Société

Affaire Mila: zéro de conduite pour tout le monde

Temps de lecture : 2 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Tout dans cette prétendue affaire est d'une bêtise astronomique.

Tous au piquet! | Dick Russel via Flickr
Tous au piquet! | Dick Russel via Flickr

Tu parles d'une controverse, tu parles d'une polémique, d'un enjeu de civilisation comme ils disent! Tout dans cette prétendue affaire est d'une bêtise astronomique. Les protagonistes comme les commentateurs. Les politiques autant que les intellectuels ou prétendus tels. Tous. De moins que rien, de propos d'une confondante et abyssale vulgarité, on a voulu voir à tout prix l'image d'une République à l'agonie qui s'agenouillerait devant la toute-puissance de l'islam, là où il s'agissait d'une simple querelle dont le destin aurait dû se finir dans les égouts du net.

D'une dispute entre adolescents décérébrés qui tourne mal. D'un échange complètement obsolète entre une starlette des réseaux sociaux et ses adeptes. De doigts dans le cul auxquels répondent des menaces de mort par ailleurs inadmissibles. De «Ton Dieu c'est que de la merde» à des envolées lyriques dignes d'une cour de récréation. Et de cela, de ce dialogue entre pétomanes du verbe, de cet éloge du vide, de cette éloquence à l'envers, de cette joute endiablée entre linguistes délicats, on voudrait en tirer un exemple afin de dénoncer les ravages de l'islamisation?

Ridicule!

Si à chaque fois que des adolescents désœuvrés commençaient à s'invectiver et à rivaliser d'insultes, il nous fallait nous émouvoir, nous passerions nos jours et nos nuits à nous indigner. Avons-nous perdu tout sens de la mesure pour se perdre ainsi dans des polémiques artificielles et largement surjouées qui méritent tout juste une bonne paire de baffes adressée à l'une comme aux autres? Sommes-nous devenus à ce point débiles, alourdis par la vacuité toute-puissante des réseaux sociaux et des commérages télévisuels, pour accorder une quelconque importance à un embrouillamini d'insultes aussi vulgaires que désuètes?

Autrefois, nous avions des intellectuels qui donnaient à réfléchir; aujourd'hui nous avons des pitres qui prennent des commérages pour des dialogues aristotéliciens.

Le comble du ridicule fut atteint quand on en appela à l'esprit de Charlie Hebdo, des morts qui décidément, a-t-on osé dire, étaient tombés pour rien. C'est oublier que Charlie quand il se permet de «mettre des doigts dans le cul» l'accomplit avant tout au nom de l'humour, lequel devient une arme absolue quand il s'agit de dénoncer les travers ou les rigidités d'une religion, peu importe laquelle. Dans les caricatures et autres dessins ou textes de l'hebdomadaire satirique, existe toujours une touche de sarcasme, d'ironie, d'irrévérence, d'outrance même dont on se sert pour défendre une conviction, une réflexion, laquelle peut, doit prêter à polémique; le contraire même de l'incontinence verbale ici proposée.

Mais là mes amis, nous sommes devant le néant absolu. Quels enseignements peut-on tirer quand on se retrouve confronté au degré zéro de la civilité? Lorsque de part et d'autre, on s'asticote dans un déluge d'injures qui aurait toute sa place dans une cour de prison, entre deux détenus dont l'usage d'un dictionnaire n'aurait jamais servi qu'à asseoir son autorité sur un crâne rebelle? La prochaine fois, ira-t-on jusqu'à retranscrire dans ses moindre détails le récit d'une bataille de purée qui verra s'affronter des collégiens bientôt si énervés qu'ils en viendraient à évoquer les épisodes glorieux de Charles Martel ou de Saladin, débuts d'une guerre de religion interplanétaire?

Les propos échangés dans cette minable querelle ne sont ni de l'ordre du blasphème, de la critique ou de la dénonciation d'une religion, ce sont juste les poussées d'acné d'adolescents déboussolés qui doivent être monnaie courante dans n'importe quel lycée de France et de Navarre. Sans parler de terrains de foot où tous les dimanches, on s'échange des noms d'oiseaux dans une apocalypse verbale qui laisserait bouche bée nos éducateurs les plus émérites.

Tous au piquet!

Et le premier qui l'ouvre, c'est direct chez le proviseur.

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