Santé

«Il ne me regarde plus et n'a quasiment jamais envie de moi»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Audrey, dont le compagnon a subitement perdu tout désir et refuse d'être aidé ou d'en discuter.

«J'ai essayé de lui mettre un ultimatum afin qu'il se décide à consulter, mais rien ne bouge.» | Deb Stgo via Flickr
«J'ai essayé de lui mettre un ultimatum afin qu'il se décide à consulter, mais rien ne bouge.» | Deb Stgo via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

J'ai 31 ans et je suis en couple depuis un an avec Thomas, qui a le même âge que moi. Nous nous sommes rencontrés grâce à une célèbre appli de rencontres. Ni l'un ni l'autre ne cherchait nécessairement une relation sérieuse à ce moment-là.

Nous sommes tombés amoureux très rapidement après notre rencontre et nos débuts ont été fusionnels. Assez vite, nos caractères assez prononcés ont mené à des disputes, parfois assez violentes.

En dehors de ces disputes, notre relation était, et demeure, agréable. Nous pratiquons diverses activités et sommes, je pense, heureux et épanouis –dans la mesure des petits soucis quotidiens.

Nous sommes partis en vacances à deux reprises au cours de l'été dernier. La première partie s'est déroulée sans problème, mais la seconde s'est terminée de manière plutôt dramatique: mon conjoint a décidé de mettre un terme aux vacances, à notre relation, et de rentrer seul de son côté. Au bout de deux jours, il s'est calmé et est revenu vers moi.

Malgré ces preuves de comportement instable et assez enfantin, mon amour pour lui a pris le dessus et nous avons souhaité donner une autre chance à notre relation.

Bien entendu, cet épisode m'a profondément blessée, et j'ai perdu une partie de ma confiance en lui –qu'il essaie de regagner petit à petit, il me semble.

Cependant, depuis cet été, mon conjoint a perdu son désir et quasi toute libido. Nous entretenons des relations sexuelles, mais de manière bien moins fréquente et passionnée. Nous prenons tous les deux du plaisir, mais sans passion, sans étincelles, à l'inverse de notre vie sexuelle d'avant, emplie de confiance, de communication et de complicité. Le sexe faisait partie intégrante de nos vies et était important.

À ce jour, je suis très nostalgique de ces premiers mois et j'ai perdu confiance en moi. Thomas ne me regarde plus et ne semble aucunement attiré par ma personne. Il n'a quasiment jamais envie de moi. Il m'affirme ne désirer aucune autre personne, ni ne prendre de plaisir seul, et il ne sait pas pourquoi.

Lorsque j'essaie de communiquer avec lui, la situation empire: il se sent agressé et se referme. Il m'explique avoir le sentiment de ne pas me donner ce dont j'ai besoin (de manière générale) et je ne sais pas comment réagir, puisque je partage ce sentiment.

En dehors de cet aspect sexuel, Thomas me montre beaucoup d'affection et de tendresse.

J'ai essayé de lui donner du temps (presque cinq mois, à présent) et de le laisser venir vers moi. J'ai essayé d'aller doucement vers lui, parfois. Rien ne marche.

J'ai essayé de lui mettre un ultimatum afin qu'il se décide à consulter, mais rien ne bouge. Bien que je lui aie expliqué que je souffre de cette situation, il ne fait rien. Je suis très amoureuse de lui, mais je ne vois plus quoi faire et je songe à le quitter.

Audrey.

Chère Audrey,

On ne sauve pas quelqu'un qui n'a pas envie d'être sauvé. Si vous avez tout proposé, que vous avez écouté, que vous avez attendu, que vous avez signifié votre besoin vital qu'il se fasse aider à défaut de réussir à s'aider lui-même, alors que pouvez vous faire de plus? Cela n'a rien à voir avec les sentiments que vous vous portez.

Parfois, il n'y a juste plus rien à faire. On est impuissantes. Je vous fais remarquer d'ailleurs qu'en cinq ans de C'est compliqué, j'ai reçu des centaines de messages de femmes qui se débattaient avec un compagnon qui avait besoin d'aide et le refusait. Le cas inverse est tellement rare que je n'ai pas d'exemple à citer.

Les hommes ne veulent pas se faire aider. C'est une réflexion que l'on entend régulièrement dans les milieux féministes et que j'ai lue sur Twitter il y a quelques semaines: «Imaginez vivre dans un monde où les hommes vont chez le psy.»

La vérité, c'est que les hommes refusent la remise en question, le temps pour soi et pour les autres que représente la consultation chez un·e professionnel·le de la santé mentale.

Pour la plupart d'entre eux, ce sont des trucs de bonne femme ou c'est uniquement pour les fous. Les vrais bonhommes, ils n'ont jamais besoin de parler. Ils n'ont jamais besoin de pleurer. Ils n'ont pas besoin d'admettre qu'ils ont eu tort ou qu'ils ne savent pas où ils en sont. C'est une question d'éducation, de clichés, de patriarcat aussi.

Est-ce que toutes les femmes hétérosexuelles devraient alors passer un diplôme de psychologie pour soutenir et aider les hommes à leur insu? À mon sens, c'est déjà un peu ce qu'elles font. Elles grandissent tant bien que mal et elles apprennent à faire grandir quelqu'un –d'abord leur conjoint puis leurs enfants, pour celles qui en ont. C'est une forme de charge mentale.

Au passage, on oublie aussi comment vous, vous pouvez vous sentir –dans votre corps, dans votre tête– et les conséquences que cette période douloureuse, que votre compagnon refuse de voir finir, peuvent avoir sur vous. Finalement, si par un coup de chance il se débloque, on oubliera vos peines, les difficultés que vous pourriez avoir avec votre désir ou la façon dont vous appréhendez votre corps.

Je suis rarement aussi extrême dans mes réponses mais pour moi, il y a le temps de l'ultimatum et il y a le temps pour la survie. Pensez à vous. Vous aimez cet homme mais son comportement est en train d'avoir des effets destructeurs sur vous. Ce n'est pas un détail. À défaut de pouvoir le sauver lui, sauvez-vous: je veux croire que c'est toujours possible.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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