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Le Royaume-Uni a lui aussi droit à sa polémique sur la robe d'une députée

Temps de lecture : 4 min

Apparemment, certains ne supportent pas la vue d'une simple épaule dénudée.

Aucun règlement n'impose de tenue aux députées, mais pour certain·es, la tenue de Tracy Brabin n'était pas digne de sa fonction. | Jessica Taylor/AFP/UK parliament
Aucun règlement n'impose de tenue aux députées, mais pour certain·es, la tenue de Tracy Brabin n'était pas digne de sa fonction. | Jessica Taylor/AFP/UK parliament

Le 3 février dernier, lors d'une séance à la Chambre des communes du Parlement britannique, la députée travailliste Tracy Brabin portait une robe noire, qui dévoilait son épaule dénudée. Ce simple vêtement a valu à la députée de virulentes critiques sur Twitter: certain·es internautes criaient au scandale, en affirmant que cette tenue n'était pas appropriée pour siéger dans l'hémicycle.

Loin de penser que sa robe déclencherait une telle vague d'hystérie, Tracy Brabin a répondu aux critiques par un tweet en défendant son choix vestimentaire. L'élue a par ailleurs expliqué que la «bandoulière» de la robe avait «glissé» lorsqu'elle a atteint le micro pour parler.

A-t-elle enfreint un quelconque règlement s'appliquant aux député·es? Non, car il n'y a pas de code vestimentaire précis s'appliquant au Parlement britannique. La norme est que les élu·es doivent respecter les règles de comportement et de courtoisie édictées par Thomas Erskine May en 1844, soit soixante-quinze ans avant que la première femme députée, Nancy Astor, siège au Parlement. Malgré son contenu dépassé, ce texte est aujourd'hui connu comme le «Erskine May Bible».

Il stipule que la façon de s'habiller doit témoigner du «respect pour la Chambre et pour sa position centrale dans la vie de la nation». Si l'usage voulait auparavant que «les hommes portent vestes et cravates», les changements apportés à ces règles en 2017 ont exclu l'obligation du port de cette dernière. Mais rien n'est précisé pour les femmes. C'est au Speaker –équivalent du président de l'Assemblée nationale– que revient le soin, peu enviable, de faire la police de la mode, et de fixer de nouvelles règles vestimentaires.

«Ce n'était pas scandaleux de porter ce vêtement, surtout en 2020.»
Marie Le Conte, journaliste politique et autrice

Selon Stuart Fox, maître de conférences sur la politique britannique à l'Université de Brunel à Londres, «Tracy Brabin n'a pas eu tort de porter cette robe». Marie Le Conte, journaliste politique et autrice, partage le même avis: «Ce n'était pas scandaleux de porter ce vêtement, surtout en 2020.» Elle ajoute «qu'il y a aujourd'hui un grand nombre de femmes députées à Westminster depuis les elections legislatives de décembre 2019».

Pour Stuart Fox, «il y a aussi une attitude sexiste qui persiste envers les femmes au Parlement. Les médias font leur travail de sensationnalisme à cet égard sans scrupule». La députée du Labour elle-même a déclaré à la BBC que les critiques sur les réseaux sociaux ne sont malheureusement qu'un autre exemple du sexisme auquel les femmes sont confrontées au quotidien: elle regrette que les femmes soient en permanence jugées en fonction de ce qu'elles portent, de leur apparence, et pas pour ce qu'elles disent.

Sieste versus épaule dénudée

Pour Stuart Fox, «la sieste du leader de la Chambre des Communes, Jacob Rees-Mogg, habillé en costume trois pièces et allongé sur les bancs des ministres, était beaucoup plus irrespectueuse que l'épaule nue de Tracy Brabin». L'attitude de Jacob Rees-Mogg, en plein débat sur le Brexit, en septembre dernier, avait en effet suscité de très fortes critiques. Sa posture, jugée aussi arrogante que méprisante, avait généré de nombreux détournements parodiques sur Twitter.

Patrick Martin Genier, essayiste, chroniqueur en presse écrite et spécialiste de l'Europe, des relations internationales et affaires publiques, estime que «la Chambre des Communes a besoin d'évoluer». Selon lui, «il y a encore beaucoup de sexisme en politique, et pas uniquement à droite». Il rappelle que le Parti travailliste est d'ailleurs le seul à n'avoir jamais eu de femme comme leader.

L'épisode de la robe de Tracy Brabin en rappelle un autre à Patrick Martin : «La même remarque sexiste avait été faite à une ancienne ministre en France.» Il s'agit de Cécile Duflot qui, en juillet 2012 alors qu'elle était ministre du Logement, avait subi sifflets et moqueries dans l'enceinte de l'Assemblée nationale, au moment où elle s'apprêtait à prendre la parole. Elle portait une robe aux manches trois-quart bleue et blanche. Trop distrayant, manifestement, au regard des critères personnels d'une poignée de députés de droite.

Robe superstar

Profitant de sa soudaine notoriété, la députée travailliste a mis en vente sa robe sur internet. Les enchères, qui se clôturaient le jeudi 13 février, ont dépassé les £20.000 livres, soit 24.000 euros. L'argent récolté sera reversé à Girlguiding UK, une organisation caritative qui aide les jeunes filles à développer leur confiance en elle et leur estime de soi. «Le travail qu'ils font est phénoménal», avait insisté Tracy Brabin deux jours plus tôt, sur la chaîne de télévision ITV.

Marie Le Conte estime que c'est une bonne idée: «C'est la meilleure solution pour transformer cette situation à son avantage.» Toujours sur ITV, Tracy Brabin s'est d'ailleurs dite «contente que quelque chose de positif soit sorti de cette histoire de robe». «Je dirais que les gens veulent parler d'autre chose que de politique. Ils en ont eu assez en trois ans de Brexit.»

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