Culture

Lady Gaga = Lady Warhol

Nelson Abigael, mis à jour le 28.09.2013 à 14 h 01

Le dernier clip de la chanteuse n'est pas qu'une référence au Pop Art, il est pop art.

Quatorze millions. C'est le nombre de fois qu'a été vu en moins de trois jours «Telephone», le nouveau clip de Lady Gaga. Un record. Près de trois fois plus sur la même période que «Bad Romance», premier extrait de l'album «The Fame Monster» et visionné plus de 148 millions de fois depuis novembre 2009. Décryptage d'un phénomène qui devrait faire oublier rapidement le score de Susan Boyle.

Impossible d'imputer le succès de «Telephone» à son scénario. «Sequel» de la vidéo «Paparazzi» où Lady Gaga y empoisonnait son boyfriend, l'intrigue de ce nouveau court-métrage débute donc en taule. Relâchée cinq épiques minutes plus tard, la Gaga remet le couvert («Once you kill a cow, you gotta make a burger») en aidant Beyoncé à se débarrasser elle aussi de son petit ami (tout le monde suit?). Bref, «Telephone» n'est rien moins qu'un prétexte à un road movie coloré jonché de cadavres et de jeunes femmes furieusement sexy qui font passer la fashion week parisienne pour un catalogue «La Redoute». Une vidéo sacrément mortelle donc. Mais pas que...

Drôle, suffisamment provocant pour être interdit de télé, même dans sa version courte, «Telephone» est surtout un véritable concentré de pop culture dont chaque plan, chaque idée résonne chez les spectateurs. On pense évidemment à Thelma et Louise, dont le plan final est intégralement reproduit, à Tarentino ensuite, qui a gracieusement prêté le «Pussy Wagon» de Kill Bill aux deux serial empoisonneuses. Mais aussi à Russ Meyer, à toute la sexploitation et ses nymphomanes vengeresses. Sans oublier Cage Heats, le film très seventies de Jonathan Demme et sa prison pour femmes dont certaines scènes font écho aux premières minutes du clip.

Plus subtile, la recette du poison concoctée par Lady Gaga est un mélange de trois substances toxiques aperçues respectivement dans Dune, Star Wars et dans le jeu vidéo «Command & Conquer». Sans oublier une des matonnes qui n'est autre que Jayne Trcka, la bodybuildée Miss Mann de Scary Movie. On notera également le clin d'œil appuyé au roi de la pop Michael Jackson (via un pas de danse), au créateur de mode Alexander McQueen (décédé le 11 février 2010, date d'entrée dans la prison de Gaga), au diner de NCIS, à l'émission «Queer Eye for a Straight Guy» (le flash télé est présenté par Jai Rodriguez, un des experts) et au célèbre manga One Piece (en japonais dans le texte ワンピース).

Mais bizarrement, ce ne sont pas ces références pop pour la plupart évidentes que l'on remarque le plus. Car les 9 minutes 32 du clip sont également un énorme prétexte au placement de produits les plus divers. Si le procédé est largement répandu aux Etats-Unis, il est ici outrageusement employé. LG et Virgin Mobile (le sponsor de sa tournée), Polaroid (dont Lady Gaga est la nouvelle directrice artistique), l'ordinateur portable HP Envy, le site de rencontre leader aux Etats-Unis PlentyOfFish, les écouteurs Heartbeats (cosignés Gaga et Dr Dre et déjà aperçus dans Bad Romance), Coca-Cola, Kraft, Chanel, etc. Telephone nous fait penser à une coupure publicitaire durant le Super Bowl. Pour noyer le pois(s)on, le clip est également saupoudré de fausses marques, Double-Breasted Drive-Thru, Cook'N'Kill ou Poison TV. Une façon de nous rappeler que la publicité est une composante à part entière de la pop culture.

Car finalement, la vidéo est le plus bel hommage de la star la plus excentrique que la pop ait connue à Andy Warhol, pionnier du... pop art. Au-delà des clins d'œil aux comics largement utilisés par Warhol ou à ses dénonciations des modes de consommation (la nourriture est la troisième héroïne de la vidéo, «Let's make a sandwich»), Lady Gaga et le réalisateur suédois Jonas Åkerlund ne font qu'appliquer les préceptes qui ont fait la renommée mondiale du père du pop art. «L'art, c'est déjà de la publicité. La Joconde aurait pu servir de support à une marque de chocolat, à Coca-Cola ou à tout autre chose», disait-il. Et si, à 23 ans, Lady Gaga était la nouvelle Joconde?

Nelson Abigael

Photo: Image du clip «Telephone» de Lady Gaga. DR

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