Le pays de Galles, ça vous gagne
Société / Culture

Le pays de Galles, ça vous gagne

Temps de lecture : 6 min
Slate.fr

La plus petite des nations britanniques séduit par sa richesse culturelle, la beauté de ses paysages et son dynamisme entrepreneurial. Elle mise sur l’essor des nouvelles technologies et du tourisme pour construire son avenir.

Ancienne région minière et métallurgique, le pays de Galles a beaucoup changé. Tournant le dos aux vieilles industries, la nation anglo-celte a mis son expertise et les compétences de sa main d’œuvre au service de nouvelles productions, comme la fabrication des moteurs hybrides dans l’usine Toyota de Deeside. Cette usine, attentive aux économies d’énergie et soucieuse d’écologie, est devenue le premier centre de production de moteurs hybrides de Toyota hors du Japon.

Pionnier de l’énergie marine

Dynamique et tourné vers l’avenir, le pays de Galles compte d’ailleurs sur les préoccupations environnementales et les énergies renouvelables pour se forger une nouvelle identité mondiale. Telle est en tout cas l’ambition des deux fondateurs de Marine Power Systems (MPS). Cette jeune société, installée à Swansea, conçoit des équipements capables d’utiliser le mouvement des vagues et la force des vents marins pour produire de l’électricité verte et peu coûteuse.

«A l'avenir, lorsque les gens demanderont quelles sont les plus grandes entreprises du pays de Galles, nous voulons être citée parmi elles», affirme Gareth Stockman, un des fondateurs de MPS. Et le Premier ministre gallois, Mark Drakeford, lui emboîte le pas en déclarant en septembre 2019: «nous voulons que le pays de Galles devienne un acteur de premier plan dans le secteur de l’énergie marine. Cela implique de soutenir des entreprises innovantes comme MPS, d’attirer dans notre pays des pionniers du monde entier et d’exporter notre savoir-faire, nos technologies et nos services.»

Air pur et série culte

Le pays de Galles s’enorgueillit aussi d’espaces naturels remarquables et d’un riche patrimoine architectural, dont une multitude de châteaux (plus de 600 !). Encore peu fréquenté par les touristes, le massif de Snowdonia, au nord, offre les monts les plus hauts des îles britanniques, après les Highlands écossaises. L’air y est pur. Suffisamment pour apaiser ceux que le mal en voiture empêcherait d’apprécier des paysages à couper le souffle. Au bout de la route, on trouve des villages encastrés entre des falaises au vert presque oppressant, comme Tremadog, où l’on boit bien au pub - de l’hydromel et de la bière - avant de dormir à l’étage, puis d’enchainer sur un breakfast agrémenté du meilleur bacon du monde.

À quelques minutes de là se situe un village aux bâtisses multicolores que l’on n’imaginerait jamais pouvoir pousser sous le ciel gris. Transformé en hôtel, le village de Portmeirion est né du cerveau d’un architecte fantasque, Sir Clough William-Ellis. «Certains artistes aiment peindre, d’autres aiment écrire, Clough aimait construire, expliquait son petit-fils à So Film, en 2018. Dans les années 1920, il avait voyagé sur la côte ligure, à Portofino. L’architecture locale était en harmonie avec le paysage. Ça l’a influencé. Il voulait ajouter de la beauté à celle du paysage, construire sans détruire. À l’époque, personne ne prenait ça au sérieux.» Pour mettre en œuvre ses idées, l’architecte acquiert trente hectares de terrain en 1925, avant de les ouvrir au tourisme en 1926.

En 1960, l’acteur Patrick McGoohan entre pour la première fois à Portmeirion pour tourner des scènes de Danger Man, le feuilleton dont il est la star. Depuis quelque temps, il cherche à développer sa propre série. L’endroit est suffisamment beau et mystérieux pour être le théâtre du Prisonnier. Le pitch? Un homme démissionne d’un job top secret, est enlevé et se retrouve dans un village, une prison dorée, dont il tente de s’enfuir à chaque épisode. Depuis, la série est devenue culte. Portmeirion accueille chaque printemps une convention de fans qui vaut le détour. Les autres viennent pour visiter ce qui fut un repère de la contre-culture. En 1993, George Harrison venait encore y festoyer pour ses 50 ans.

Université et bossa nova

À Portmeirion, les employés parlent tous anglais, mais échangent entre eux en langue galloise. La langue que le Prince Charles a dû apprendre à maitriser suffisamment pour prononcer son discours d’investiture, lorsqu’il fut intronisé Prince de Galles. Le lieu de son apprentissage est évident: l’université d’Aberystwyth, sur la côte Ouest. Fondée en 1872, l’établissement accueille quelque 9 000 étudiants, répartis entre une vingtaine de départements. Célèbre notamment pour son département de politique internationale, l’école est bâtie au bord de la Mer d’Irlande, dans la baie de Cardigan. Aberystwyth est une cité étudiante, mais aussi une station balnéaire prisée.

Au creux de Snowdonia, Bangor est une autre ville estudiantine à succès. Rencontrer quelqu’un passé par là est l’assurance de l’entendre parler des balades à vélo au petit matin, pour se rendre en cours, manquant de peu d’être renversé à force d’observer les montagnes. Mais pour ceux qui préfèrent la ville et la nightlife qui va avec, il y a bien entendu la capitale, Cardiff, cité industrielle, qui rime aujourd’hui souvent avec fête. Les groupes et les labels y sont nombreux et de qualité.

Issus d’un peuple attaché à sa culture, les musiciens gallois aiment mettre leur langue en avant. Et on ne parle pas là que de groupes traditionnels. Ancienne membre de The Pipettes, Gwenno Saunders écrit des chansons pop en gallois, langue qui compterait aujourd’hui près de 600 000 locuteurs. En 2012, elle sortait un premier EP dans la langue qu’elle parlait enfant avant d’enchainer sur un album Y Dydd Olaf, inspiré d’un livre de science-fiction du même nom de l’auteur Owain Owain. Le sujet? Une société dominée par les robots, qui clonent les humains et rentrent dans leur tête. Sauf s’ils parlent une langue minoritaire que les machines ne comprennent pas. Parler gallois devient dans l’ouvrage une question de survie. Dans la réalité, des labels comme Turnstile Records ont fait le même pari. De nos jours, on peut même entendre de la bossa nova chantée en gallois, par le groupe Carwyn Ellis & Rio 18.

La vie est belle

Le pays de Galles, et si c’étaient les étrangers qui en parlaient le mieux? En 2006, une Française, Céline Jones s’installe dans la capitale galloise. «Je suis arrivée après mon Master de droit privé afin de faire un stage de 6 mois dans un cabinet juridique», raconte-t-elle. «Je souhaitais améliorer mon anglais par le biais d’une expérience à l’étranger, avant d’intégrer l’école du barreau de Lille. Quatorze ans plus tard, j’ai deux enfants trilingues qui ne savent toujours pas s’ils doivent supporter les Bleus ou les Welsh Dragons.»

Céline fut séduite par la gentillesse «inégalable» des locaux, un «je ne sais quoi» gallois qui ne vous quitte plus jamais. Elle se souvient de son intégration: «Seulement quelques semaines après avoir emménagé, on m’invitait déjà à des fêtes d’anniversaires, des barbecues ou à aller voir des matchs de rugby. Tout le monde se parle, tout le monde se dit bonjour, tout le monde a un réel intérêt envers les autres. Un altruisme auquel j’ai encore parfois du mal à croire, tellement c’est rare.» Les rues de Cardiff seraient donc plus chaleureuses que le métro parisien? Il semblerait. Avec un grand sourire, elle évoque la ferme de ses beaux-parents à la campagne et la beauté des paysages.

Mais c’est petit, Cardiff. Peut-être trop? Pas selon Céline qui loue les infrastructures «dignes des plus grandes capitales européennes. Musées, centres sportifs de qualité, bibliothèques. Tout y est. On a aussi des parcs immenses et des pistes cyclables qui permettent à beaucoup l’accès au travail à vélo.» Au pays de Galles, Céline Jones travaille pour Capital Law, un cabinet de droit international qui comprend plus de douze départements internationaux, dont un département français qu’elle dirige.

En 2018, Céline lance le Wales France Business Forum, Le Club avec un ami. Le concept? Un centre d’affaires consacré à créer et favoriser les relations d’affaires entre ses deux pays. Le Forum, sponsorisé par des groupes tels que Bouygues UK, Keolis, Thales et Reval Continuing Care, est lancé à l’Ambassade du Royaume Uni à Paris et connait un joli succès avec près de 250 membres.

Également avocat conseil auprès du Consulat et de l’Ambassade de France à Londres, Céline aide quotidiennement des nationaux français ayant des difficultés juridiques en Angleterre ou au Pays de Galles. Elle leur permet d’avoir accès à quelqu’un qui parle leur langue et comprend leur culture à un moment de leur vie où ils se sentent souvent vulnérables et stressés.

«La vie ici est simple, mais tellement belle, conclut-elle. Une fois qu’on a mis les pieds au pays de Galles, on se demande toujours pourquoi on n’y est pas allé plus tôt.»

Crédit photo: Visit Wales

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