Économie

Pourquoi le loto rend-il accro?

Temps de lecture : 2 min

Les systèmes aléatoires rendent fou.

Le hasard est facteur de peur. | jackmac34 via Pixabay
Le hasard est facteur de peur. | jackmac34 via Pixabay

Cet article est publié en partenariat avec Quora, plateforme sur laquelle les internautes peuvent poser des questions et où d'autres, spécialistes du sujet, leur répondent.

La question du jour: «Pourquoi les gagnants au loto ou aux jeux de hasard dilapident-ils leur argent?»

La réponse de Sébastien Chaumont, docteur en mathématiques appliquées et probabilités à l'université Nancy I-Henri Poincaré:

En tant que mathématicien, je ne peux moi aussi que m'étonner devant des gens qui gaspillent leur argent en face de cette ridicule probabilité de gain. Ces personnes achètent du rêve, etc. Oui c'est vrai, c'est clair.

Mais j'avoue que la meilleure explication m'avait été donnée par un biologiste-comportementaliste, il y a longtemps.

Il faisait le parallèle avec un dispositif expérimental qu'on appelle la boîte de Skinner.

Boîte de Skinner. | Bd008 via Wikimedia

C'est très simple, on met une souris dans une boîte dont elle ne peut pas s'échapper. Il n'y a qu'un seul objet dans la boîte. Un bouton, ou levier, et un dispositif qui fournit de la nourriture lorsqu'on appuie dessus. On s'arrange pour que l'occupant de la boîte ne puisse pas voir ou entendre ce qui se passe à l'extérieur. Ce dispositif sert à étudier le comportement. Il y a des variantes, mais je fais au plus simple.

Un dispositif qui rend dépendant

Ce qui est formidable, c'est que ce comportement étudié est transposable à l'homme. Vous agiriez comme la souris si vous étiez à sa place.

Avec ce dispositif, on observe une chose très simple (mettez vous à la place de cette pauvre souris –d'ailleurs je vais dire «vous» plutôt que «la souris», c'est plus rigolo):

  • Si le dispositif fonctionne normalement (à chaque fois qu'on appuie sur le bouton, une boulette de nourriture tombe dans la boîte où vous êtes enfermé), alors vous allez appuyer plusieurs fois, le temps de comprendre comment ça marche. Puis vous allez simplement appuyer quand vous aurez faim. Point.
  • Si à un moment on débranche le dispositif et qu'on ne le rebranche jamais (vous aurez beau appuyer sur le bouton, ça ne marche plus, rien ne se passe), qu'allez-vous faire? Ben, vous allez paniquer et compulsivement appuyer sur le bouton. Des dizaines de fois, des centaines peut-être. Et, au bout d'un moment, vous allez arrêter. Vous êtes convaincu que ça ne sert plus à rien. De temps en temps, de plus en plus rarement, vous allez appuyer une fois, au cas où. Et vous allez juste vous laisser mourir, pleurant sur cette source de nourriture définitivement épuisée.
  • Qu'allez vous faire si maintenant on débranche aléatoirement le dispositif de manière totalement imprévisible (par exemple, trois fois dix minutes par jour, à chaque fois à un moment différent de la journée –il faut juste que ça ne soit pas souvent)? Une fois que vous aurez compris comment ça marche, vous allez appuyer sans cesse sur le bouton. Quand il fonctionne, et quand il ne fonctionne pas. Sans limite, sans avoir faim et sans considération de ce dont vous avez besoin sur le moment –pour profiter des moments impossibles à prévoir, où vous pouvez obtenir de la nourriture. Et pour éviter d'avoir faim et de ne plus avoir de nourriture à un moment où le dispositif ne fonctionne plus. C'est terriblement logique. Cela correspond à la peur du manque provoquée par le hasard.

Conclusion: en face d'un système dont le résultat est aléatoire (imprévisible), on «devient fou», dans le sens où l'on adopte des comportements irrationnels, dans la mesure où l'on croit que c'est la seule façon d'obtenir ce qui est important pour nous.

  • Offrez sans limite: les gens ne prendront que ce dont ils ont besoin.
  • Ne donnez rien: personne ne viendra vous voir
  • Donnez un peu, aléatoirement: les gens seront accro.

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