Santé / Sciences

Pour la première fois, des êtres humains vont tester un médicament créé par une intelligence artificielle

Temps de lecture : 2 min

Des personnes atteintes d'un trouble obsessionnel compulsif joueront les cobayes dès le mois de mars.

Pills here | Robson via Flickr CC License by | Montage: Thomas Messias
Pills here | Robson via Flickr CC License by | Montage: Thomas Messias

La start-up britannique Exscientia vient de déclarer avoir développé le premier médicament créé à l'aide d'une intelligence artificielle. Après une phase de conception qui a duré moins d'un an, la molécule destinée à lutter contre le TOC (trouble obsessionnel compulsif) semble prête, et sera testée sur des malades dès le mois de mars prochain.

L'intelligence artificielle permet de tester les différents types de molécules pouvant permettre de combattre la maladie ciblée. Les combinaisons sont souvent extrêmement nombreuses et nécessitent de mobiliser un grand nombre de chercheurs et chercheuses, qui doivent reproduire patiemment des protocoles parfois très longs. Le gain de temps est conséquent, et la faculté de l'IA à apprendre des précédents tests effectués a tendance à la mener vers des propositions aussi précises et efficaces que possible.

Vox, qui décrit ce qui semble être une avancée conséquente pour la recherche médicale, se fait aussi l'écho des plus sceptiques, qui estiment que les compétences des intelligences artificielles sont très largement surestimées, et que les résultats obtenus ne seront pas forcément très convaincants. C'est par exemple le cas du chimiste Derek Lowe, qui vient de signer une tribune destinée à modérer l'enthousiasme des autres observateurs et observatrices.

Selon le boss d'Exscientia, Andrew Hopkins, l'intelligence artificielle développée peut non seulement apprendre plus vite que les humains, mais également développer d'autres compétences. Elle pourra notamment balayer les bases de données existantes pour tenter de trouver d'autres utilités à des médicaments existant déjà sur le marché.

Le Japon accueillera les tests

Nommée DSP-1181, la molécule obtenue pour le traitement contre le TOC sera testée dès le mois de mars par la compagnie pharmaceutique Sumitomo Dainippon Pharma, propriétaire du brevet. Cette supervisation du développement clinique du médicament permettra notamment d'évaluer son degré de sûreté, ainsi que la réponse corporelle faisant suite à l'absorption de la molécule.

Pour Derek Lowe, le problème réside également dans le fait que l'utilisation d'une intelligence artificielle au service de la recherche médicale ne permet pas aux médecins de comprendre les mécanismes biochimiques de la maladie à combattre. En résumé, l'IA apprend vite, mais elle empêche possiblement les humains de se perfectionner.

Aux États-Unis, la FDA, administration des denrées alimentaires et des médicaments, n'a pas fait de commentaire sur les recherches autour de la DSP-1181. En revanche, son porte-parole Jeremy Kahn a affirmé à la journaliste de Vox Rebecca Heilweil que son agence allait se charger de réguler et d'encadrer la façon dont l'intelligence artificielle est utilisée dans la recherche sur les médicaments.

La FDA veillera notamment à ce que les mêmes précautions soient prises au niveau des tests et des protocoles, quelle que soit la façon dont le médicament a été développé. Chez Exscientia, on assure que ce sera bel et bien le cas, et que la molécule créée sera traitée avec la même rigueur que n'importe quel autre médicament testé pour la première fois dans les laboratoires japonais prévus.

Rebecca Heilweil rappelle que si le sujet est aussi sensible, c'est parce que les enjeux financiers sont gigantesques: pour les entreprises pharmaceutiques, une IA capable de concevoir des médicaments ultra efficaces est une véritable poule aux œufs d'or. Les poids lourds de l'industrie pharmaceutique investissent de plus en plus dans les intelligences artificielles, et une startup comme Exscientia travaille d'ores et déjà en collaboration avec des géants tels que Bayer ou GlaxoSmithKline.

Newsletters

Israël va fabriquer des masques pour les barbus

Israël va fabriquer des masques pour les barbus

En pleine pandémie de Covid-19, le gouvernement israélien ne néglige aucun détail, même pas la barbe des citoyens.

Test

Test

«Elle me reproche souvent de trop regarder les hommes dans la rue»

«Elle me reproche souvent de trop regarder les hommes dans la rue»

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Lili, en couple avec une femme pour la première fois, qui souffre de se voir reprocher ses écarts et errances passées.

Newsletters