme cancéreux et sans aucune grandeur, simple ricanement de garnements désœuvrés qui dépourvus de toute assise intellectuelle voudraient révolutionner le monde du haut de leur affreuse ignorance.

Nous méritons mieux que cela.

Nous ne sommes jamais les bonnes personnes pour juger de la valeur d'une époque, mais comment ne pas sombrer dans le désespoir quand de partout nous sommes assaillis d'un torrent continuel de bêtises, de vulgarité, d'inconsistance crasseuse où chacun se prend pour le roi du monde et s'entend à nous le faire savoir? Où nous avons perdu tout sens de l'effort collectif, de l'utopie, du rêve, pour mieux se coltiner avec un réel qui se complait dans un cynisme de bon aloi, un renoncement à tout ce qui élève et émeut, une appétence pour le sordide et l'éphémère –comme un chant d'adieu à la civilisation.

Une peur généralisée qui nous rend aussi veules que des armées de moustiques. Un virus apparaît au bout du monde, et voilà que nous crions «Papa, Maman» comme si nous étions à la veille de l'apocalypse. Désormais sans dieux, sans espérance, sans croyance, sans transcendance, nous errons à la surface de la Terre comme de sombres cafards, prêts à croire aux boniments de n'importe quel saltimbanque.

Nous manquons de substance, de profondeur, d'envie d'affronter la complexité du monde –un monde que nous prétendons dominer et qui pourtant nous effraie comme jamais.

Nous fuyons dans les mirages des séries, ce nouvel opium du peuple qui nous endort et nous rend aussi amorphes que des mollusques. Nous n'accordons plus de temps à la lenteur, à la réflexion, à la lecture de livres savants dont le souvenir se perd au fond de nos bibliothèques municipales.

Nous sommes en train de devenir complètement idiots, au point d'élire à la tête de la première puissance mondiale un gnome illettré dont les frasques perpétuelles sont autant d'insultes à la notion même d'intelligence ou de savoir. Nous sommes bouffis de nos propres inconséquences, et au lieu de nous ressaisir, nous perdons notre temps à commenter des faits d'actualité qui nous aveuglent autant qu'ils nous dégradent.

Nous parlons un jour de féminisme, le lendemain d'écologie, une autre fois d'islamisme, sans même nous donner le temps d'approfondir ces questions.

Nous nous retrouvons seulement quand il s'agit de manifester nos haines recuites, d'adresser de perpétuels reproches à nos gouvernants, comme si nous valions mieux qu'eux.

Nous sommes en colère, mais nous ne connaissons même pas la nature de notre courroux, si ce n'est une vague insatisfaction de mener des vies qui nous ennuient. Et comme nous nous ennuyons à mourir, nous avons soif de revanches, de mises à mort, de sang, de toute une agitation fébrile qui annonce la venue prochaine de dictatures.

Nous n'avons plus de boussole. Nous rêvons de régimes forts qui nous protégeraient, mais nous protégeraient de quoi, bon sang? De la fin du monde ou de la fin d'un monde? Jamais nous n'avons été aussi libres, aussi bien portants, aussi gâtés, pourtant rien ne trouve grâce à nos yeux, et à la place de nous réjouir, nous inventons mille complots pour mieux nous étourdir.

Nous sommes désenchantés.

Et comme si cela ne suffisait pas, voilà que nous sélectionnons pour l'Eurovision une chanson si niaise que même l'emploi de l'anglais ne parvient pas à la sauver de sa totale inconsistance.

En fait, nous sommes foutus!

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