Culture

«High Maintenance» et «High Fidelity», deux séries qui magnifient New York

Temps de lecture : 6 min

En plus de bénéficier d'un casting bourré de charme.

«The Guy» est de retour dans «High Maintenance». | Capture d'écran via YouTube
«The Guy» est de retour dans «High Maintenance». | Capture d'écran via YouTube

Tous les mercredis, Anaïs Bordages et Marie Telling décryptent pour Slate.fr l'actu des séries avec Peak TV, une newsletter doublée d'un podcast.

Le rythme effréné des sorties séries a un peu ralenti ces dernières semaines, pour notre plus grand bonheur. Mais n'ayez crainte, Peak TV oblige, on a toujours quelque chose à se mettre sous la dent. Cette semaine, on vous parle de deux séries qui ont pas mal de choses en commun (outre une partie de leur nom): High Maintenance et High Fidelity.

Si la seconde est plus anecdotique que la première, elles ont chacune des castings bourrés de charme, d'excellentes bande-sons, et un amour pour New York qui transparaît à chaque plan. Bref, si cette semaine, le monde des séries ne nous a pas livré la quantité, on a au moins eu droit à de la qualité.

Le gros plan: «High Maintenance» (OCS)

Ancienne websérie désormais diffusée sur HBO, High Maintenance est une anthologie sur les pérégrinations d'un dealer de weed à New York. Chaque épisode de 20 à 30 minutes nous plonge dans le quotidien d'un·e ou deux de ses client·es, qui n'ont rien en commun si ce n'est leur contact avec le dealer –personnage par définition anonyme, il est connu uniquement sous le nom de «The Guy». Cela pourrait sembler désincarné, c'est en réalité tout le contraire. L'espace d'une heure ou d'une journée, High Maintenance nous permet d'entrer dans l'intimité de ces New-Yorkais·es aux vies complètement différentes: un vétérinaire dépressif, une étudiante hindoue qui fume des joints sur son toit, un sympathique nudiste, un couple d'échangistes en crise… Une multitude de personnages queer, bizarres ou marginaux, toujours attachants et plus complexes qu'ils n'y paraissent. Affable et généreux, «The Guy» discute avec ses client·es, les conseille et les écoute parler de leurs problèmes, opérant parfois comme un psy ou un ami de fortune, un refuge bienvenu pour qui a passé une mauvaise semaine.

Si l'on continue d'y revenir, c'est parce que, derrière son format d'anthologie, High Maintenance est en fait discrètement sérialisée. La série est le produit d'une rencontre amoureuse et créative entre Ben Sinclair, acteur et monteur qui incarne le rôle principal, et Katja Blichfeld, directrice de casting. Le duo, qui écrit et réalise ensemble, a divorcé alors que la première saison était encore en production, à la suite du coming out de Katja Blichfeld. Mais leur partenariat créatif perdure, et la série n'a fait que s'enrichir émotionnellement depuis. Parfois, la fiction reflète la réalité: on apprend par exemple que «The Guy» a été marié, et que son ex est désormais en couple avec une femme. Dès la saison 2, le dealer a ses propres arcs narratifs et, d'épisode en épisode, on en apprend un peu plus sur ce personnage flegmatique qui n'a même pas de nom, mais qui a clairement beaucoup de cœur. La série invoque souvent des références cinéphiles et s'autorise une certaine audace formelle, comme dans l'épisode tourné entièrement du point de vue d'un chien. Mais elle n'oublie jamais son leitmotiv: une analyse généreuse de la beauté des rapports humains (ou canins). Vraie déclaration d'amour à l'éclectisme de la ville de New York, High Maintenance porte un regard bienveillant sur le monde, avec des tranches de quotidien, parfois drôles, parfois douces-amères, qu'on n'a jamais envie de quitter.

Voir des personnages de fiction pendant des saisons entières a toujours fait partie des plus grands plaisirs dans la consommation de séries télé. De Ross et Rachel (Friends) à Jim et Pam (The Office) en passant par Leslie et Ben (Parks and Recreation), pourquoi les couples de séries sont-ils si importants pour nous? Est-ce que les séries actuelles sont encore capables de créer des histoires d'amour iconiques? Pour notre dixième (déjà!) épisode de Peak TV, le podcast, on a décidé de parler d'amour.


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On regarde aussi

On aime vraiment:

Briarpatch (USA Network) – Un polar léché, malin et très divertissant, avec du gros calibre devant comme derrière la caméra. Le mélange parfait entre télé traditionnelle et Peak TV.

Pourquoi pas:

Bad Banks (Arte) – Ce thriller financier allemand revient pour une saison 2 un peu plus dynamique. On y reste surtout pour la fascinante Paula Beer –et sa tension sexuelle avec divers·es collègues.

Homeland (Canal+) – Pour son dernier tour de piste, Homeland retourne à ses racines: en Afghanistan, avec une bonne dose de soupçons et de cry face.

L'épisode culte: «Chicanery» («Better Call Saul», S3E5)

Personne ne pensait que Better Call Saul, spin-off sur un des personnages les plus clownesques de Breaking Bad, deviendrait une des meilleures séries de la décennie. Si vous n'y croyez toujours pas, il ne vous reste qu'une chose à faire avant l'arrivée de la cinquième saison sur Netflix ce 24 février: regarder «Chicanery». Cet épisode est un concentré de ce qui fait le génie de Better Call Saul, un huis clos sous haute tension qui se révèle aussi divertissant que dévastateur.

À ce stade de la série, le futur Saul Goodman utilise encore son nom de naissance, Jimmy McGill. S'il a régulièrement recours à des petites arnaques pour survivre, Jimmy veut encore essayer d'être honnête: comme il le dit au début de l'épisode, «plus le mensonge est gros, plus on a du mal à s'en sortir». C'est donc en retenant son souffle qu'on regarde «Chicanery», l'épisode qui fait un peu plus basculer Jimmy du mauvais côté de la loi et de la morale.

Partageant une relation de plus en plus vénéneuse avec son frère Chuck, Jimmy est poussé dans ses derniers retranchements lorsque ce dernier l'attaque en justice, l'accusant d'avoir trafiqué des documents légaux. Si Jimmy est reconnu coupable, il perdra sa licence d'avocat. Pour s'en sortir, il doit donc se résoudre à humilier publiquement son frère, et le décrédibiliser en attirant l'attention sur la fragilité de sa santé mentale. L'ironie, c'est que Jimmy est réellement coupable des méfaits dont il est accusé. Mais au bout du compte, il se révèle être un bien meilleur menteur que son frère (qui masque depuis des années son état psychologique). Même si Chuck s'est souvent montré odieux avec Jimmy, on grimace de douleur en voyant les deux frères s'affronter, sachant que cette ultime trahison précipitera la rupture entre eux, et le glissement de Jimmy vers un personnage bien plus sombre.

Le crush: Rob et tous ses «love interests» (Zoë Kravitz dans «High Fidelity»)

Rarement une série nous a fourni autant de crush en seulement dix épisodes. Entre Zoë Kravitz qui est objectivement et sans exagération la plus belle femme du monde, et tous ses prétendants (Simon, le plus choupi, Clyde, le plus amoureux, Liam, le plus sexy et Mac, le plus parfait) High Fidelity est un régal pour les yeux et les hormones.

Peak de chaleur: Honnêtement, chaque seconde de cette série.

Sur-mesure: si vous aimez Brooklyn, les vinyls et les romcoms...

... regardez High Fidelity (Hulu).

High Fidelity, c'est l'histoire de deux adaptations. Il y a d'abord eu le livre de Nick Hornby, publié en 1995, sur un Londonien propriétaire d'un magasin de musique qui passe ses journées à disserter sur l'art d'une bonne playlist et à ressasser ses ruptures les plus mémorables. En 2000, Stephen Frears adapte le roman et transpose l'action à Chicago, dans un film devenu culte avec John Cusack dans le rôle principal. Comme Hollywood ne laisse aucun succès reposer en paix, 2020 nous offre un deuxième remake: une série de dix épisodes produite par Hulu. Dans cette version, Rob est une femme bi (Zoë Kravitz), propriétaire d'un magasin de vinyls à Brooklyn.

La série n'est pas parfaite. Elle se la joue parfois tellement cool qu'on a du mal à ne pas lever les yeux au ciel et certaines blagues sont un peu faciles (les moqueries sur le «frosé all day», c'était déjà fatiguant en 2016). Mais la sauce prend quand même. D'abord grâce à Zoë Kravitz, qui irradie de charisme et de vulnérabilité dans le rôle principal, et qui nous fait aimer Rob même dans ses pires moments.

Le reste du casting est aussi impeccable, de Jake Lacy (abonné aux rôles de mecs gentils depuis Obvious Child) à Da'Vine Joy Randolph, à la fois drôle et touchante en Cherise, en passant par Kingsley Ben-Adir, l'ex parfait. Sans parler de David H. Holmes –Simon, le meilleur ami/ex de Rob qui a depuis fait son coming out– star d'un épisode à part, particulièrement réussi.

Deux autres protagonistes indispensables: Brooklyn et la musique. La série nous immerge à Crown Heights, avec les breakfast sandwichs et les cafés de la bodega du coin, les bars de quartier et la cohabitation entre hipsters et résidents historiques. Le tout au son de David Bowie, Frank Ocean, Fleetwood Mac, Marvin Gaye, The Notorious B.I.G. ou Blondie (Debbie Harry fait d'ailleurs un caméo). Comme toutes les meilleures romcoms, High Fidelity est un parfait divertissement, doux et sans prise de tête.

Ces textes sont parus dans la newsletter bimensuelle Peak TV.

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