Santé / Sciences

Faire l'amour plus souvent pourrait retarder la ménopause

Temps de lecture : 3 min

Et ça marche aussi avec la masturbation.

La ménopause obéit avant tout à des facteurs génétiques, mais elle est également influencée par le mode de vie. | Timothy Meinberg via Unsplash
La ménopause obéit avant tout à des facteurs génétiques, mais elle est également influencée par le mode de vie. | Timothy Meinberg via Unsplash

On sait que chez au moins un écrivain français, l'idée d'aimer une femme de 50 ans, c'est-à-dire à l'âge de la ménopause, est inconcevable. Il faut dire qu'il s'agit d'une période qui ne fait pas rêver, puisqu'à en croire certaines revues (et certaines copines), la vie devient ponctuée de bouffées de chaleur avec ruissellements intempestifs, pics de déprime et sympathiques sécheresses vaginales.

Les plus chanceuses auront un petit début d'incontinence, sans oublier des cheveux qui tombent –sans doute pour compenser les kilos qui arrivent et les poils qui poussent au menton. Bref, la ménopause, c'est ce moment de lassitude où on doit se dire que finalement, les règles tous les mois, c'était peut-être un moindre mal.

Heureusement, le cas de cet auteur qu'on ne nomme plus n'est pas une généralité: d'autres hommes parviennent très bien à aimer des femmes bien mûres, et cela permettrait à certaines d'entre elles de retarder le fatidique moment du fameux «retour d'âge».

Mariage sans incidence

Une étude publiée dans la revue Royal Society Open Science et citée dans Newsweek vient de faire un lien entre activité sexuelle et retardement de la ménopause.

On y découvre que les participantes ayant des rapports sexuels hebdomadaires y ont 28 % de risque de moins d'entrer dans cette phase de leur vie que celles ne pratiquant qu'une seule activité sexuelle par mois ou moins.

Cette étude a été conduite sur 2.936 femmes américaines âgées de 42 à 52 ans ayant toujours leurs règles (donc, théoriquement, encore capables d'enfanter). Celles-ci ont été invitées à indiquer la fréquence de leurs activités sexuelles au cours des six derniers mois: contacts sexuels, caresses, sexe oral, coït et masturbation –des comportements qui selon l'équipe de recherche signalent au corps que la femme enclenche un comportement susceptible de déboucher sur une grossesse.

Au début de l'expérience, 78 % des femmes étaient mariées ou dans une relation, 68 % vivaient avec un partenaire. Au total, 64 % avaient une activité sexuelle hebdomadaire.

L'étude a permis aux chercheuses Megan Arnot et Ruth Mace de conclure d'une part que la ménopause n'est pas liée à une question de phéromones masculines qui affecteraient la fécondité des femmes (phéromones dont l'existence reste encore à prouver), et d'autre part que le fait d'être mariée n'avait pas d'incidence sur l'arrêt des règles (contrairement à ce que montraient de précédentes recherches).

Les autrices expliquent que la ménopause obéit avant tout à des facteurs génétiques, mais qu'elle est également influencée par le mode de vie (le tabagisme, par exemple) et le nombre d'ovocytes de chacune à la naissance.

(On rappellera ici que le bébé fille possède déjà tous ses ovocytes quand il sort du ventre de sa mère. Le stock ne se renouvelle pas, il ne fait que décliner, contrairement aux spermatozoïdes, fabriqués non-stop à partir de la puberté du garçon. Ce n'est pas du tout égalitaire, mais c'est comme ça.)

Bénédiction évolutionnaire

Les scientifiques postulent que le corps évaluerait les chances de tomber enceinte. D'un point de vue évolutionnaire, ovuler est un gaspillage d'énergie s'il n'y aucun signe d'activité sexuelle, et donc zéro possibilité de grossesse.

Si une femme ne fait pas ou très peu de galipettes, son corps ne reçoit pas ce genre de signaux. S'il y a en revanche une activité sexuelle, même solitaire, la mécanique peut s'enclencher.

Cette conjecture s'inscrit dans la logique de l'hypothèse de la grand-mère, qui veut que la ménopause soit apparue chez les humaines de manière à réduire les conflits entre les différentes générations de femmes et à permettre aux plus âgées de prendre soin de leur descendance.

La ménopause, aujourd'hui majoritairement considérée comme une malédiction biologique et sociale, aurait d'un point de vue évolutionnaire été une bénédiction: aux temps préhistoriques, les femmes ménopausées, qui risquaient moins leur vie en n'étant plus enceintes et en n'accouchant plus, pouvaient davantage s'investir dans la protection de leur progéniture et ainsi leur assurer une meilleure longévité.

Les chercheuses marchent sur des œufs; leur conclusion est une hypothèse et elles ne prétendent pas imposer de vérité absolue: «Nous faisons l'hypothèse que cette relation est le résultat d'un compromis adaptatif relatif à la possibilité d'une grossesse à l'approche de la ménopause.»

«Bien entendu, la ménopause est inévitable pour les femmes et aucune intervention comportementale n'empêchera la cessation de la fertilité; quoi qu'il en soit, ces résultats sont une première indication que le moment de la ménopause est capable de s'adapter en réaction au comportement sexuel», indiquent-elles.

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