Santé

Quand verrons-nous la fin de l'épidémie de coronavirus?

Temps de lecture : 7 min

La situation appelle de nombreuses questions, mais il ne faut pas demander aux scientifiques de prendre la place des devins.

Un passager portant un masque dans la gare de Pékin-Ouest, le 24 janvier 2020, en Chine. | Nicolas Asfouri / AFP
Un passager portant un masque dans la gare de Pékin-Ouest, le 24 janvier 2020, en Chine. | Nicolas Asfouri / AFP

Près de deux mois après l'émergence, en Chine, d'un nouveau coronavirus, rien ne permet de prédire quelles seront l'ampleur et la sévérité de cette nouvelle épidémie en continuelle progression. Et rien, a fortiori, ne permet d'en pronostiquer la fin. Pour autant, des outils existent et des enseignements peuvent être tirés d'épisodes épidémiques passés.

Sommes-nous désormais face à une pandémie?

Épidémie ou pandémie? La question est désormais soulevée avec un présupposé: la pandémie est autrement plus effrayante que l'épidémie. À dire vrai, ceci n'est pas d'un intérêt majeur pour les épidémiologistes, et les mots peuvent être trompeurs.

Prenons le cas de la tuberculose: certain·es parlent de pandémie (par exemple TB Alliance), quand l'OMS ne parle que d'épidémie. On évoque également la «pandémie du sida», la «pandémie de diabète» ou encore la «pandémie d'obésité»: c'est souvent pour tenter de mobiliser l'opinion, les décideurs ou les financeurs.

Dans les textes, la pandémie ne répond pas à une disposition spécifique du Règlement sanitaire international (RSI). Elle n'existe, depuis 2001, que dans le cadre strict du plan de préparation contre une pandémie grippale.

Des dispositions existent ainsi qui permettent à l'OMS d'organiser les stocks de vaccins, d'antiviraux, etc. Ce cadre précise le rôle des États et de l'OMS confrontés à une menace de pandémie ou à une pandémie installée. Il vise notamment à favoriser l'échange des informations nécessaires à la production de vaccins et à la distribution équitable de ces vaccins, de matériaux antiviraux et de diagnostic.

Un médecin est désinfecté par un collègue dans une zone de quarantaine, à Wuhan, en Chine, le 3 février 2020. | STR / AFP

De fait, il existe bel et bien une pandémie silencieuse, récurrente, fidèle; une pandémie due à un virus qui fait chaque année le tour de la planète, provoque d'innombrables cas d'infection et cause des dizaines de milliers de morts prématurées –sans parler des impacts économiques. C'est la grippe saisonnière, que personne ne qualifie jamais de «pandémie».

Or il faut savoir que le cadre officiel de l'OMS ne s'applique pas à un virus non grippal. Si un jour le nouveau coronavirus se propage de façon soutenue et durable en plusieurs endroits de la planète et sur plusieurs continents, il faudra bien, au plus vite, désigner la situation de «pandémique». Pour autant, ce n'est pas cet attribut qui définira le caractère terrifiant ou non du phénomène, mais plutôt la mortalité qui lui sera associée.

Nos systèmes de santé pourront supporter une pandémie qui serait associée à des taux de complications et de mortalité faibles. En revanche, même en l'absence de pandémie, des épidémies fortes et sévères représenteront des à-coups dans les sociétés concernées, dont on ne peut pas prévoir les conséquences sanitaires, économiques, sociales et politiques.

Peut-on prévoir la date à laquelle le pic épidémique du nouveau coronavirus sera atteint?

La question du pic épidémique n'est pas encore d'actualité. Rappelons-nous du SRAS, infection contagieuse également due à un coronavirus émergent, partie de Chine en 2002. Elle s'est répandue comme une traînée de poudre et le virus a été rapidement identifié dans autant de pays que le nouveau coronavirus parti de Wuhan.

Après deux mois et demi d'évolution, en février 2003, on observait un premier pic. La dynamique épidémique est repartie de plus belle pour atteindre un nouveau pic fin mars, puis un dernier pic fin avril, avant son extinction en juillet 2003, après neuf mois d'évolution. Avec le nouveau coronavirus (2019-nCoV), nous ne sommes qu'à un mois et demi du début de l'épidémie.

Ce scénario du SRAS est sans doute le plus favorable que l'on puisse espérer. Mais rien ne dit que ce sera celui du 2019-nCoV. Il existe des formes cliniques frustes (ou pauci-symptomatiques) dont on sait aujourd'hui qu'elles sont à la fois nombreuses et contagieuses: les personnes concernées circulent sans entraves et restent le plus souvent dans l'ignorance totale de leur état infectieux et contagieux. Cette situation pourrait conduire à un deuxième scénario, celui que nous avons connu récemment avec la pandémie de grippe A(H1N1).

Si tel devait être le cas, nous devons nous attendre à plusieurs pics. La grippe –et peut-être le 2019-nCoV– est une maladie par transmission respiratoire qui se diffuse principalement l'hiver dans les zones tempérées, avec deux vagues annuelles: l'une durant l'hiver austral (de juin à septembre) dans l'hémisphère sud, l'autre durant notre hiver (de novembre à mars).

La pandémie A(H1N1) avait causé deux vagues dans l'hémisphère sud, d'intensité à peu près égale, et deux vagues dans l'hémisphère nord, la seconde beaucoup plus forte que la première.

Le personnel médical prépare des lits dans un centre d'exposition transformé en hôpital pour accueillir les patient·es présentant les symptômes du coronavirus, le 5 février 2020, à Wuhan, en Chine. | STR / AFP

De quels outils la science épidémiologique dispose-t-elle pour prévoir la suite des événements?

Face à une nouvelle maladie infectieuse émergente, l'épidémiologiste commence par faire le décompte minutieux des cas, à commencer par les plus sévères et les décès.

Lorsqu'il n'est plus possible de les compter (parce qu'ils sont trop nombreux et/ou parce qu'ils ne sont pas tous assez sévères pour être identifiés), l'épidémiologiste adopte une autre technique: échantillonner la population des malades via un réseau de type Sentinelles. On extrapole à toute la population les données de l'échantillon, en faisant l'hypothèse qu'il est représentatif de la population de patient·es.

Il existe également des formes de surveillance participative, citoyenne. Dans ce cas, le public est invité à participer directement à la surveillance, sans l'intermédiaire du médecin. C'est là une méthode souvent plus rapide et qui permet de «capturer» les formes les plus légères de la maladie.

Dans ce cas, comme dans le cas des réseaux Sentinelles, il n'y a pas de prélèvements biologiques systématiques. On parle alors de surveillance syndromique. C'est ainsi que l'on ne surveille pas la grippe, mais plus largement les syndromes grippaux –un système certes approximatif, mais qui peut être fort utile.

Un membre du corps médical collecte un échantillon prélevé sur une personne placée en quarantaine, à Wuhan, en Chine, le 4 février 2020. | STR / AFP

D'autre part, pour estimer la gravité d'une maladie, l'épidémiologiste s'intéresse au taux de mortalité parmi les personnes infectées. Il est difficile de le mesurer car bien souvent, le dénominateur et le numérateur sont faux (parfois sous-estimés, parfois surestimés).

Les calculs sont précis dans le cas de maladies très graves (comme le SRAS, le MERS-CoV ou Ebola), puisque tous les cas ou presque sont hospitalisés et testés. Dans le cas de la grippe (ou du nouveau coronavirus), en revanche, les résultats sont de mauvaise qualité.

L'épidémiologiste doit avoir recours à un outil plus raffiné: l'estimation de la mortalité en excès. C'est là une notion statistique qui consiste à comparer la mortalité observée pendant la période épidémique avec la mortalité observée en dehors de l'épidémie (généralement les années antérieures à la même période de l'année, pour s'ajuster sur l'effet saisonnier fort pour la mortalité en zone tempérée).

Cette nouvelle émergence virale aurait-elle été «programmée»?

C'est ici l'une des innombrables rumeurs complotistes générées par cette nouvelle épidémie. Elle vise Bill Gates et la fondation philanthropique qu'il a créée avec son épouse, Melinda Gates, au début des années 2000.

L'institution finance de nombreux programmes de recherche médicale; elle investit dans le développement et l'accès aux vaccins dans le monde. Elle a ainsi annoncé, le 26 janvier, qu'elle se proposait d'engager dix millions de dollars pour aider la Chine et l'Afrique à contenir la propagation du 2019-nCoV.

La fondation du couple Gates aurait, selon plusieurs sites internet, prophétisé l'épidémie de 2019-nCov. Cette affirmation, explique Le Monde, est reprise par plusieurs sites peu fiables, comme Wikistrike ou Nouvel Ordre mondial.

Il est colporté que «le 18 octobre 2019, la Fondation Gates, l'École de santé publique Johns Hopkins Bloomberg et le Forum économique mondial ont conjointement organisé un événement à New York où “les décideurs politiques, les chefs d'entreprise et les responsables de la santé” ont travaillé ensemble sur une simulation d'épidémie de coronavirus».

En réponse, le centre a publié un communiqué de presse confirmant qu'un exercice de simulation de pandémie appelé «Event 201», mené en partenariat avec la Fondation Bill et Melinda Gates et le Forum économique mondial, a bien eu lieu en octobre 2019.

Un scénario a bel et bien été envisagé –celui d'une épidémie partant d'une porcherie au Brésil et causant la mort de soixante-cinq millions de personnes dans le monde–, mais «aucune prédiction» n'a été formulée: il s'agissait d'une «pandémie fictive de coronavirus».

«Il est donc faux et malhonnête de dire que la Fondation Bill et Melinda Gates a prédit cette épidémie et les millions de morts, résume fort justement Le Monde. Il s'agissait d'une simulation et non d'une anticipation.»

Quand finira l'épidémie?

Rien ne permet avec certitude de répondre. On peut ici se reporter aux résultats d'un travail mené par une équipe dirigée par Vittoria Colizza, de l'Institut Pierre Louis d'épidémiologie et de santé publique, qui a modélisé la diffusion possible de l'épidémie, afin de guider au mieux les politiques de prévention et de surveillance du 2019-nCov.

Pour développer leur modèle, les scientifiques se sont intéressé·es à toutes les provinces chinoises déclarant plus de dix cas. Leurs estimations des risques d'exportation de ces cas s'appuient sur les données des flux aériens en provenance de ces régions vers l'Europe datant de janvier 2019 et issues de l'OAG, une organisation mondiale en pointe dans la collecte de données sur les vols aériens.

Mais au terme de son travail, l'équipe de recherche précise que son modèle reste «un outil théorique d'aide à la décision publique» et qu'il n'a pas de valeur prédictive. C'est ainsi et c'est tant mieux: les épidémiologistes ne veulent pas être confondu·es avec les prophètes.

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