Culture

Sexe aux enchères

Anne de Coninck, mis à jour le 19.03.2010 à 15 h 17

La vente à thème organisée à Londres par la maison Philips de Pury est originale mais pas vraiment scandaleuse.

Le sexe fait vendre, c'est vrai sur Internet, cela devrait être aussi vrai dans une salle de vente. Philips de Pury organise à Londres ce vendredi 19 mars la première vente d'art contemporain consacrée au sexe. En choisissant une vente à thème, après la musique ou New York City, la maison d'enchères confirme son intérêt pour les ventes transversales, celles qui font appel à différents départements et lui permettent de se conforter dans une niche innovante, face aux deux géantes du secteur que sont Sotheby's ou Christie's.

Que cela soit le catalogue, dont le petit sticker accolé sur la couverture rouge prévient qu'il est déconseillé au moins de 18 ans, ou la salle de vente qui sera elle aussi interdite aux mineurs, tout est fait pour provoquer (exciter?) l'amateur, même si au fond tout cela ne relève que d'une mise en scène. Et pour pas grand-chose. En découvrant le catalogue, on y trouve finalement rien de bien choquant. Et dans tous les cas, rien de plus que ce que l'on peut voir dans n'importe quel magazine féminin ou de photographie, ou en quelques clics sur Internet.

En revanche, en dépassant ces signes extérieurs de marketing, on peut saisir l'intérêt «artistique» à monter une telle vente. Nul besoin d'être historien d'art pour comprendre que la relation entre l'art et la sexualité est aussi ancienne que vivace et demeure toujours une source d'inspiration majeure pour les artistes contemporains. Parmi les 211 lots proposés, une majorité de peintures ou de photographies, quelques lithographies et dessins ou sculptures et sans grande surprise et... un lit. Beaucoup d'artistes reconnus de Matisse à Warhol en passant par Pablo Picasso, Robert Mapplethorpe et Nan Goldin sont parmi les artistes au catalogue. Une vente plutôt facile à organiser et des pièces finalement assez faciles à rassembler selon Henry Allsopp, l'un des chefs du département d'art contemporain de Philips, et pilier de cette vente.

Soft Tread du maître du pop art anglais Allen Jones, une toile pratiquement pas montrée au public, sera la pièce à suivre lors de cette vente. Une paire de jambes féminines perchées sur des talons aiguilles vertigineux, inspirée au peintre dans les années 60 par un catalogue de vente par correspondance américain, est estimée entre 68.400 et 91.200 €. Dans un genre radicalement différent, The Ass Peace de l'artiste allemand Martin Eder qui offre avec une variation super kitsch de ses thèmes de prédilection: les femmes inspirées de magazines pornographiques et les chats à la taille démesurée... et vice-versa (la toile est estimée entre 57.000 et 79.800 €).

Enfin, et cela devient presque une habitude, à chaque fois que sont proposées des photographies lors d'une vente aux enchères, une photo de Carla Bruni figure au catalogue. Ici, il s'agit d'un cliché pris par Helmut Newton en 1992 où le modèle appuyé sur un piano regarde des photos de famille (estimation de 3.400 à 5.700€). Mais on pourra avoir un petit faible pour le Japonais Nobuyoshi Araki, qui identifie la photographie à la femme et qui en dévoile comme rarement amour et érotisme!

Anne de Coninck

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Photo: Soft Tread Allen Jones Philips de Pury


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