Culture

À quand un film ou une série sans scène de cul?

Temps de lecture : 4 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] Quel besoin de nous montrer ces fausses étreintes où deux partenaires se chevauchent avec le naturel d'un chat quand on essaye de lui passer une laisse?

Je baise, tu baises, nous baisons tous. | Jean Koulev via Flickr
Je baise, tu baises, nous baisons tous. | Jean Koulev via Flickr

Je ne pense pas être spécialement puritain; mes innombrables maîtresses dont j'ai épuisé le corps pourront en témoigner. J'ai ma part de vices; des fantasmes par milliers; et depuis mes années adolescentes, je ne compte plus les étreintes lubriques auxquelles je me suis adonné, étreintes il va sans dire dont la plupart voire la totalité se sont déroulées dans la seule sphère de mon imaginaire détraqué.

J'ai passé des nuits entières à consoler Nicole de sa rupture avec Tom –elle ne s'en remettait pas– et quand enfin je parvenais à échapper à son appétit carnassier, c'était pour retrouver une autre actrice et encore une autre dont je préfère ici taire les noms afin de ne pas froisser la sensibilité exacerbée et un brin possessive de Nicole. Tout juste me contenterais-je d'affirmer qu'elles furent nombreuses et que toutes m'ont dévoilé les atours de leurs corps sans jamais rien me cacher.

D'ailleurs ces corps, je les connaissais avant même de les croiser dans mon lit. C'est qu'à force de les voir évoluer dans des films et autres séries, l'anatomie des actrices nous est devenue banalement familière. Pas un film sans que dans le feu de l'action, un bout de leur poitrine ne nous soit révélé. Pas une série sans qu'elles ne cèdent aux avances d'un partenaire toujours prompt à l'entreprendre sans atermoiements excessifs.

C'est devenu tellement banal que plus personne ne s'interroge jamais sur la pertinence de ces ébats, ébats routiniers qui pourtant n'ont strictement aucun intérêt quant au déroulé de l'intrigue voire de l'éventuelle psychologie des personnages. Même le plus ahuri des spectateurs comprendra que quand deux individus se retrouvent ensemble dans une chambre à coucher, surtout quand elle est plongée dans la pénombre, ce n'est point pour disserter de la réforme des régimes spéciaux ou de l'avenir de Ségolène Royal; non, quand deux êtres humains basculent sur un matelas, la plupart du temps, c'est pour faire l'amour, acte par lequel dans une configuration hétérosexuelle un partenaire généralement masculin s'en va pénétrer de son dard triomphant l'entrejambe de sa partenaire, partie de jambes en l'air conclue aussitôt par une cascade de râles, témoins de la montée puis de l'apogée du plaisir.

Bref je baise, tu baises, il baise, nous baisons tous.

Dès lors, à quoi bon montrer ces déhanchements équivoques puisque d'avance nous connaissons les tenants et les aboutissants de ces rencontres nocturnes dont le déroulé est à peu près commun à tous les films: embrassades fiévreuses où deux bouches après quelques tâtonnements finissent par se rencontrer; baisers langoureux entrecoupés de soupirs fiévreux; mains avisées qui s'attardent au milieu d'une chevelure épanouie, descendent le long d'un corps tremblant, remontent à niveau de la ceinture; habits qui volent au vent et dont on retrouvera plus tard la trace jusque dans la salle de bains; regards de braise où se lit toute l'intensité du désir (Je t'aime, moi aussi); apparition soudaine d'un sein puis oh surprise d'un deuxième rapidement entrepris par une main, une bouche; débraguettage rapide suivi dans le milliardième de seconde par une pénétration fulgurante dont la durée ira de dix secondes à une minute selon l'inspiration du metteur en scène ou la disposition d'esprit de la réalisatrice.

Formidable.

Pour les préliminaires, le lubrifiant, les tentatives avortées, les bandaisons mollassonnes, les préservatifs qui manquent à l'appel, les approches sensorielles, les rires éventuels, les ajustements nécessaires, les incompréhensions mutuelles, les négociations au sommet, les tâtonnements réciproques, les inévitables sorties de route, le coup de fil de la belle-mère, on repassera.

Au cinéma, on baise comme au dévore un macaron: d'un coup et sans laisser de trace.

Autant dire que ces scènes n'ont absolument aucun intérêt, pas la moindre importance, hormis celle de nous dévoiler les pectoraux et la poitrine des deux protagonistes dont à quelques exceptions près –Nicole–on se fout royalement. D'autant plus que ces ébats sont tournés dans la même effervescence qu'un employé de poste au moment d'aller chercher votre recommandé: mollement et souvent approximativement.

Tout y est absolument faux, du jeu des acteurs à la vérité du moment.

Jamais, malgré de nombreuses séances d'entraînements, je n'ai réussi cet enchaînement parfait quand pris dans la tourmente amoureuse, le personnage masculin parvient à se débarrasser à la vitesse de l'éclair de tout ce qui pourrait faire obstacle à l'apparition de son bidule, lequel aussitôt libéré parvient à trouver sa route sans demander son chemin. De la pure magie. Une seconde avant il dormait à l'intérieur de son refuge caleçoné, la seconde suivante le voilà rendu en terre promise et l'instant d'après, à la suite de quelques gesticulations pathétiques, on le retrouve rendant les armes sous le regard attendri de sa moitié.

Chapeau l'artiste.

Ce n'est pas une question de pudeur, du moins je ne crois pas, plutôt une interrogation sur le bien-fondé de ces scènes où l'on oblige des acteurs, des comédiennes à se livrer à ces simagrées absurdes. Qu'y gagne-t-on à part se rincer l'œil à peu de frais? Quel besoin de nous montrer ces fausses étreintes où deux partenaires se chevauchent avec le naturel d'un chat quand on essaye de lui passer une laisse? Que cherche-t-on à nous dire? Que machine a une poitrine comme vous et moi, enfin surtout vous, que trucmuche n'est point amputé de sa base arrière?

Mais de tout cela, on s'en doutait avant, non? Alors quoi? Va-t-on déduire de la façon dont ils se possèdent les uns les autres, à la fréquence de leurs jeux de jambes, au son de leurs gémissements respectifs, à leurs encouragements répétés, l'intensité de leur relation ou la qualité de leur entente? Balivernes! À de rares exceptions près, ces scènes assommantes au possible n'ont rien d'autre à nous offrir que la morne et artificielle représentation d'un accouplement auquel on ne croit pas une seule seconde. Comme un passage obligé sans lequel le film ne saurait exister, pur exercice d'exhibitionnisme auquel nous sommes tellement habitués que nous le regardons avec la même appétence qu'un boucher qui s'en va tronçonner sa centième escalope de la journée.

Ceci posé, dans la deuxième saison de Big Little Lies, Nicole, ses seins, elle les montre ou pas?!!!

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