Monde

Google quitte la Chine: quelles conséquences?

Temps de lecture : 3 min

Google pourrait bien vivre ses derniers jours en Chine. Si le géant américain de l'Internet met bien fin à ses activités dans l'empire du Milieu (ce qui serait «sûr à 99,9 %» selon le Financial Times du 12 mars), c'est une possibilité qui est loin de réjouir ses nombreux partenaires commerciaux.

Selon le Wall Street Journal, le site internet de la CCTV (la télévision d'Etat) a publié une lettre signée par des entreprises chinoises qui font affaire avec Google. La lettre, adressée à John Liu, vice-président des ventes pour la région Grande Chine, souligne le manque de communication de Google, qui avait annoncé le 12 janvier réfléchir à son avenir dans le pays.

Nous comprenons que Google a ses propres valeurs, mais nous ne comprenons pas pourquoi, jusqu'à ce jour, Google n'a pas communiqué avec nous sur le règlement de l'affaire, ni négocié une solution, surtout quand cela implique les intérêts de dizaines de milliers de nos clients, employés et investisseurs.

Vingt-sept compagnies de toute la Chine, des revendeurs publicitaires pour Google, ont signé la lettre, dans laquelle il est également demandé comment Google compte compenser les pertes constatées et les possibles mises à pied importantes qui s'ensuivront.

Le 12 janvier, Google avait menacé de se retirer du marché chinois après une série d'attaques informatiques identifiées comme venant de Chine. La firme américaine avait alors déclaré réfléchir sur la justification d'une poursuite de ses activités dans un pays qui pratique la censure des résultats. Google a ouvert son moteur de recherche en chinois (Google.cn) en 2006 mais n'a jamais réussi à sérieusement concurrencer son rival Baidu, qui détient plus de 60% des parts de marché, le double de Google.

Les pourparlers en cours avec le gouvernement chinois ont apparemment atteint une zone de non-retour. A tel point que le moteur de recherche Google.cn pourrait bien fermer dès la fin du mois de mars. En effet, Google n'a pas renouvelé sa demande de licence ICP (fournisseur de contenu sur internet) en Chine: elle expire le 31 mars, selon The Guardian.

Dans un article publié dans le magazine économique Caijing, il est également révélé qu'à compter du 31 mars, Google compte arrêter de filtrer ses résultats. Selon une traduction en anglais de l'article original postée sur le site internet de la revue, «la lutte acharnée pourrait se résoudre de manière pacifique si Google Chine se plie aux exigences du gouvernement chinois. Mais selon des personnes proches des deux dirigeants de Google, il était clair dès le départ que Sergey Brin [un des deux dirigeants de Google, ndlr] ne permettra pas à l'affaire de se finir d'une manière douteuse. D'ici au 31 mars, Google a encore le temps de porter son coup final».

Le gouvernement chinois, par l'intermédiaire du ministre de l'Industrie et des technologies de l'information Li Yizhong, a averti le 9 mars que «si Google prend des mesures pour violer la loi chinoise, cela serait irresponsable, et Google devra en subir les conséquences».

Tout comme certains sites internet chinois, Sina.com.cn par exemple, possède une barre de recherche Google. Si le moteur de recherche américain vient à fournir des résultats non censurés, les barres de recherche intégrées devront, elles, se plier à la censure. C'est en tout cas le message qu'a fait passer le gouvernement dimanche 14, selon le New York Times.

Le jeu du chat et de la souris aurait-il commencé? Google.cn aurait arrêté lundi soir de filtrer ses résultats sur certains requêtes sensibles en chinois, comme par exemple "89 学生运动" (mouvement étudiant de 1989): les images montraient la célèbre photo de l'homme se tenant debout devant les chars sur la place Tienanmen. Tout était rentré dans l'ordre mardi matin.

Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Qin Gang, a affirmé hier mardi qu'un retrait de Google n'aurait «aucune incidence sur l'environnement économique en Chine. Cela ne changera pas aussi le fait qu'il y a de nombreuses entreprises étrangères en Chine, y compris des américaines, qui sont bien installées et qui font des profits».

Si Google part effectivement de Chine, il y a une entreprise qui risque de se frotter les mains, affirme le Wall Street Journal le 16 mars: c'est Microsoft. La firme américaine, qui a lancé son moteur de recherche Bing en 2009, compte bien pénétrer le marché chinois. Selon le quotidien américain, Microsoft a déjà recruté trois anciens employés de Google Chine. «Les dirigeants de Microsoft, y compris le directeur général Steve Ballmer et le président Bill Gates, ont déclaré qu'ils ont l'intention de rester en Chine et de continuer à filtrer certains contenus politiques et autres résultats sensibles.» Le moteur de recherche Bing plafonne depuis son lancement à 1% de part de marché: son nom, qui veut dire «malade» en chinois, doit y être pour quelque chose.

[Lire les articles sur wsj.com; nytimes.com; caijin.com]

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Photo de une: le siège de Google à Pékin, Reuters/ Alfred Jin.

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