Politique

Benjamin Griveaux ou la mort du romantisme

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Si seulement le candidat à la mairie de Paris avait pris le soin d'écrire une lettre d'amour, une vraie, que de soucis il se serait épargnés.

Une victime de la modernité. | Stéphane de Sakutin / AFP
Une victime de la modernité. | Stéphane de Sakutin / AFP

Décidément, l'époque n'est plus au romantisme.

Il y a encore un siècle, Benjamin Griveaux, aspirant candidat à la mairie de Montargis, aurait vu sa carrière brisée nette par l'interception d'une lettre d'amour où, sans fard, il aurait livré le contenu de son ardente passion:

«Mon amour, sans toi, je dépéris. Toute la journée, je pense à toi et quand je m'endors, c'est encore à toi que je pense. Tu es le soleil de ma vie, la fleur de mon existence, le ciel de mon espérance. Si je te perds, je perds tout. Et à l'idée que bientôt, je te retrouverai, j'éprouve à travers tout le corps comme des élans douloureux, cette envie impérieuse d'être en toi, au plus profond de ton intimité, quand je t'embrasserai toute entière dans cet abandon de l'amour qui marque chez les amants l'assouvissement du plaisir. Oh ma chérie, je suis tout à toi et à l'idée de te posséder à nouveau, je sens monter en moi une envie si forte que parfois, je dois me faire raison pour ne point donner à l'extravagance de mon désir le soulagement qu'il me réclame et que je tâche de lui refuser, non sans difficulté.

Ton Benjamin.»

Il y a encore un demi-siècle, Benjamin Griveaux, aspirant candidat à la mairie de Nemours, aurait vu sa carrière brisée nette quand le mari de sa maîtresse aurait entendu à leur insu la teneur de leur conversation téléphonique:

«Mais bien sûr que je t'aime, mon petit oiseau... Je t'aime comme un fou... Mais oui, je pense à toi... Tout le temps... Tu ne dois pas en douter... Si seulement, tu pouvais savoir combien je te désire... Bien sûr, que c'est vrai... Mais oui, même maintenant, surtout maintenant... Tiens, si je m'écoutais, je te donnerais rendez-vous en bas de chez toi, je ne te laisserais même pas le temps de franchir la porte, je t'embrasserais dans le corridor de l'entrée, comme l'autre jour, et quand la lumière se sera éteinte, dans la pénombre, je découvrirais ton manteau, je te mordrais la poitrine et doucement, je te posséderais...»

Il y a encore trente ans, Benjamin Griveaux, aspirant candidat à la mairie de Fontainebleau, aurait vu sa carrière brisée nette par l'enregistrement d'un message téléphonique où, à demi-mots chuchotés au répondeur de son amante, il aurait confié toute l'intensité de son désir triomphant:

«Je sais, tu ne peux pas me parler mon amour, mais je voulais te dire combien je t'aime, combien je pense à toi, combien je te désire. Tout le temps. Le souvenir de l'autre après-midi me hante nuit et jour. Je nous revois enlacés sur ce lit, quand juste après l'amour, tu m'as confié que depuis toujours, tu m'attendais. J'entends encore distinctement ces mots que tu m'as sussurés à l'oreille et à ce souvenir –comment te dire cela sans apparaître vulgaire?–, j'éprouve là où tu sais comme des démangeaisons, une sorte de palpitation douloureuse que je parviens seulement à calmer quand dessus j'appose mes mains, comme une consolation de ton absence.

Rappelle-moi quand tu peux.

Je t'embrasse très fort. Benjy.»

Il y a encore quinze ans, Benjamin Griveaux, aspirant candidat à la mairie de Versailles, aurait vu sa carrière brisée nette quand un SMS destiné à son amante aurait été envoyé par inadvertance à l'ensemble de ses contacts:

«J'en peux plus. Faut que je te voie. J'ai envie de te baiser tout le temps. Rien que de t'écrire, je bande. Putain, la prochaine fois qu'on se voit, tu vas prendre cher.»

Il y a encore dix ans, Benjamin Griveaux, aspirant candidat à la mairie de Boulogne-Billancourt, aurait vu sa carrière brisée nette quand un MMS envoyé à sa maîtresse se serait retrouvé entre des mains indélicates, un MMS où à côté de la photo de sa verge en pleine érection, il aurait pris soin de noter:

«Tu la veux, dis le ke tu la veux, t'as vu comment elle te kiffe, j'y crois pas comment tu me fais bander, t'es vraiment un petit démon, toi. Je vais te démonter, next tuesday. Droit au but, ah ah ah!»

Aujourd'hui, Benjamin Griveaux, aspirant candidat à la mairie de Paris, a vu sa carrière brisée nette quand un malotru est parvenu à se saisir d'une vidéo où il se contentait de se branloter la nouille face caméra.

Triste époque!

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