Monde / Culture

Le gouvernement Trump cherche à imposer une architecture «classique» à l'Amérique

Temps de lecture : 2 min

Contre l'architecture moderne et contemporaine jugée moche et décadente, l'administration Trump souhaite rétablir l'harmonie antique.

Il faut plus de colonnes pour l'Amérique ! | Andrew Caballero-Reynolds / AFP
Il faut plus de colonnes pour l'Amérique ! | Andrew Caballero-Reynolds / AFP

On connaissait le «MAGA», slogan de campagne trumpien qui ambitionnait de «rendre sa grandeur à l'Amérique»; il faudra désormais se faire au «MFBBA», pour «Making Federal Buildings Beautiful Again», soit «rendre leur beauté aux bâtiments fédéraux». C'est le nouveau projet de décret préparé par l'administration Trump, qui souhaite que les nouveaux bâtiments fédéraux ou les prochaines rénovations se fassent en suivant un style architectural «classique ou traditionnel».

Cela reviendrait à bannir toute forme de modernisme, pour renouer avec des architectures d'inspiration antique, calquées sur le modèle grec ou romain. Tout projet contrevenant à ces directives devrait, pour être mis en oeuvre, solliciter une dérogation auprès d'un comité présidentiel de «ré-embellissement».

Trolling architectural

La directive a suscité de vives protestations de la part des architectes, des conservatrices et des historiens de l'art. Du reste, le décret est un camouflet infligé au très respecté Programme de design d'excellence de l'Administration des services généraux, dont le comité est chargé de sélectionner des architectes qualifié·es pour réaliser des projets fédéraux. Le directeur du programme, David Insinga, a présenté sa démission en signe de désaccord.

Le National Trust for Historic Preservation, qui oeuvre à la défense du patrimoine américain, s'est lui aussi positionné contre l'initiative, publiant un communiqué selon lequel «le projet de décret mettrait en danger les bâtiments fédéraux à travers le pays qui représentent toute notre histoire américaine. [...] Nous nous opposons fermement à tout effort visant à imposer un ensemble restreint de styles pour les futurs projets fédéraux en fonction des goûts architecturaux de quelques individus».

De son côté, le gouvernement joue la carte du populisme: «Pendant trop longtemps, les élites architecturales et les bureaucrates ont ridiculisé l'idée du beau, ils ont ouvertement ignoré les opinions publiques sur le style, et ils ont tranquillement dépensé l'argent des contribuables pour construire des bâtiments moches, chers et inefficaces», affirme Marion Smith, présidente de la National Civic Art Society, l'organisation désignée pour soutenir ce projet, qui lutte depuis 2002 contre l'architecture contemporaine.

Pour Michael Kimmelman, du New York Times, l'annonce est si tapageuse qu'elle semble «presque conçue pour provoquer à la fois les partisans de l'architecture moderne et ceux de la diversité architecturale. [...] L'indignation ravit la base de soutien de Trump. Pour lui, c'est gagnant-gagnant».

Et de faire le rapprochement avec les précédents régimes, autoritaires, qui ont cherché à incarner leur idée de la nation à travers les bâtiments officiels de leur pays –architectures soviétique, fasciste ou nazie, pour ne pas les citer.

Le décret exécutif reprend en partie les mots de Daniel Patrick Moynihan, auteur des Principes directeurs de l'architecture fédérale, publiés en 1962, selon lesquels l'architecture «doit fournir un témoignage visuel de la dignité, de l'entreprise, de la vigueur et de la stabilité du gouvernement américain». Moynihan pourtant insistait également sur le fait que la conception des bâtiments fédéraux doit «découler de la profession d'architecte pour aller vers le gouvernement, et non l'inverse», arguant que l'expertise demeure essentielle et «qu'un style officiel doit être évité»; préceptes que le gouvernement Trump s'est bien gardé de reprendre à son compte.

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Reste à imaginer le degré d'américanité supérieur que pourraient ajouter des colonnes corinthiennes bâties devant la Trump Tower.

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