Monde

Meurtres et pots-de-vin, la mafia roumaine du bois se radicalise

Temps de lecture : 2 min

Deux gardes forestiers ont été tués en trois mois.

Les chemins déboisés de la région montagneuse de Valea Rea en Roumanie sont symptomatiques de l'exploitation forestière illégale. | Daniel Mihailescu / AFP

 
Les chemins déboisés de la région montagneuse de Valea Rea en Roumanie sont symptomatiques de l'exploitation forestière illégale. | Daniel Mihailescu / AFP  

Dans le hameau boisé de Deia, au nord de la Roumanie, Ilie Bucșă et son frère Dumitru sont devenus des parias. Récemment, ils ont été roués de coups par une foule en colère, laissant Ilie sur le bord de la route avec une commotion cérébrale. Quelques jours plus tard, quelqu'un a déversé de l'antigel dans leur étang, tuant tous leurs poissons.

La raison de ces intimidations? Ilie et Dumitru ont déposé plusieurs plaintes contre des exploitations forestières illégales dans leur région.

Menaces permanentes

L'exploitation illégale du bois est un véritable fléau qui gangrène une grande partie de la Roumanie rurale. En 2015, la Cour des comptes roumaine estimait que 80 millions de m3 de bois, d'une valeur de 5 milliards d'euros, avaient été coupés illégalement entre 1990 et 2012. Pour l'année 2018, ce volume s'élevait à 206.000 m³.

Après avoir fermé les yeux pendant des années, les autorités locales essaient de sévir, mais elles se heurtent à un système de corruption bien établi et à une recrudescence des actes d'intimidation.

Depuis 2014, six gardes forestiers ont été tués –dont deux au cours des trois derniers mois– et 184 cas de violence ont été recensés. Les quelques personnes qui tentent de signaler des activités illégales, comme les frères Bucșă, sont constamment menacées.

Pour les militant·es écologistes roumain·es, si certains gardes forestiers défendent corps et âme les intérêts de leurs réserves, beaucoup sont corrompus et à la botte d'exploitations malhonnêtes. Interrogé par le Guardian, l'un d'entre eux a déclaré qu'«absolument tout le monde participe» à ces activités illégales.

Un bûcheron qui travaillait pour plusieurs exploitations a également témoigné auprès du journal anglais: «Il y a eu une commande pour laquelle nous avions la permission de couper 400 m3 de forêt, et nous en avons finalement coupé 2.400. Les propriétaires étaient de mèche avec les autorités locales et les gardes forestiers.» À chaque mètre cube de forêt supplémentaire, il recevait une prime d'environ 30 lei [6,25 euros].

Port d'arme autorisé

Au-delà des violences et de la corruption, l'enjeu est de conserver les forêts roumaines, qui contiennent 30% de tous les grands carnivores d'Europe, avec d'importantes populations d'ours, de loups et de lynx.

Au cours des dernières années, il est devenu de plus en plus difficile de voler du bois, en partie à cause de la répression gouvernementale. En 2017, l'État roumain a notamment durci le contrôle des exploitations forestières et les sanctions applicables. Les autorités ont par ailleurs autorisé tous les rangers à porter des armes.

Les citoyen·nes peuvent également contribuer à la lutte contre la mafia du bois. Grâce à une application destinée aux Roumain·es habitant dans les zones boisées, chacun·e peut vérifier les plaques d'immatriculation des camions transportant du bois et les signaler en cas d'illégalité.

Pourtant, le chemin pour enrayer ces actes illicites semble encore long. Sorin Jiva, un garde forestier blessé par des bûcherons malhonnêtes en 2017, déplore que «davantage de gardes forestiers devront mourir avant que les politiciens ne mettent fin à l'exploitation forestière illégale».

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