France

Vive les verts, vive le nucléaire

G. Le Hardy, mis à jour le 18.03.2010 à 12 h 23

C'est une bonne chose d'en finir avec la bataille stérile entre les pro et les anti-nucléaire.

Deux événements se sont produits à une semaine d'intervalle que personne n'a pensé à rapprocher. Le 14 mars, lors du 1er tour des élections régionales, les écologistes ont confirmé leur enracinement dans la vie politique française en devenant la troisième force électorale. Moins d'une semaine auparavant, les 8 et 9 mars, s'était tenue, à Paris, sous la présidence de Sarkozy, la «Conférence internationale sur l'accès au nucléaire civil», à laquelle  participaient une soixantaine de pays. Cette conférence a été marquée par un large consensus sur la nécessité de relancer le recours à l'énergie nucléaire à travers le monde pour trois raisons; répondre à la croissance en besoins énergétiques, lutter contre le réchauffement climatique et éviter d'accroitre les inégalités entre pays riches et pays pauvres. En d'autres temps, une telle réunion aurait été considérée comme une provocation du «lobby nucléaire». Le fait qu'il n'en a rien été doit être salué et doit en même temps faire réfléchir et agir.

C'est une bonne chose d'en finir avec la bataille idéologique et stérile entre les pro et les anti-nucléaire. La réalité est simple à énoncer: le nucléaire est une forme d'énergie parmi d'autres. Elle est propre (pas d'émission de gaz à effet de serre), bon marché et, quoi qu'on en dise, sûre si elle est correctement gérée. Cela dit, elle pose des problèmes spécifiques (sûreté, gestion des déchets, lien avec le nucléaire militaire) qui  doivent être pris en compte et faire l'objet d'une attention sans commune mesure avec d'autres sources d'énergie.

Pendant très longtemps, il y a eu un dialogue de sourds, passionné, violent, entre ses partisans et ses détracteurs, ce débat débordant heureusement les clivages politiques classiques depuis le ralliement des socialistes à la fois au nucléaire civil et à la force de dissuasion avec l'arrivée au pouvoir de François Mitterrand.

La nouveauté aujourd'hui, est triple

D'abord, la relance du nucléaire concerne non seulement les pays qui ont déjà un programme nucléaire et qui veulent le développer ou le faire redémarrer (Etats-Unis, Royaume-Uni, Italie, Chine, Inde) mais aussi ceux qui veulent se lancer dans l'énergie nucléaire (Pays du Golfe, Jordanie, Turquie).

Ensuite, le paysage international de l'industrie nucléaire s'est profondément modifié. Là où il n'y avait pendant longtemps que quelques acteurs ayant une position dominante (France en tête), il y a aujourd'hui une vive concurrence entre Français, Américains, Russes, Japonais, Coréens (nous en savons quelque chose depuis la perte du marché des Emirats) et, demain, Chinois et Indiens.

Enfin, ceci expliquant cela, il y a accord aujourd'hui sur la nécessité de combiner la relance des programmes nucléaires avec des mesures qui en garantiront la pérennité: exigences de sûreté sur le plan international, formation, lutte contre la prolifération des armes nucléaires, financement des programmes par les institutions financières internationales. Sur ce dernier point, Sarkozy a eu le mérite de mettre les pieds dans le plat: pourquoi les programmes nucléaires civils n'ont jusqu'à présent pas été éligibles aux prêts de la Banque Mondiale alors que rien dans ses statuts ne l'interdit?

Cette nouvelle donne entraîne des  conséquences importantes pour la France, au moins sur trois points.

D'abord, sur le plan industriel, le nucléaire étant un de nos points forts dans le monde, nous ne devons pas rater la mutation qui s'opère sous nos yeux. C'est l'objet de la mission que Sarkozy à confiée à François Roussely, ancien président d'EDF, pour définir l'organisation future de la filière nucléaire française. Pas sûr que les déclarations fracassantes de Proglio lors de sa nomination à la tête d'EDF (démantèlement d'Areva, EDF seul maître à bord dans la conduite du nucléaire sur le plan international) correspondent aux nécessités du temps présent. L'important est en effet d'avoir une bonne entente entre les protagonistes français (Areva,  GDF-SUEZ, EDF, CEA) et une bonne organisation gouvernementale mais aussi une offre plus diversifiée, aussi bien en acteurs qu'en modèles de réacteurs, pour répondre à des demandes elles mêmes différentes. De ce point de vue, la politique menée par Anne Lauvergeon aussi bien à l'intérieur (accords  entre Areva et GDF-SUEZ) qu'à l'international (conclusion de partenariats avec des électriciens et des constructeurs d'autres pays)  comme la montée en puissance de GDF/SUEZ dans le nucléaire vont dans la bonne direction.

En ce qui concerne la sûreté, domaine essentiel, il y a un travail nécessaire pour que les normes de sûreté soient harmonisées sur le plan international pour éviter que ceux qui s'imposent les normes les plus sévères (ce qui fatalement accroît les coûts) soient pénalisés  par rapport à ceux qui sont moins exigeants. Là aussi, l'échec d'Abu Dhabi doit  servir de leçon.

Dans le domaine de la non prolifération des armes nucléaires enfin, il faut continuer à être sérieux, ce qui veut dire trois choses: d'abord, il ne faut pas relâcher la pression internationale sur l'Iran qui cherche à développer une capacité nucléaire militaire, ce qui risque de déstabiliser toute une région qui n'en a vraiment pas besoin.

Ensuite, il faut  avoir une attitude ouverte à l'égard des pays responsables qui ont besoin d'énergie nucléaire et qui respectent leurs engagements internationaux, c'est d'ailleurs l'immense majorité; enfin, il faut éviter le catastrophisme: il y a trente ans, beaucoup de soi-disant experts affirmaient qu'à la fin du XXe siècle, la planète compterait une trentaine de pays disposant de l'arme atomique; cela s'est révélé faux; le nombre des pays qui avaient la bombe en dehors des cinq puissances nucléaires reconnues (Etats-Unis, Russie, Royaume-Uni, France, Chine) ou qui cherchaient à l'avoir n'a pas bougé; mieux encore, certains (Brésil, Argentine, Libye) ont arrêté leur programme militaire et l'Afrique du Sud  a démantelé les armes qu'elle possédait.

Sur tous ces sujets, la nouvelle situation internationale exige des réponses concrètes et des débats sereins. Les conditions en sont réunies aujourd'hui. C'est une bonne chose.

G. Le Hardy

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Photo: La centrale de Golfech, REUTERS/Regis Duvignau.

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Diplomate français
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