Société

«J'essaie de ne pas juger ses pratiques, mais j'avoue qu'elles me perturbent»

Temps de lecture : 4 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Florine, qui s'inquiète de ce qu'elle nomme «la part sombre» de son compagnon en matière de sexualité.

«Il m'a déjà parlé de pratiques quand il était plus jeune, où il se masturbait dans les couloirs ou dans l'ascenseur de sa résidence étudiante.» | Ondřej Šálek via Flickr
«Il m'a déjà parlé de pratiques quand il était plus jeune, où il se masturbait dans les couloirs ou dans l'ascenseur de sa résidence étudiante.» | Ondřej Šálek via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

Je me permets de t'écrire car je suis dans l'impasse face à ce que j'appelle «la partie obscure» de mon copain âgé de 33 ans.

La partie émergée fait de lui un homme qui a les qualités que je recherche: il est gentil, démonstratif, investi dans la relation et prêt à se remettre en question en cas de différend.

Mais voilà, après deux ans de relation, je découvre aussi petit à petit un homme qui aime parfois envoyer des photos de lui nu. Il m'a dit l'avoir déjà fait avec des inconnues rencontrées sur des applis de rencontres avant que nous ne nous connaissions. Mais je suis aussi tombée deux fois sur des discussions où il continue de le faire sans me le dire, dans des échanges privés avec des personnes qui tiennent des comptes Instagram parlant de sexualité.

Il a aussi déjà évoqué des pratiques quand il était plus jeune, où il se masturbait dans les couloirs ou dans l'ascenseur de sa résidence étudiante. Ou plus récemment alors qu'il se promenait en forêt.

Je suis très ouverte en matière de sexualité, j'ai peu de tabous, mais voilà, quelque chose me gêne là-dedans, cette impression que ces conduites sont déviantes, d'autant plus que dans notre intimité il est très classique, avait très peur de mon côté ouvert et sans tabou durant la première année de notre relation, et a régulièrement des pannes que je gère à l'aide de beaucoup d'écoute.

J'essaie de ne pas trop penser à ses confidences, j'essaie de ne pas juger ses pratiques mais j'avoue qu'elles me perturbent et auraient même tendance à enfreindre le désir que j'ai pour lui...

Florine

Chère Florine,

Je parle souvent avec des couples qui sont choqués par ma position sur l'intimité. Pour moi, il est inconcevable de dormir chaque soir à côté d'un ou une inconnue. C'est-à-dire qu'en plus de la sexualité partagée, j'ai besoin d'en savoir un minimum sur la sexualité que mes partenaires entretiennent avec eux-mêmes. Cela va de la matière masturbatoire aux évolutions du désir. En échange, je partage les mêmes informations. C'est une question de confiance et de partage.

Cela oblige parfois au débat, à la digestion d'informations auxquelles on ne s'attendait pas ou, par la suite, à des expérimentations à deux. C'est une façon de voir les choses qui refuse le principe de confort parce que je suis convaincue que, comme nous sommes en constante évolution, ce confort n'existe pas.

Je comprends que ces informations, jetées comme ça par votre compagnon, soient inconfortables. De l'extérieur, il me semble qu'elles prouvent surtout qu'il ne sait pas totalement où il en est lui-même et que se confronter à votre jugement, même au travers d'informations lapidaires, peut lui permettre de démêler le bien du mal.

En ce qui concerne l'exhibition, je me permets de rappeler qu'elle n'est tolérable que dans le cas où les potentielles personnes qui verraient quoi que ce soit soient consentantes. Si l'on fait le choix de soulager une urgence de ses désirs dans la nature plutôt que dans une pièce fermée, c'est qu'on a conscience que le risque zéro de se faire attraper n'existe pas. Et donc que ce risque est une composante du désir en question (ou alors on aime beaucoup la forêt ou les ascenseurs et les couloirs... mais il me paraît peu probable que ce soit tout ça à la fois). Les clubs libertins, par exemple, sont des endroits où l'exhibition est tolérée et même encouragée. Encore une fois si les différent·es participant·es sont d'accord.

Cette notion de consentement, votre compagnon doit la comprendre et l'accepter. Être exhibitionniste n'est pas honteux tant qu'on ne l'impose à personne et qu'on ne fait de mal à personne. Il est même possible de vivre cette excitation à deux, dans les limites de vos envies à vous. Je vous renvoie à ce propos à l'épisode de mon podcast Lieux du sexe consacré au sexe à l'extérieur, où plusieurs intervenant·es partagent leurs témoignages de couples.

Ce que vous percevez comme malsain, il me semble, c'est le fait que ce ne soit pas totalement clair pour lui, et donc pas totalement clair pour vous. Mettez cartes sur table: je suis prête à entendre qui tu es, et pour te montrer que tu peux me faire confiance je vais te partager ce qui compose mon imaginaire sexuel. Cela n'a pas besoin d'être caché ou honteux. En réalité, ces désirs assumés risquent bien de brûler d'un moins grand feu quand ils seront totalement à découverts. Ils auront moins le goût de l'interdit. Jouer avec ce désir qui existe chez lui pourrait aussi enrichir votre vie sexuelle. Tout n'a pas besoin d'être partagé, mais le principe du dialogue réside toujours dans l'enrichissement.

Après la grande discussion, s'il vous semble que ce que vous appelez «la partie obscure» de votre compagnon est belle et bien sombre et plus complexe que vous ne pouvez le supportez, vous pouvez proposer de voir un ou une professionnelle de la thérapie à deux. Cette personne pourra toujours profiter de son expertise pour poser les limites que vous ne pouvez pas imposer. Gardez en tête que l'exhibitionnisme n'est pas une mauvaise chose, mais qu'elle peut être dangereuse quand elle n'est pas réfléchie et contrôlée. Le consentement, toujours, est primordial.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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