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Kobe Bryant était plus qu'un joueur de basket

Temps de lecture : 6 min

L'ancienne star des Los Angeles Lakers est morte dans un accident d'hélicoptère, dimanche 26 janvier.

Kobe Bryant, réalisateur de Dear Basketball, remporte l'Oscar du meilleur court-métrage d'animation, le 4 mars 2018 à Hollywood (Californie). | Alberto E. Rodriguez / Getty Images / AFP
Kobe Bryant, réalisateur de Dear Basketball, remporte l'Oscar du meilleur court-métrage d'animation, le 4 mars 2018 à Hollywood (Californie). | Alberto E. Rodriguez / Getty Images / AFP

Kobe Bryant est mort. Ces mots semblent à peine croyables et pourtant les centaines d'articles, les vidéos, les hommages et les éditions spéciales ne laissent plus aucune place au doute, qui régnait peu après l'annonce de TMZ. L'ancienne gloire des Lakers a été victime d'un accident d'hélicoptère, à Calabasas, près de Los Angeles, dimanche 26 janvier, en compagnie de huit autres personnes dont sa fille de 13 ans, Gianna.

Tout ou presque a été écrit sur l'incroyable joueur qu'il était. Un basketteur quintuple champion NBA, dix-huit fois sélectionné pour le All Star Game, sacré meilleur joueur de la ligue en 2008 et des finales en 2009 et 2010. Un double champion olympique, qui a porté l'équipe américaine sur son dos lors d'une finale 2008 étouffante. Un compétiteur extrême, terriblement exigeant.

Déterminer qui est le meilleur joueur de l'histoire est un jeu sans fin pour les fans de basket, qui se battent sur le sujet depuis des décennies. Tout le monde conviendra en revanche que Kobe Bryant a dominé son époque (avec Tim Duncan), a fait grandir toute une génération avec lui et a fait le lien entre celle qui a grandi avec Michael Jordan et celle de LeBron James.

Pour autant, l'œuvre de Kobe Bryant ne se résume pas uniquement au basket. Il avait arrêté depuis presque quatre ans. Sa vie, elle, a continué. C'est d'ailleurs ce que retient l'ancien président américain Barack Obama dans son message d'hommage publié sur Twitter: «Kobe était une légende sur le parquet, et commençait tout juste ce qui allait être un deuxième acte important.»

Dans le poème avec lequel il avait annoncé son intention de prendre sa retraite à la fin de la saison 2016, Kobe Bryant était bien conscient qu'il allait devoir passer à autre chose: «Je ne peux t'aimer de façon aussi obsessive que pour quelques instants encore. [...] Ce n'est pas grave. Je suis prêt à te voir partir.» Il n'avait pas encore rangé ses baskets, qu'il s'était déjà préparé à tourner la page.

Tous n'en étaient pourtant pas convaincus. Interrogé par L'Équipe, qui lui rapportait qu'un manager NBA avait déclaré qu'il s'inquiétait pour lui à cause de sa retraite loin des parquets, Bryant avait répondu que le basket n'était pas tout dans sa vie: «C'est une analyse médiocre, très réductrice. Le basket n'est pas ma seule occupation et ne suffit pas à me définir. Pendant ma dernière saison, tout le monde me demandait ce que j'allais faire à la retraite. Répondre à ces questions me fatiguait. Certains disaient que j'allais entrer en dépression. Mais en dépression de quoi? Mec, je vais juste arrêter de jouer au basket! Ça m'attriste de savoir que certains pensent qu'il n'y a rien après le basket. D'une certaine manière, je me sens obligé de montrer que je peux faire quelque chose d'aussi bien, voire d'encore mieux qu'avant.»

Le storytelling, nouvelle obsession

Avec Jeff Stibel, il avait monté un fonds d'investissement qui gère aujourd'hui deux milliards de dollars, rapporte CNN. Le site américain parle d'empire pour décrire l'état de ses affaires. Mais Kobe Bryant ne s'est pas limité à cela.

«Quand on regarde où sa vie était sur le point de le mener –même si on ne le saura jamais– il a su rester sur le devant de la scène, même s'il ne jouait plus», résume le journaliste Bill Simmons.

Depuis ce dernier match contre Utah, il s'était trouvé une nouvelle obsession: le storytelling. «J'avais une super professeure d'arts du langage, qui nous avait appris comment structurer une histoire, comment écrire une histoire, expliquait-il en novembre 2019 à CBS. Le monde tourne autour du storytelling. Ce storytelling joue un rôle important dans notre societé. Ça me rend enthousiaste de jouer mon petit rôle là-dedans.»

Dans sa vie post-NBA, sa sortie la plus remarquée fut probablement au cinéma. L'ancien Laker a participé à la réalisation d'un film, basé sur son poème Dear Basketball. Le petit dessin animé de cinq minutes lui avait permis de remporter l'Oscar du meilleur court-métrage d'animation.

Quand, peu après, lors d'une interview, l'animateur Jimmy Kimmel témoignait de sa surprise de le voir si heureux, l'ancien joueur avait répondu, radieux, que c'était parce que cette victoire-là, «ce n'était pas quelque chose qui était censé se produire». Il s'était épanché sur le sujet dans une interview accordée à USA Today, il y a quelques jours: «Quand j'étais petit, je rêvais de gagner des titres, ce genre de choses. Mais être dans l'industrie dans laquelle je suis aujourd'hui? Personne ne s'attendait à ce que je gagne un Oscar.»

«Tout était un peu fascinant»

L'industrie ne l'a cependant pas totalement accueilli à bras ouverts. Après avoir révélé qu'il avait été recalé du club de l'Académie, Variety indiquait que si c'était officiellement parce qu'il devait allonger sa filmographie, cette entrée aurait «attiré les critiques dans le sillage des mouvements Me Too et de Time’s Up». Plus de 17.000 personnes avaient signé une pétition demandant que Bryant soit déchu de sa nomination aux Oscars en raison des accusations de viol dont il avait fait l'objet en 2003. Inculpé, il avait reconnu avoir eu une relation sexuelle, consentie selon lui, s'était excusé publiquement et avait évité un procès, la jeune femme ayant finalement refusé de témoigner après un accord à l'amiable.

S'il n'était toujours pas membre de l'Académie, Kobe Bryant avait commencé à se faire une place dans le monde du divertissement. «Le divertissement est devenu un sport d'équipe, et Bryant avait envie de se lancer dans des directions inattendues et improbables», résume Vanity Fair, qui estime qu'il était en train de monter un empire.

Granity, le studio avec lequel il a monté Dear Basketball s'était diversifié. Pour la télévision, il avait réalisé une série de courts-métrages pour ESPN+, le service de vidéo à la demande de la chaîne sportive américaine. Dans Detail, il analysait diverses actions et joueurs NBA pour aider le grand public à mieux comprendre ce qui se passe sur un terrain de basket. «Si cette émission avait existé quand j'avais 11 ou 12 ans, je crois qu'à 21 ou 22 ans, j'aurais été un bien meilleur basketteur, assurait-il en avril 2018. Mon grand espoir, c'est de rendre le basket encore meilleur.»

Avec Granity, il a monté une série de podcasts pour enfants, The Punies, qui se veulent des leçons de vie racontées via des mélodies et le sport, détaille Forbes. Le studio a également publié plusieurs romans pour jeunes adultes, des mélanges entre le sport et l'univers fantastique, nés de son imagination. En 2018, quand il évoquait le projet avec Sports Illustrated, il parlait d'un mélange entre Harry Potter et les Jeux olympiques. Trois livres sont déjà sortis, un quatrième doit bientôt être publié.

Tout n'était pas génial, résume Bill Simmons, mais «tout était un peu fascinant, et c'était cool de le voir faire ça».

Quand il s'est expliqué sur l'origine de tout cela (au-delà de sa fascination pour le storytelling), Kobe Bryant est revenu à son expérience personnelle. «Toutes les créations d'histoires qui sortent de notre studio ont pour point central nos expériences avec nos enfants, confiait-il à Bleacher Report en septembre 2019. C'est mon cas en particulier. J'ai des jeunes filles à la maison et je cherche comment leur faire passer des messages positifs. Elles en ont marre de nous entendre Vanessa [sa femme] et moi, donc il est important que ça vienne de différentes formes de médias.»

Cette vie de famille avait pris une importance centrale dans sa vie après vingt années à voguer de salle en salle et à enchaîner les déplacements à l'autre bout du pays. «Ce n'est pas que je ne veux pas aller voir les matchs des Lakers, mais je préfère faire prendre sa douche à Bianka [sa fille de 3 ans] et lui chanter des comptines, indiquait-il au Los Angeles Times, en octobre dernier. J'ai joué pendant vingt ans et j'ai manqué ces moments par le passé. Aller au Staples Center, cela revient à manquer une opportunité de passer une nuit avec mes enfants, quand je sais à quelle vitesse ils grandissent...»

Parfois les deux passions se retrouvaient. C'est d'ailleurs ce qui liait Gianna et Kobe. Il entraînait l'équipe de sa fille depuis quelques années, et avait l'air persuadé qu'il était en train de voir éclore un prodige: «Celle-là, ça va être quelque chose». «Ils étaient inséparables, rapporte le Los Angeles Times. Il adorait l'emmener à des matchs de basket et lui parler des différents systèmes, des tendances et des ajustements.»

Gianna et une de ses coéquipières étaient également dans l'hélicoptère qui s'est écrasé dimanche matin. Ils étaient partis jouer un match de basket.

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