Monde

Non, Obama ne s'est pas fourvoyé

Moisés Naím, mis à jour le 17.03.2010 à 9 h 56

Les détracteurs du Président des Etats-Unis nient la complexité du monde.

Le monde selon les adversaires d'Obama

Rien ne va plus pour Obama. La réforme de la santé, l'un des principaux engagements du président américain, a échoué. Personne n'en veut. Parallèlement, l'économie américaine se porte mal. Il a remis à flot les riches financiers de Wall Street qui étaient sur le point de sombrer, alors que les Américains pauvres perdaient leur logement. Cela a donné lieu à de vives rancœurs intestines au sein des partisans d'Obama.

Le chômage reste élevé; le déficit public, la dette extérieure et la dépendance financière par rapport à la Chine deviennent des menaces de plus en plus inquiétantes. Du coup, le budget du Pentagone doit subir des restrictions, ce qui risque de compromettre l'hégémonie militaire des Etats-Unis. Par ailleurs, le fossé qui sépare républicains et démocrates ne cesse de se creuser, ce qui rend difficile la mise en place des coalitions politiques nécessaires à l'adoption des lois essentielles pour le pays.

A l'étranger, ce n'est pas mieux. Obama a transformé l'insurrection des talibans d'Afghanistan en un vaste conflit armé qui s'est en outre étendu au Pakistan –ce qui risque du reste de déstabiliser les équilibres politiques précaires de cette puissance nucléaire. Obama a fait sienne une guerre dont Bush était l'instigateur. Le discours qu'il a prononcé au Caire en juin 2009, dans lequel il proposait une nouvelle ère d'initiatives qui engendreraient la paix au Proche-Orient et une relation neuve entre son pays et l'islam et le monde arabe, a suscité d'immenses espoirs. Mais en moins d'un an, la réalité a eu raison de ces bonnes intentions. Sa tentative d'instaurer un dialogue constructif avec l'Iran a également échoué. Aujourd'hui, la seule chose dont parle Washington avec ses alliés, c'est la portée et la sévérité des sanctions à imposer à l'Iran si ce pays ne renonce pas à son objectif de produire des bombes nucléaires.

D'autre part, les Chinois sont irrités face à un Obama qui vend des armes à Taiwan, reçoit le dalaï-lama, et avec qui aucun accord n'a pu être trouvé à Copenhague, lors de la conférence sur le climat visant à lutter contre le réchauffement. Les leaders européens sont eux aussi déçus. Ils ont le sentiment que le président américain est distant et ne les prend pas au sérieux –personnellement ou, plus généralement, dans sa façon d'aborder l'Europe en tant que continent.

En fin de compte, à presque tous les égards, Obama se fourvoie et il ne sera sûrement pas réélu. A l'image de Jimmy Carter, il accomplira un unique mandat de quatre ans, après quoi il se consacrera à la philanthropie, écrira des livres et donnera des conférences.

Le monde selon les partisans de Barack Obama

N'importe comment, il était absolument impossible pour Obama de répondre à toutes les attentes de l'opinion aux Etats-Unis et à l'étranger. Cependant, malgré une cote de popularité en baisse, près de la moitié des Américains continuent de soutenir l'action d'Obama. Ce qui fait de lui l'un des présidents les plus populaires dans leur pays. Et puis, bien que l'économie américaine soit encore fragile, elle n'est plus au bord du gouffre. Même si le taux de chômage est encore important, il s'est stabilisé et, selon les analystes, il devrait aller en diminuant.

Le sauvetage des banques a certes entraîné un énorme coût politique, mais il a permis d'éviter l'effondrement du système financier, dont les conséquences auraient été désastreuses pour nous tous. La réforme du système de santé impliquaient de toucher à des intérêts de groupes puissants, entreprises et syndicats, dont les revenus annuels pèsent 16% de l'économie américaine. C'est la raison pour laquelle durant des décennies personne n'a réussi à réformer le système. Mais Obama réussira, d'une manière ou d'une autre, à faire voter des réformes qui, bien qu'insuffisantes, supposeront un certain progrès.

Sur le plan international, Obama a tenu sa promesse de rechercher des terrains d'entente et des accords avec les pays en grave conflit avec les Etats-Unis depuis plusieurs années. Hélas, il a accompli peu de progrès sur ce front. Mais est-ce du seul fait d'Obama si un ensemble de personnages –Ahmadinejad, Castro, Chavez, Kim Jong-il, les chefs du Hamas et du Hezbollah, et Bibi Netanyahou, entre autres– ont rejeté ses initiatives de rapprochement et de négociation ou s'en sont moqués? Le président américain est parti du postulat que ces interlocuteurs étaient capables de comprendre qu'un rapprochement n'était pas synonyme de faiblesse. Les adversaires d'Obama n'ont pas manqué de lui reprocher son inexpérience en matière de politique étrangère. Quoi qu'il en soit, Obama tire des enseignements de ses erreurs.

Et pendant que le président américain fait ses armes, ses rivaux politiques se livrent à des conflits implacables. Pour qu'Obama subisse une défaite à la prochaine présidentielle, les républicains devront trouver un candidat acceptable aux yeux des fondamentalistes religieux, des faucons de la politique étrangère et des tenants du conservatisme économique. Ce candidat doit, en outre, plaire au reste des citoyens américains.

C'est pourquoi on peut affirmer sans trop de risque, pour le moment du moins, qu'Obama sera réélu.

Moises Naim

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Photo: Barack Obama lors d'un discours Jason Reed / Reuters


Moisés Naím
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Editorialiste
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