«Je réapprends à vivre dans mon nouveau monde, celui de l'après-jugement»
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«Je réapprends à vivre dans mon nouveau monde, celui de l'après-jugement»

Temps de lecture : 29 min
Autrice anonyme Autrice anonyme

[Épisode 5] Quinze mois de stress se sont écoulés entre le viol et la condamnation, la libération. Même si la vie ne sera plus jamais la même, c'est bien mieux que ce qu'a vécu Johanna en Allemagne.

Vendredi matin. Comme d'habitude, je retrouve Charlotte, fidèle au poste. Cette fois-ci, on s'installe dans un café à une centaine de mètres du tribunal. On sait qu'une fois que le jury aura terminé de délibérer, la sollicitor ou les flics me passeront un coup de fil, et on aura dix minutes pour se dépêcher d'arriver dans la salle du tribunal et écouter le verdict. En attendant, on prend des cafés, on papote, on lit des magazines débiles et on parle des nouvelles dents de Didier Deschamps. Ambiance surréaliste, mon cœur s'arrête de battre dès que mon téléphone émet le moindre son. On attend d'être délivrées de notre prison d'incertitude.

10h30. Mon téléphone sonne. Le nom de Kate, la sollicitor, apparaît. Je décroche, Kate me dit juste: «Le jury a appelé, ils ont terminé de délibérer.» Je commence à marcher direct en oubliant de payer les derniers cafés, Charlotte me suit en jetant des pièces au serveur. On tombe sur Kate sur le chemin, on marche hyper vite. Kate me dit de me préparer au pire, on se met à courir pour arriver à temps. On prévient toutes les autres copines que ça y est, le verdict va être rendu. On s'engouffre dans l'ascenseur. Je me fous un pschitt d'antistress sur la langue. J'ai le cœur qui bat à 5.000 à l'heure. C'est bientôt fini.

Dix-septième étage, on sort de l'ascenseur en courant, on se précipite dans la salle du tribunal et avec Charlotte on s'assoit sur les premiers sièges qu'on trouve. L'un des jurés est déjà debout au micro, en train d'écouter le greffier résumer les chefs d'accusation. Je regarde l'une des jurés droit dans les yeux, elle me répond par un sourire. Et à ce moment-là, je suis quasi sûre. Quasi sûre qu'il va être reconnu coupable. Le greffier a fini de résumer le chef d'accusation. Le juré debout approche sa bouche du micro. Le Mexicain est debout quelques mètres devant moi, il fait face au juge et me tourne le dos.

«Guilty.»

Le mot résonne. On est cramponnées l'une à l'autre avec Charlotte. C'est fini. J'ai réussi. ON a réussi. Je n'en crois pas mes oreilles. Le Mexicain se rassoit et se prend la tête dans les mains. Il se retourne –je pense qu'il croyait que c'était ses parents derrière lui–, il voit que c'est Charlotte et moi, se détourne aussitôt. J'ai de la peine pour lui.

J'entends les portes s'ouvrir, j'espère de tout mon cœur que ce ne sont pas les copines qui arrivent comme des furies et qui pourraient laisser échapper des explosions de joie devant le Mexicain. En fait, ce sont les parents du Mexicain qui arrivent, en panique. Ils comprennent qu'ils sont arrivés quelques secondes trop tard, ils cherchent un regard, un geste, un mot, pour savoir si leur fils a été reconnu coupable ou non. Une des assistantes de l'avocat de la défense, assise à côté du Mexicain, se retourne vers eux et secoue la tête. Les parents s'assoient. J'entends un son qui me déchire le cœur, je comprends que ce sont les pleurs de la maman.

On est toujours cramponnées avec Charlotte, on s'accroche l'une à l'autre comme on s'accrocherait à une bouée. L'ambiance est lourde, ponctuée des pleurs de la maman. Les mines sont graves, personne n'a le cœur à se réjouir, même si justice est faite. On n'a plus rien à faire là. «On se casse.» On se lève, on s'enfuit littéralement, on pousse les grosses portes pour la dernière fois, on fonce vers l'ascenseur, les portes se referment. De l'air. C'est fini.

«Es-tu prête à envoyer quelqu'un
en prison?»

Que les choses soient bien claires, quand je dis que j'ai de la peine pour le Mexicain, ce n'est pas que je suis victime d'une variante du syndrome de Stockholm, et en train de tomber amoureuse d'un mec qui m'a violée. Ce mec est coupable, il a commis un crime, et c'est tout à fait normal qu'il soit reconnu en tant que tel et qu'il paie pour ce qu'il a fait. Plusieurs personnes m'avaient posé la question avant le tribunal: «Es-tu prête à envoyer quelqu'un en prison?» Ce à quoi je répondais naïvement: «S'il part en prison, ce ne sera pas de ma faute à moi. Il s'est mis dans la merde tout seul, je n'ai fait que dénoncer un crime.»

Ça, c'était en théorie. Dans la réalité, c'était extrêmement dur de voir le Mexicain à l'annonce du verdict. Bien sûr que j'ai gagné, que la société a gagné, et je me réjouis de voir que la justice existe, protège les victimes et déclare un violeur coupable. En revanche, je ne me réjouis pas d'envoyer quelqu'un en prison. Je ne me réjouis pas de la situation, de voir un mec de 26 ans se prendre la tête dans les mains, de voir sa maman hurler de douleur, de voir une famille se désintégrer en direct. De l'avoir vu s'enfermer dans un mensonge abject, devant un tribunal au grand complet, devant sa famille, devant sa victime.

Je ne pardonne rien (pour le moment en tous cas, et parce qu'on ne me l'a pas demandé), je n'oublie pas les quinze mois d'enfer que j'ai passés, parce que ce mec a cru bon de venir me baiser pendant que je dormais. Mais c'est douloureux de voir quelqu'un partir en prison, c'est douloureux de voir le mal que le mec s'inflige à lui-même et inflige à ses proches. Oui, j'ai gagné, mais non, c'est pas franchement marrant, et je ne souhaite à personne d'être celui ou celle qui appuie sur la détente pour envoyer quelqu'un au tribunal puis potentiellement –voire très certainement– en prison.

«J'en reviens pas que la prison d'incertitude dans laquelle j'étais ait explosé, comme ça, en trois minutes.»

La suite de la journée, je flotte. Gisèle, Jeanne et Juliette se sont ruées au tribunal et nous ont rejointes dans la petite salle qui nous a servi de QG pendant deux jours. Encore une fois, même si je suis soulagée, mes émotions sont bloquées et je ne lâche aucune larme, contrairement à mes copines. On se serre toutes dans les bras. On n'en revient pas que ce soit fini. Les deux flics, Joel et Brendon, arrivent et me prennent aussi dans leurs bras. C'est particulièrement touchant de les voir partager une marque d'affection et de soutien, alors qu'ils ne font «que» (et je mets des gros guillemets autour du «que») leur boulot.

Jusque-là, mes échanges avec Brendon avaient toujours été sympathiques et fréquents, mais plutôt froids. Il me demandait comment je me sentais et me préparait au fait que le procès serait éreintant, mais il n'était pas particulièrement friendly. J'avais plutôt le sentiment qu'il mettait le moins d'affect possible dans cette affaire (et je le comprends très bien). L'annonce du verdict a fait tomber la distance qu'il mettait avec moi.

On va direct boire du champagne avec Charlotte et Gisèle. On dit «putain» 5.000 fois en quarante-cinq minutes. On encense Ken, les flics, le juge, la justice. On s'embrasse et on se prend dans les bras à gogo. On se dit que le 14 juin 2019, c'est une date historique –on ne s'enflamme pas du tout. Gisèle retourne faire semblant de bosser pour quelques heures et on rentre avec Charlotte. On passe au bottle shop prendre du champagne et s'acheter de quoi se faire un petit gueuleton pour se remettre de toutes nos émotions. Et on picole en attendant que les copines nous rejoignent. J'en reviens pas d'être libérée du tribunal, et que le mec ait été reconnu coupable, que la prison d'incertitude dans laquelle j'étais ait explosé, comme ça, en trois minutes. Guilty. Boum. Terminé.

Matelas pourris, menottes et plateaux repas dégueulasses

Les copines nous rejoignent au fur et à mesure. Ma petite Héloïse que je n'ai pas revue depuis l'annonce et qui s'écroule d'émotion. On se met une murge à la hauteur de l'intensité des derniers jours, sévère donc. Je me couche tôt, la fatigue émotionnelle et le champagne aidant. Je me réveille à 1 heure du matin, avec une vision qui ne me quittera plus les jours suivants. Je pense au Mexicain dans sa prison. Je sais qu'il a été mis en détention provisoire juste après l'annonce du verdict, que sa demande de libération sous caution a été refusée. Je me demande dans quelle prison il est, à quoi ressemble sa cellule. Je me dis qu'il doit être au fond du trou (dans tous les sens du terme), que sa maman doit encore être en train de pleurer.

Encore une fois, je ne suis pas en train de dire que je regrette d'avoir été jusqu'au bout du process, juste que c'est dur de voir quelqu'un partir en prison. Des images de prison, de cellules, de surveillants, de menottes, de matelas pourris et de plateaux repas dégueulasses tournent dans ma tête. Je sais que je vais me faire engueuler parce que j'écris ça, mais je me sens presque coupable. Alors que c'est lui le coupable, bordel.

Tout comme mon cerveau a été monopolisé après la nuit du viol, il le sera aussi après l'énoncé du verdict. Jour 1, j'y pense 24 heures sur 24. Jour 2, 23 heures sur 24. Jour 3, 22 heures sur 24. Ces quelques jours de procès s'estompent tout doucement. La vie reprend là où je l'avais laissée.

Atteindre l'autre rive, et repartir

Lundi, je retourne au boulot. C'est là que je me rends compte que je suis dans un état second. J'ai l'impression que ça fait quatre mois que je suis partie. Tout me paraît différent. Le monde de l'après-procès. Le monde avec le Mexicain en prison.

La semaine suivant le procès, je suis littéralement vidée. Rincée. Je n'ai plus rien dans le bide. Comme une coquille vide. Épuisée. Je suis clairement ailleurs. J'ai mis un mec en prison. Je réalise l'intensité des jours passés au tribunal. Je vis ce procès comme à retardement. Ça tourne en boucle: mon témoignage, les questions des avocats, le témoignage du Mexicain, sa gueule, celles de ses parents, sa démarche, les flics, les perruques, les gueules des jurés, le sourire de Ken, les bras des copines, la pression qui monte, le verdict qui tombe, le champagne qui pète. Et les images de prison construites par mon imaginaire. Il dort avec qui maintenant le Mexicain? Et tu fais quoi quand t'es en prison? Il pleure parfois? Il s'embrouille avec les autres détenus? Il peut travailler?

Je n'arrive plus à me concentrer sur quoi que ce soit d'autre. Les conversations flottent autour de moi. Je fais semblant de m'y intéresser, mais aucune information n'arrive à pénétrer le bouclier formé par le tribunal et l'émotion des derniers jours. Mon cerveau est anesthésié. Je recommence à mener ma barque seule, sans les copines pour m'entourer et me soutenir H24. Enfin, bien sûr qu'elles sont toujours là, à portée de téléphone, et dispos pour des bières, des joggings ou des balades. N'empêche que je réapprends à vivre dans mon nouveau monde, le monde de l'après-jugement.

«Ce viol, c'est comme si on m'avait jetée au milieu d'une rivière déchaînée.»

J'ai tellement attendu ce procès que je n'arrive pas à réaliser que ça y est, il est derrière moi. C'est fini. Au début, je suis presque déçue de l'effet que ça me fait. Je suis juste crevée. Satisfaite du verdict, heureuse d'être allée au bout de cette affaire, mais dégommée physiquement et mentalement. J'ai attendu ce procès pendant quinze mois, en imaginant naïvement qu'une hypothétique issue favorable éliminerait toute la souffrance accumulée depuis le viol. J'ai cru que ce serait comme une baguette magique et que, tout d'un coup, je redeviendrais la même qu'avant le viol. Ce n'est évidemment pas le cas.

Je ne suis pas redevenue la même qu'avant le 30 mars 2018, mais j'ai arrêté de me noyer. Ce viol, c'est comme si on m'avait jetée au milieu d'une rivière déchaînée, une eau noire, des vagues énormes, des courants qui t'attirent vers le fond. Je suis restée coincée dans la tempête jusqu'au procès. À boire la tasse régulièrement, à paniquer, à me prendre des seaux d'eau glacée dans la gueule. À la fin du procès, je me suis stabilisée. Je ne me déplace pas encore, mais je fais la planche, et j'arrive à rester à la surface.

Les semaines qui ont suivi le procès, je me suis remise à nager tranquillement, une petite brasse peinarde. Et les dix derniers mètres, boum, j'ai fini en crawl. Et je suis arrivée au bord. Mais le bord opposé de celui par lequel j'étais arrivée dans cette rivière de merde. J'ai jeté un coup d'œil à l'autre rive, la rive où j'ai vécu mon ancienne vie, celle qui s'est arrêtée le 30 mars 2018. J'ai regardé avec incrédulité l'espèce de trou noir au milieu de la rivière, je me suis dit que j'avais eu chaud. Et je me suis barrée pour continuer ma petite balade.

****

On est le 9 octobre 2019. Cela fait maintenant presque quatre mois que le Mexicain a été déclaré coupable, donc j'ai un peu plus de recul sur l'impact que le verdict a eu (et a toujours) sur moi.

On va pas tortiller: je revis. Les bienfaits du verdict sont venus progressivement. J'ai l'impression qu'on m'a enfin enlevé le couvercle de cocotte-minute que j'avais sur la tête, et qui me faisait étouffer. Et surtout je réalise que, pendant quinze mois, j'ai effectivement vécu sous un couvercle, sous pression. Sur le moment, je savais que ça n'allait pas, mais sans me rendre compte du degré de mal-être auquel j'étais arrivée.

Dernier mail

Il y a d'abord eu mes deux mois de break en France. J'ai pris l'avion deux semaines après le verdict et j'ai passé tout juillet et août à enchaîner les vacances en famille, les moments entre potes, le bonheur d'avoir deux mois de grandes vacances pour profiter de ce monde qui était le mien avant mon départ en Australie cinq ans plus tôt. J'ai relâché la pression comme jamais, et je me suis sentie bien. Mais j'avais plus le sentiment d'être bien parce que j'étais en vacances à la maison pendant deux mois que parce que le procès était terminé. Je veux dire: comment ne pas kiffer quand on n'est pas obligé de se pointer au boulot pendant deux mois, et qu'on peut aller chanter au karaoké tous les soirs? C'est aussi à cette époque que j'ai commencé à écrire le récit du procès au tribunal et des quinze mois qui l'ont précédé.

Début août, je reçois deux mails de Brendon et Adrian m'informant que la Cour s'est à nouveau réunie le 1er août pour le sentencing et a condamné le Mexicain à trois ans de prison dont dix-huit mois de peine de sûreté, ce qui signifie qu'il sera libéré au plus tôt le 5 décembre 2020, et qu'il sera dans tous les cas certainement transféré au Mexique dès qu'il sortira de prison. Je reçois cette nouvelle sans grande surprise: c'est l'estimation que m'avait donnée Brendon au moment du verdict. La gentillesse de leurs mails respectifs me touche. Ils me donnent une info officielle, mais en même temps ils demandent de mes nouvelles et me «félicitent». Ci-dessous un extrait du mail d'Adrian:

«Thank you so much for all your assistance/patience throughout this process. The way you have carried yourself through what would have been such a difficult period has been nothing short of admirable and your victim impact statement was extremely powerful at sentence.
I hope everything is well with you and you can finally put this chapter behind you.
If you have any questions about anything, feel free to email me.
All the best,
Adrian»

Australie versus Allemagne

J'aimerais d'ailleurs dresser un ultime parallèle entre le traitement qui m'a été réservé en Australie en tant que victime d'un viol, et ce que j'entraperçois de ce qu'il se passe ailleurs, et notamment dans certains pays européens.

J'ai lu avec attention le témoignage de Johanna (que je vous encourage également à lire), qui a vécu une histoire relativement similaire à la mienne, mais en Allemagne. Ou plutôt, qui a vécu un viol dans des conditions relativement similaires au mien. Et la similitude s'arrête là. À partir du moment où on a posé un pied chez les flics (pour moi) et à l'hôpital (pour Johanna), nos histoires respectives ont pris un tour radicalement différent. Comme si ces deux viols n'avaient pas eu lieu sur la même planète. J'ai listé ci-dessous les différences qui m'ont le plus crevé les yeux.

• Le dépôt de plainte

Version australienne

Après m'avoir raccompagnée chez moi en voiture le vendredi matin pour que je me repose un peu, Brendon m'a rappelée en début d'après-midi et m'a notamment demandé de venir à 17 heures à la police station afin de faire mon police statement, c'est-à-dire la pièce maîtresse pour formaliser le dépôt de plainte –ce que j'ai fait.

Un autre détective m'attendait effectivement à l'heure dite, il avait avec lui toutes les notes que les policiers présents la nuit-même avaient prises, avec tout ce que j'avais dit et le plan de l'appartement qu'on m'avait demandé de dessiner. Je lui ai re-raconté l'histoire, il tapait tout sur son ordinateur, checkait ses notes en même temps et, parfois, me disait: «Tiens cette nuit tu as dit ça en plus comme détail, tu t'en souviens?» Et en effet, je commençais déjà à oublier certains détails qui, du coup, me revenaient en mémoire grâce à ces notes que les policiers avaient prises. C'est donc un police statement ultra détaillé et complet que nous avons finalisé, moins de vingt-quatre heures après le viol.

Version allemande

Après avoir raconté son histoire à trois reprises aux policiers alors qu'elle était à l'hôpital et avoir clairement stipulé qu'elle voulait porter plainte, Johanna est restée TROIS MOIS sans AUCUNE nouvelle de PERSONNE. Elle a ensuite reçu une lettre de la procureure qui lui disait: «Vous n'êtes pas venue à la convocation que vous a envoyée la police, votre plainte est donc classée. Vous avez deux semaines pour contester cette décision.» Aidée d'un avocat, elle est ensuite parvenue à obtenir une nouvelle convocation et s'est ENFIN rendue chez les flics pour leur raconter de nouveau son histoire et porter plainte de manière officielle. Plus de trois mois après les faits, donc.

Primo, je ne m'y connais pas trop, mais a priori en Allemagne, en 2019, le téléphone existe, les mails aussi. Mais non, c'est bien plus sympathique et trendy d'envoyer une convocation par courrier normal, et de ne surtout pas passer un petit coup de fil pour s'assurer que la personne l'a bien reçu. Zéro pointé en termes de communication, donc.

Deuzio, c'est complètement invraisemblable de stupidité de prendre un dépôt de plainte quatre mois après les faits. Surtout que, dans le cas de Johanna, la police lui a déjà fait raconter son histoire trois fois à l'hôpital. À quoi ça rime d'attendre encore quatre mois, que le peu de souvenirs qu'elle a de la soirée s'estompe encore plus? Zéro pointé en termes de bon sens.

Ce manque total de communication et de bon sens de la part des flics et de la justice, c'est vraiment du foutage de gueule vis-à-vis des victimes. Il y a tellement peu de victimes qui trouvent la force de passer le seuil des commissariats, il faudrait au contraire les tenir par la main, les encourager, leur faciliter la tâche, prendre leur déposition immédiatement, leur permettre de cracher leur histoire et de repartir chez elles en se disant: «Ok, au moins en termes de flics et de justice, ma part du boulot est terminée en attendant le procès –si procès il y a.»

• Le suivi médical

Version australienne

Au moment où la gynécologue m'a examinée quelques heures après le viol, elle a pris mes coordonnées et m'a informée qu'on me contacterait quelques jours plus tard, pour me proposer de faire tous les dépistages de MST. Ce qui a effectivement été le cas: une dame m'a appelée la semaine suivante, m'a demandé comment j'allais, m'a dit qu'elle était really sorry for what happened, et m'a donné un rendez-vous pour la semaine d'après. J'ai fait tous les tests gratuitement.

J'ai en outre reçu un coup de téléphone du Sexual Assault Center. La fille au téléphone voulait prendre de mes nouvelles et me proposer de venir parler à une psy du centre, gratuitement.

Version allemande

Johanna se rend dans un hôpital pour qu'on lui administre un traitement de trithérapie préventive. L'employée lui demande 900 euros, Johanna se met à pleurer, l'employée fait machine arrière et lui dit que, finalement, c'est couvert. C'est très bien qu'au final Johanna n'ait rien eu à payer, mais ça aurait également été bien qu'on lui épargne un coup de stress supplémentaire.

• Le suivi policier et judiciaire

Version australienne

Brendon, le détective, m'a rappelée la semaine suivant le viol. Il n'avait rien de nouveau à m'annoncer concernant l'affaire, il voulait simplement prendre de mes nouvelles, savoir comment j'allais, s'assurer que j'étais bien entourée. Quelques semaines plus tard, c'est Adrian et Iman de l'ODPP qui m'ont appelée d'eux-mêmes, se sont présentés, m'ont envoyé des dépliants avec plein d'informations, m'ont dit que je pouvais les appeler ou venir les voir quand je voulais, à la moindre question.

Dans les mois qui ont suivi, j'ai gardé un contact étroit avec Brendon et Adrian. Parfois, c'est eux qui m'appelaient, pour me donner un update. Parfois, c'est moi qui les appelais, parce que j'avais une question. Soit j'arrivais à leur parler directement, soit ils me rappelaient quelques jours plus tard, gros maximum. Jamais je n'ai eu le sentiment de les embêter.

Je l'ai déjà dit plus haut, mais au moment du procès j'ai découvert une nouvelle facette de Brendon. Toujours très professionnel, mais avec une touche de chaleur en plus. Hyper souriant et encourageant pendant les trois jours qu'ont duré le procès. Son collègue Joel (que je connais moins) et lui m'ont prise dans leurs bras après l'annonce du verdict. J'en ai encore les larmes aux yeux de reconnaissance, en écrivant ces lignes. Ils font leur boulot de flic, mais bien plus encore.

Version allemande

Suivi inexistant. On t'envoie une lettre, et si elle se perd en route, ta plainte est classée. Superbe.

• Les aspects financiers

Version australienne

Je n'ai pas eu besoin de prendre un avocat car en Australie, au pénal, on considère que la victime n'est pas une victime, mais un témoin d'un crime commis contre la société. Donc mon avocat, c'est l'avocat général. Il défend la société, et moi au passage. Par conséquent, je n'ai pas eu un centime de dollar à débourser en termes de poursuites légales. En revanche, je devrai me payer un avocat si jamais je décide de poursuivre mon violeur au civil.

Par ailleurs, quelques mois après m'avoir contactée, l'ODPP m'a fait remplir un formulaire pour recevoir des aides d'une agence gouvernementale appelée «Victims Services». Cette agence décrit sa mission comme suit: «Provide support to victims of crime, and families and friends of missing people.» J'ai reçu quelques jours plus tard la confirmation que j'avais le droit à vingt séances de psy gratuites –et comme j'avais déjà commencé à voir un psy, j'ai même pu changer le psy qu'on m'avait attribué.

Vu le prix des séances de psy à Sydney, ça représente une sacrée économie. Et tout récemment (c'est-à-dire dix-neuf mois après le viol), le Victims Services m'a versé un recognition payment de 5.000 dollars australiens (3.070 euros). Ce recognition payment n'a pas vocation à m'indemniser, mais plutôt à reconnaître le traumatisme dont j'ai souffert («recognition payment forms part of the victim support package and is intended to recognise the trauma suffered by a victim due to the act of violence»).

Version allemande

Je ne veux pas dire de bêtises parce que ce n'est pas explicitement mentionné dans le récit de Johanna, mais il me semble évident que c'est elle qui a dû financer les honoraires de son avocate. Ce qui est explicite en tout cas, c'est qu'elle a décidé de ne pas faire appel de la décision du procureur pour des raisons financières. «“Et cela va vous coûter de l'argent. Je n'ai pas d'argent. Cette affaire est donc classée.»

Démons

Voilà toutes les différences qui m'ont sauté aux yeux en lisant le récit de Johanna. En Australie, j'ai demandé de l'aide, on m'a attrapé la main, et on ne m'a plus lâchée jusqu'au procès, voire plus tard. En Allemagne, Johanna a aussi demandé de l'aide, on lui a attrapé la main, mais on l'a relâchée deux secondes plus tard.

Johanna si tu me lis, sache que je partage toutes tes peines, parce qu'on parle bien d'une triple peine ici: la peine du viol en lui-même, la peine de se sentir ignorée par les flics et la justice, et la peine de voir son viol tomber dans cette «zone grise» que tu décris si bien.

Attention, je ne suis pas une spécialiste des systèmes policiers et judiciaires en Australie et en Europe. Je n'ai aucune expertise pour tirer une quelconque conclusion, je compare juste la manière dont deux affaires, sensiblement similaires à la base, ont été traitées. Il faudrait évidemment étudier un plus grand nombre de cas pour tirer des conclusions plus sérieuses.

Et attention bis. Je ne suis ni flic, ni avocate, ni juge, donc je ne sais absolument pas si les éléments du dossier auraient pu permettre de mettre le violeur de Johanna en prison. Trop souvent, il est impossible d'avoir des preuves d'un point de vue purement judiciaire, notamment parce qu'on parle de crimes qui se passent à huis clos, sans témoins. Parole contre parole. Cependant, ce n'est pas parce qu'on n'a pas assez de preuves, au sens purement judiciaire du terme, qu'il n'est pas évident qu'il y a bien eu viol.

«C'est juste du bon sens: qui n'a jamais répondu “oui ça va t'inquiète”, alors qu'en vrai ça ne va pas du tout?»

Dans le cas de Johanna, ça crève les yeux que le mec n'est pas net, c'est juste du putain de bon sens: il a déconné et elle n'a pas pu donner de consentement. Et donc le moins que l'on puisse faire dans ces cas de «zones grises», comme les décrit Johanna, à défaut de traîner le mec au tribunal –parce que, malheureusement, on n'a pas de preuves suffisantes aux yeux de la justice–, c'est au moins de soutenir les victimes et de leur expliquer qu'on a fait tout ce qu'on a pu, mais qu'on a atteint les limites du système légal.

Là, ce qui me choque (entre autres) dans l'histoire de Johanna, c'est toutes les raisons bidon qui sont énumérées dans la lettre du procureur:

On lui oppose le fait qu'elle a bu de l'alcool et qu'elle a embrassé le mec au restaurant. Oui donc logique, c'est bien connu après quelques verres et quelques galoches, c'est évident, la meuf est consentante.

Le fait que des «témoins» au resto les ont vus s'embrasser. Ouais, et donc? Ces «témoins» étaient dans la chambre pour vérifier si la relation sexuelle était consentie? Non, donc on est hors-sujet, terminé.

Le fait qu'elle a eu une consommation «importante» d'alcool. Mais putain les mecs l'alcool, dans les cas de viol, c'est un facteur qui au contraire est aggravant pour l'accusé! On ne peut pas donner un consentement éclairé si on est mort saoul, point barre.

Et le pire: «La lettre dit qu'en rassurant mes amies par SMS [SMS envoyés par Johanna quelques instants après s'être réveillée, ndlr], j'ai en quelque sorte prouvé que je n'avais pas été violée, puisque je n'affirmais pas l'avoir été.» Cette phrase-là m'a retourné le bide. Ça veut dire que la justice refuse d'admettre que quand tu as été potentiellement droguée puis violée, et que tu te réveilles nue dans un appartement que tu ne connais pas, ça va te prendre un peu de temps (ne serait-ce qu'une dizaine de minutes) avant d'accepter la réalité et de comprendre ce qu'il vient de se passer. Alors que c'est juste du bon sens: qui n'a jamais répondu «oui ça va t'inquiète», alors qu'en vrai ça ne va pas du tout? Mais comment peut-on oser utiliser ce message comme un argument pour classer le dossier?

«Les victimes ont déjà suffisamment de démons contre lesquels se battre.»

Bref, ce qui me choque, c'est donc que la lettre du procureur tourne autour du pot avec des arguments bidon et hors-sujet. C'est vraiment prendre les gens pour des débiles que de penser qu'ils ne peuvent pas comprendre pourquoi le dossier est en quelque sorte voué à l'échec.

Pourquoi ne pas dire: «Il n'y a pas (ou plus) de traces de drogue dans ton sang. Vous n'étiez que deux dans la chambre donc on n'a pas de témoins. Tu dis que tu n'étais pas consentante. Lui dit le contraire. Il semble évident que le mec t'a violée, sinon tu ne serais pas ici en train de porter plainte. Mais malheureusement dans ton cas, même si c'est extrêmement dur à accepter, on n'a pas suffisamment de preuves pour réussir à faire condamner le mec. Mais malgré tout, on est avec toi.» Au lieu de sortir des énormités du style: «Ah, en te réveillant t'as envoyé un message à tes copines pour leur dire de pas s'inquiéter donc, du coup, c'est bien la preuve que tu n'as pas été violée.» C'est complètement à côté de la plaque.

Selon moi, le moins que le système judiciaire puisse faire face à ces cas de «zones grises», c'est d'être honnête et transparent avec les victimes. D'être avec elles, tout court. Elles ont déjà suffisamment de démons contre lesquels se battre, inutile d'y rajouter les systèmes policiers et judiciaires.

Je me sens entendue, forte, libérée

Je reprends donc le fil de mon histoire. Après mes deux mois en France, la fin de mon break est arrivée et je suis rentrée à Sydney. Pas spécialement contente, pas spécialement triste non plus. Et c'est en rentrant que j'ai réalisé la puissance du verdict sur mon mental, sur ma vie, sur mon attitude. Sur moi quoi. Comme une bouffée d'air frais après quinze mois d'apnée.

Attention, je ne dis pas que tout est rose tous les jours, que les dégâts du viol se sont évaporés comme par magie. Mais quand je repense à l'état dans lequel j'étais il y a un an dans le même environnement, aux torrents de larmes que j'ai versés, aux boules de pétanque qui étaient bloquées dans ma gorge, aux cauchemars que je faisais et à l'incertitude dans laquelle je baignais, je me dis que, quand même, un sacré chemin a été parcouru. Il n'est certainement pas terminé, mais j'ai au moins l'impression d'avoir atteint un pallier avec le verdict. C'est comme au Mölkky: je ne peux plus retomber en dessous du pallier, maintenant que je l'ai atteint.

Si j'essaie de mettre un peu d'ordre dans les raisons qui me font revivre:

Je sens que j'ai été entendue et comprise.

Un jury de douze personnes censé représenter la société m'a écoutée, a écouté le Mexicain, a écouté nos avocats respectifs, a décidé à l'unanimité que c'était moi qui disais la vérité, et que le Mexicain était coupable. Je sais pas comment dire, c'est énorme. C'est énorme, parce que ça me redonne confiance dans tout. Dans les gens, dans la justice, dans la société. Tout n'est pas parfait dans ce monde de timbrés, mais putain, quand même, la justice fait son boulot, le bon sens existe, un mec ne peut pas violer une meuf dans son sommeil impunément –en tous cas pas tout le temps.

Je me sens forte.

J'ai dénoncé un crime, je suis allée témoigner au tribunal, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour que le mec soit reconnu coupable, et ça a fonctionné. J'ai été prise pour un objet au moment du viol, mais le procès m'a rendu l'identité que l'on m'avait déniée auparavant. Je ne suis pas un objet, je suis une personne.

Je me sens libérée.

Libérée de cette attente, de cette incertitude, de cette trouille bleue que le mec soit acquitté grâce à je ne sais quelle pirouette judiciaire.

«Tant que le procès n'est pas passé, c'est pas compliqué, ta vie est en sursis.»

Au sujet de cette attente, je suis reconnaissante que le procès du Mexicain ait eu lieu «seulement» quinze mois après le viol. Quinze mois, on est d'accord, c'est long. Mais comme j'ai fait un déni de quatre mois et demi, disons grosso modo dix mois d'attente, de stress et de dépression –n'ayons pas peur des mots. Dix mois à te demander à chaque fois que tu discutes avec quelqu'un qui n'est pas au courant: «Je lui dis, ou je lui dis pas?» C'est long. Mais c'est plutôt rapide par rapport à ce qu'il se passe en France, où une victime doit en moyenne attendre presque trois ans pour que l'instruction d'un viol soit achevée, et cinq ans au total pour le jugement en cour d'assises, selon Nolwenn Weiler, autrice de Le viol, un crime presque ordinaire.

Prenons le cas de la touriste canadienne violée par les flics de la BRI. Agression en avril 2014, première instance (et acquittement) en juillet 2016, appel (et condamnation) en janvier 2019. Et puisque les flics ont fait appel, il devrait encore y avoir un nouveau procès. Donc ça veut dire que, grosso modo, pendant plus de cinq ans, tu ne peux tout simplement PAS passer à autre chose. C'est impossible.

Tant que le procès n'est pas passé, c'est pas compliqué, tu stresses. Ta vie est en sursis. Tu t'en rends compte après, sur le moment tu fais plus ou moins bonne figure, mais la vie s'arrête. Tout ton être est tendu vers la date du procès. T'es plaquée au sol, la tête dans la gadoue. Tu comptes les jours avant la délivrance.

Je comprends mille fois les nanas –et les mecs d'ailleurs– qui, en voyant ces stats affolantes, lâchent l'affaire. Cinq ans. C'est même plus un marathon, c'est un quadruple Ironman au Groenland ce truc. Pour au final prendre le risque de te prendre un acquittement en pleine face. Truc de sado-maso, sérieusement. Comment peut-on imaginer que les victimes puissent sereinement aborder un procès dans ces conditions?

Et parlons de l'impact psychologique des acquittements. Je m'estime heureuse que le Mexicain n'ait pas été acquitté. Ça aurait été évidemment scandaleux, étant donné les éléments à charge, mais on a vu des procès avec des éléments tout aussi sérieux qui se sont achevés par des acquittements. Et donc là, concrètement, tu prends encore bien cher. Parce que j'avais beau me répéter «c'est bon, même si dans le pire des cas il est acquitté, le principal c'est que t'aies fait tout ce que tu pouvais, t'y peux rien, c'est évident qu'il est coupable pour tout le monde, il a été sauvé in extremis par des mécanismes judiciaires complexes sur lesquels tu n'as aucun impact, il est puni d'une autre manière», et même si je n'aurais rien eu à me reprocher, c'est clair et net que ça aurait été très dur d'accepter un acquittement et que j'aurais eu un peu (voire beaucoup) plus de mal à me reconstruire et à cicatriser.

Trouver la voie de la reconstruction

Le sentiment que j'ai c'est qu'à l'issue d'un procès pour viol, il y a toujours quelqu'un qui part en prison. Si c'est pas le violeur, c'est la victime, et inversement. S'il est reconnu coupable, le violeur part (très vraisemblablement) en prison. S'il est acquitté, c'est la victime qui se retrouve prisonnière dans sa tête. Seule face à son agresseur, et surtout face à une société et un système judiciaire incapables de faire condamner un criminel et, par là même, de lui offrir un commencement de cicatrisation. Prisonnière d'un crime impuni.

J'avais d'ailleurs été très émue et secouée par la conclusion du réquisitoire de Philippe Courroye, avocat général dans le procès des deux policiers de la BRI accusés du viol de la touriste canadienne que j'ai déjà évoquée un peu plus haut:
«Mesdames et messieurs les jurés, vous rendez la justice au nom du peuple. Votre verdict montrera que la loi s'applique à tous. Il va conférer à Emily S. sa qualité de victime, c'est important pour sa reconstruction et sa confiance en la justice. [...] Ce voyage au bout de la nuit sordide du 22 avril 2014 va rester en elle longtemps, cette souillure. Je crois que, comme toutes les victimes de viol, elle va être condamnée à vivre longtemps avec ce mal de vivre comme le chantait si bien Barbara. En condamnant ces accusés, vous allez lui ouvrir une porte mentale, par laquelle s'échappera peut-être un peu ce mal de vivre.»

Je savoure aujourd'hui la chance que j'ai eue, cette porte de sortie qui m'a été ouverte à moi aussi. Et je pense très fort à toutes les victimes pour qui cette porte est encore fermée à l'heure qu'il est.

Ceci dit, il y a autant de chemins de reconstruction que de viols. Et par conséquent autant de manières d'ouvrir cette porte mentale dont parle Philippe Courroye. Vous raconter les dix-huit derniers mois de ma vie, c'est un moyen d'expliquer quelles clefs ont fonctionné pour ouvrir la mienne et pour amorcer un début de reconstruction.

«Personne n'a le droit de juger la manière dont une victime tente de se reconstruire.»

Je n'essaie certainement pas de me positionner en donneuse de leçons et de dire que tant qu'on n'est pas allé chez les flics et qu'on n'a pas mis son agresseur en prison, on ne pourra jamais s'en sortir. C'est pas un concours. Je raconte la manière dont j'ai vécu les choses en mettant l'accent sur ce qui, selon moi, m'a aidée. Ce qui, je pense, s'est passé dans mon cerveau et dans mon cœur, consciemment ou inconsciemment.

Chacun réagit différemment, en fonction de son passé, de son environnement, des conditions du viol. Chacun réagit surtout comme il peut. Personne n'a le droit de juger la manière dont une victime tente de se reconstruire, flics ou pas, hosto ou pas, tribunal ou pas, condamnation ou pas, suivi psy ou pas. C'est difficile de trouver la porte de sortie. Ça prend du temps, ça demande plusieurs essais, ça prend de l'énergie. Parfois il faut une clef, parfois un pied de biche, parfois une radio, parfois un serrurier, parfois un bon coup de pied ou de bélier, et tant pis si tout le chambranle part avec. À chacun de trouver la manière dont il peut et veut se battre.

****

Remerciements

Merci à Divina, la flic qui a pris ma déposition quand je suis arrivée au commissariat à 4 heures du matin.

Merci à l'assistante sociale et à la médecin qui se sont levées au milieu de la nuit pour venir m'ausculter à l'hôpital et s'occuper de moi.

Merci à Audrey de m'avoir ramassée en 1.000 morceaux le matin du 30 mars 2018.

Merci à Brendon et Joel d'avoir arrêté le Mexicain le lendemain matin, d'avoir monté un dossier solide, répondu à toutes mes questions et d'avoir été présents pour moi jusqu'au procès.

Merci à Paulo de t'être foutu sur mon chemin quelques jours plus tard, de m'avoir fait rigoler comme jamais et de m'avoir fait totalement oublier les Mexicains l'espace de quelques semaines. J'ai presqu'envie de te dire que t'es le roi du timing et le meilleur des paratonnerres.

Merci à Adrian et Kate d'avoir préparé ma défense et répondu à toutes mes (autres) questions.

Merci Iman de m'avoir aidée avec douceur et gentillesse dans les démarches administratives et logistiques.

Merci à Ken de nous avoir si bien défendues, la société et moi-même. Merci pour cette plaidoirie dont je me souviendrai toute ma vie.

Merci à tous mes potes, de Sydney, de Paris et d'ailleurs, qui m'ont soutenue et surtout supportée, au bord de l'explosion, en attendant le procès.

Merci à ma famille, pour le soutien sans faille.

Merci à ma garde rapprochée de compète, à Charlotte, Héloïse, Félicie, Gisèle, Jeanne, Juliette et Baptiste, venus à un moment ou à un autre (voire tout le temps, merci les sicky) au tribunal. Merci de ne pas m'avoir lâchée d'une semelle pendant ces trois jours. Merci pour vos smiles, votre pêche, vos encouragements (silencieux ou sonores), vos regards qui disent tout, vos bras qui font des câlins, vos mains qui serrent les miennes, vos rires qui changent la gueule de la journée et la mienne au passage, vos larmes d'émotion et d'empathie. Bref, merci pour la mobilisation générale. Sans vous, je me serais enfuie vingt fois.

Merci à Titiou Lecoq, pour ta réponse enthousiaste lorsque je t'ai envoyé un premier jet de ce récit. Merci d'avoir fait le lien avec Slate. Merci de me permettre de transformer cette merde qui m'est tombée dessus en quelque chose d'à peu près positif. Et de manière générale, merci d'écrire autant d'articles sur les agressions sexuelles, et d'en relayer tout autant. C'est entre autres parce que j'aime te lire que j'ai su quoi faire la nuit du 30 mars 2018.

Illustration: Cécile Bidault

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