Monde / Culture

David Bowie, le Philly Sound et les frontières raciales de la ville américaine

Temps de lecture : 12 min

Fin 1974, Bowie fait plusieurs séjours à Philadelphie pour enregistrer «Young Americans». Dans la «ville de l'amour fraternel», comme ailleurs aux États-Unis, les lignes de faille dont il se joua il y a quarante-cinq ans restent d'autant plus vivaces qu'elles sont invisibles.

Sous le vernis des apparences, les frontières raciales que la musique avait permis de traverser sur le plan symbolique sont encore en place à Philadelphie. | Julien Suaudeau
Sous le vernis des apparences, les frontières raciales que la musique avait permis de traverser sur le plan symbolique sont encore en place à Philadelphie. | Julien Suaudeau

Dans l'épisode 8 de Watchmen, un dieu à la peau bleue décide d'habiter le corps d'un Afro-Américain mort au Vietnam. Dr Manhattan, sous cette nouvelle apparence, rend visite à une vieille connaissance. L'ami d'antan comprend bientôt à qui il a affaire et ne peut s'empêcher d'ironiser: «De nos jours, ce genre d'appropriation ne passe plus.»

Le «soulman»

Le 11 avril 1974, une divinité glam à la peau très blanche débarque à New York, à bord du paquebot France. C'est le début d'un séjour chez les mortels nord-américains qui durera deux ans. En attendant le début de la tournée Diamond Dogs, album qui sort le 31 mai de cette année-là, David Bowie assiste aux concerts du gratin soul et R'n'B de l'époque, Temptations et Spinners en tête. Nul ne le sait encore, mais il en a fini avec le rock'n'roll et commence à faire son miel de nouvelles influences.

Après deux concerts à guichets fermés au Madison Square Garden, les 19 et 20 juillet, la tournée s'interrompt durant six semaines, pendant lesquelles Bowie commence à travailler sur le successeur de Diamond Dogs. Entre août et novembre 1974, il enregistre à Philadelphie la plupart des morceaux de Young Americans, qui sortira le 7 mars 1975 (c'est à New York, en janvier 1975, qu'est enregistrée «Fame», huitième et dernière chanson de l'album dans sa version initiale –un morceau écrit avec John Lennon, qui sera le premier single de Bowie à atteindre le sommet des ventes aux États-Unis).

Quand Bowie arrive en ville, Philly a déjà bien amorcé le grand plongeon de la désindustrialisation. Les usines de l'industrie textile ferment les unes après les autres. Dans cette cité ouvrière où les deux tiers de la population sont afro-américains, beaucoup de Noir·es se retrouvent au chômage. La classe moyenne qui s'était développée à l'époque de la Grande migration a été passée au laminoir.

De ce grand blues urbain, commun à toutes les grandes villes du Nord-Est et de la Rust Belt, Sylvester Stallone tirera la saga romantique et italo-américaine des Rocky. Elle a sa part de vérité par rapport à l'histoire locale: comme New York et Boston, Philadelphie a connu une très forte immigration italienne et irlandaise, dont témoignent aujourd'hui encore les nombreuses églises catholiques de South Philly ou de Fishtown.

Mais le film qui raconte le mieux cette chute, le plus beau portrait cinématographique de la ville, c'est le polar boiteux et moins connu qu'Elaine May sort en 1976, Mikey and Nicky: Cassavetes et Peter Falk, en gangsters minables, y livrent une performance d'anthologie, notamment dans la scène où ils atterrissent comme des extraterrestres dans un bar où ils sont les seuls Blancs.

L'atterrissage de Bowie à Philadelphie, s'il a lieu à un tout autre étage social, procède de la même logique. Pour les sessions de Young Americans, Bowie s'installe chez Sigma Sound, le studio où un groupe de producteurs, parmi lesquels Kenny Gamble, Leon Huff et Thom Bell, ont inventé à la fin des années 1960 le Philly sound: une forme de soul sous influence funk et caractérisée par la luxuriance des arrangements de cordes et de cuivres.

Les Sigma Sound studios de Philadelphie. | Julien Suaudeau

Dans la ribambelle de groupes, souvent mort-nés, qui ont fait les riches heures du 212 North 12th Street, j'avoue un faible pour les Delfonics, dont le «La-La (Means I Love You)» restera toujours pour moi le monologue intérieur de ma ville, et les O'Jays et leur «Love Train», dont le rythme a le pouvoir magique de faire fondre tous les chagrins.

Bowie, lui, n'a pas son pareil pour entendre les sons qui vont devenir les siens. Chez Sigma, Ziggy le starman se réinvente en soulman: il délaisse les guitares abrasives et les rythmiques binaires de son album précédent pour un tempo dansant et l'infernal saxophone qui deviendra la virgule musicale de tant de sitcoms des années 1980 et 1990. À la chanson d'ouverture, on a d'ailleurs le droit de préférer le plus énigmatique «Right», où se laissent deviner les cimes paranoïaques et le climat anxiogène du disque suivant, Station to Station, le chef-d'œuvre absolu.

Une identité bien à lui

Comme toujours chez Bowie, la mutation musicale s'accompagne d'une transformation physique, sur le plan de l'image. Exit Halloween Jack: le rouquin borgne de Diamond Dogs fait place à l'éphèbe blond et androgyne qui fume lascivement sur la pochette de Young Americans.

L'album rencontre un franc succès commercial en Europe comme aux États-Unis, mais la critique est assez partagée. Aujourd'hui, quand on se retourne sur l'œuvre monumentale de Bowie, Young Americans se range souvent dans la catégorie de ses albums «mineurs» –même si la publication d'enregistrements écartés dans le mix initial a conduit à réévaluer son importance dans la transition de l'artiste entre sa période glam et sa trilogie berlinoise.

Bowie lui-même a rapidement pris ses distances avec le disque, choisissant de ne pas faire de tournée pour en promouvoir les morceaux. C'est, selon lui, «le R&B le plus bidon jamais entendu».

Sur le plan de l'histoire musicale, la plastic soul inventée par Bowie dans les studios Sigma peut-elle être considérée comme un acte d'appropriation culturelle? En d'autres termes, l'artiste a-t-il renié son premier album américain non seulement parce qu'il était déçu par le résultat, mais peut-être aussi parce que son copié-collé d'une musique identifiée comme noire l'embarrassait?

Ce sentiment, que j'ai souvent entendu à Philadelphie, ne me paraît pas juste. Le génie de Bowie (il n'est pas le seul) a toujours consisté à absorber ce qu'il aimait musicalement et visuellement pour créer sa propre identité et son propre style –«standing on the shoulders of giants» (se tenir sur l'épaule des géants), comme disent les Américain·es.

Bowie ne copie pas; il vole une matière sonore, la recycle et en fait une autre matière qui n'a plus rien à voir avec l'originale, quand bien même la trace de celle-ci reste audible. «Golden Years», le titre le plus accessible de Station to Station, est l'aboutissement de ce processus de dérivation à partir du Philly Sound: si c'est de la soul, elle vient d'une autre planète.

Le problème, dans le cas de Bowie et de Philadelphie, n'est pas l'appropriation culturelle d'un genre ou d'une forme artistique; c'est l'invisibilisation de l'art afro-américain en général et de son héritage en particulier.

Invisibilisation de l'art afro-américain

Le passage de Bowie dans la ville est largement documenté et fait l'objet d'un culte dont les célébrations culminent chaque année pendant la semaine Philly Loves Bowie, organisée autour de la date anniversaire de sa mort. Je précise que j'ai un biais très favorable par rapport à cette manifestation: j'y participe chaque année et c'est un ami graphiste, Olivier Jourdanet, qui a remporté le concours d'illustration de son édition 2019.

En revanche, la mémoire du Philly Sound ne se manifeste nulle part. L'immeuble qui hébergeait les studios Sigma a changé maintes fois de propriétaires et se trouve aujourd'hui à l'abandon. Un permis de construire périmé sur la vitre du rez-de-chaussée lui donne l'aspect de n'importe quel bâtiment désaffecté.

Sur le trottoir d'en face, au coin de Spring et de la 12e rue, un pauvre panneau se dresse à la sortie d'un parking et signale l'importance historique des lieux. Les Américain·es ont un nom très ronflant pour ce genre de stèles: National Historic Landmark. Comme les plaques à l'entrée de nos immeubles, on passe devant sans les voir: elles commémorent beaucoup moins qu'elles ne mettent en lumière la couche d'oubli sous laquelle l'objet de la commémoration est enterré.

Sigma n'est pas la seule légende afro-américaine de Philadelphie à être tombée en désuétude. Un matin de décembre, je suis allé faire un tour à la John Coltrane House, 1511 North 33rd. Street. Coltrane y a vécu de 1952 à 1958, l'année où il a eu la révélation de ses fameuses sheets of sound.

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La John Coltrane House, 1511 North 33rd. Street, Philadelphie. | Julien Suaudeau

Le bâtiment est situé face à Fairmount Park, sur un pâté de maisons croulantes, en phase de pré-gentrification. Un des géants du jazz a habité là durant une des périodes les plus créatives de sa vie; le National Historic Landmark est tout ce qu'il reste de son passage.

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Le National Historic Landmark rend compte de l'existence passée de Coltrane dans cette maison. | Julien Suaudeau

Mais les ruines du génie ne sont pas perdues pour tout le monde. À cinq minutes de là, à Brewerytown, le nom que les promoteurs ont donné à la portion sud-ouest de North Philly, il y a déjà un Aldi et une salle de gym. Les chantiers commencent à fleurir. On démolit et on reconstruit à neuf. «John Coltrane was here», lira-t-on bientôt sur les t-shirts des hipsters.

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Le quartier est en pré-gentrification. | Julien Suaudeau

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On démolit et on refait à neuf. | Julien Suaudeau

L'histoire est la même pour Marian Anderson, McCoy Tyner, Philly Joe Jones: un centre de loisirs par-ci, un mural par-là, telle est la profondeur de la mémoire philadelphienne. Et que dire des Roots, purs produits de la scène locale, dont tout le monde pense qu'ils sont de New York depuis que Jimmy Fallon les a choisis pour être le groupe résident de son «Late Show»?

Renouveau de Philadelphie

Philadelphie, après trois décennies au creux de la vague, a rebondi. La crise des subprimes a ralenti cette renaissance sans lui porter de coup fatal. Les experts de l'immobilier considèrent aujourd'hui la ville comme un hot market –il s'en est fallu de peu pour qu'Amazon n'installe son second siège ici.

Depuis quelques années, le solde des départs et des arrivées est redevenu positif. Les restaurants ouvrent à la pelle. Certaines écoles publiques, grâce à l'augmentation des impôts locaux et l'élargissement de l'assiette fiscale, retrouvent un niveau qui leur permet d'attirer une population qui dix ans auparavant n'aurait pas envisagé de placer ses enfants en dehors du système privé.

Je me suis installé à Philadelphie en 2006 et j'ai été à la fois agent et témoin de cette «revitalisation» urbaine. Le carrefour où se trouve la maison que j'ai louée en arrivant, 22nd & Catharine Street, abritait à l'époque un marché de crack –c'était avant l'épidémie des opioïdes.

Aujourd'hui, il y a là un café à l'intérieur duquel fument les latte et brillent les coques des MacBook Pro. En face, sur la façade de la maison où les dealers stockaient leur marchandise, un mural à la gloire de Bernie Sanders était apparu pendant les primaires de 2016.

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Le mural à l'effigie de Bernie Sanders, candidat aux primaires démocrates. | Julien Suaudeau

Ironie du sort: ce monument hipster n'a pas résisté, lui non plus, à la fièvre immobilière. La société à qui appartient le bâtiment a décidé l'an dernier de le démolir pour édifier une nouvelle structure.

Effacement culturel

À Catharine Street, ma femme et moi avons été les premiers Blancs sur notre pâté de maison. Sans doute parce que nous n'étions pas américains, sûrement aussi à cause de la désespérante épaisseur de notre accent, nous sommes tout de suite devenus amis avec nos voisins: Lump, le boss du quartier; Monty, à qui il arrivait de prendre des vacances au pénitencier de State Road; Ski, son frère, qu'on avait surnommé ainsi pour ses grands pieds; Didj', qui vendait des ice pops faits maison en été.

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Mes voisins à Catharine Street, Philadelphie. | Julien Suaudeau

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Crédit photo: Anne Duchêne

Un après-midi d'août, sur le chemin de ma salle de boxe, je me suis arrêté à son stand pour boire une bouteille d'eau. Tout le monde était là, écrasé par la moiteur, à attendre que les ombres s'allongent sur le trottoir. Deux voitures de police banalisées ont surgi, bloquant la circulation. Des flics blancs sont descendus. Avant d'avoir compris ce qui se passait, nous étions alignés contre le mur, jambes et bras écartés, mûrs pour la fouille au corps.

«Tu l'as mis où?, m'a demandé un des flics.
– Quoi?
– Ce que tu viens d'acheter.
– La bouteille d'eau?
– Fais pas le malin! Tu sais très bien de quoi je parle.»

Pour la police de Philadelphie, il était impensable qu'un Blanc et des Noir·es ensemble dans la rue puissent parler d'autre chose que d'un deal.

Tout ça a été «nettoyé» en moins de cinq ans. Qu'est-ce qui a été perdu dans le processus? La diversité, bien sûr, mais pas seulement. Quelqu'un qui habitait encore dans le quartier il y a quelques années m'a raconté que les personnes nouvellement arrivées, en majorité blanches américaines, y avaient organisé une block party.

«Excellente idée», ai-je répondu: rien de mieux, en théorie, qu'une fête de voisinage pour réparer le tissu social abîmé par les ruptures démographiques. Mon interlocuteur m'a regardé avec un mélange de consternation et de colère –on avait soigneusement omis de glisser des cartons d'invitation dans la boîte aux lettres des rares familles noires qui habitaient encore la rue.

La gentrification, infiniment plus rapide aux États-Unis qu'en France, c'est à la fois le remplacement d'une population par une autre et un effacement culturel.

Il y a quelques mois, l'historien Nicolas Martin-Breteau a publié la première traduction française de The Philadelphia Negro (Les Noirs de Phildelphie), l'enquête fondatrice de Du Bois, grand ancien de la sociologie et précurseur de ces Black Studies qui font si peur en France.

Sur la carte qui figurait dans l'édition originale de 1899, Du Bois avait attribué un code-couleur aux quatre catégories de foyers noirs à la porte desquels il avait frappé dans le Seventh Ward: classe moyenne, classe ouvrière, pauvres, criminel·les. Ce qui frappe, au-delà de cette classification, c'est la densité de la population afro-américaine dans une zone qui, un siècle plus tard, est l'une des plus aisées et où il subsiste très peu de résident·es noir·es.

Dans la cour de l'école de mon fils, quand je le dépose ou viens le chercher, il m'arrive de regarder les autres parents et de me demander s'ils ont conscience de cette disparition collective. Il est pourtant difficile de ne pas la voir: si, dans les classes de niveau collège, une certaine diversité est encore perceptible, à l'entrée du primaire il n'y a plus que des enfants blancs ou issus de familles expatriées.

Au sein de notre petite communauté, on vote démocrate, on donne aux associations caritatives, on recycle, on méprise Trump et on adore Bowie. On est très fier, surtout, de faire partie des personnes qui ont refusé les sirènes de la vie en banlieue, où les écoles publiques sont bien meilleures, pour rester ou revenir en ville et contribuer à la résurrection de Philadelphie.

Une bande-son pour touristes

Cet héroïsme urbain est une variante de l'attitude progressiste que James Baldwin appelait «l'innocence»: prendre position, en général dans l'abstrait et une fois tous les quatre ans dans la réalité du bureau de vote, contre le racisme, les discriminations, les inégalités économiques, tout en prenant soin de fermer les yeux sur les manifestations locales de ces problèmes. NIMBY, «Not in my backyard», comme disait l'autre.

Si, aux États-Unis, beaucoup de spécialistes de l'économie urbaine estiment que la gentrification est irréversible une fois qu'elle est amorcée, qu'elle est une loi de la gravité du marché immobilier, faut-il pour autant considérer l'aveuglement volontaire qui l'accompagne comme une fatalité?

Ce reniement de soi à l'échelle d'une ville ne semble pas déranger grand-monde à Philadelphie, exception faite de quelques voix dissidentes, parmi lesquelles se trouve un ancien des studios Sigma, Kenny Gamble, reconverti en urbaniste, dont l'activisme est loin de faire l'unanimité.

Comment s'expliquer, sinon, que la mairie ait pu imaginer l'été dernier que la meilleure manière de lutter contre les actes de vandalisme était de diffuser un son haute fréquence, audible des seul·es adolescent·es et jeunes adultes, dans les parcs et sur les terrains de jeux à la nuit tombée?

Comment accepter qu'il ne reste du Philly Sound qu'une bande-son pour touristes et amateurs de NBA, attendue par les spectateurs comme un sucre pavlovien les soirs où les Sixers jouent à domicile?

Comment se faire à l'idée que la Mummers Parade, carnaval qui se tient sur Broad Street le jour de l'An, soit infestée, année après année, par le racisme ordinaire du blackface?

«“Je parle aux Noir·es”: le mime blackface se défend après que le maire Kenney a lancé la brigade du défilé du Nouvel An.»

Philadelphie, c'est vrai, s'est payé un beau lifting depuis le passage de David Bowie. Mais, sous le vernis des apparences, les frontières raciales que la musique avait permis à celui-ci de traverser sur le plan symbolique sont encore en place. «The more things change, the more they stay the same» (plus les choses changent, plus elles restent les mêmes): tout se passe comme si Trading Places, la comédie de 1983 qui brosse un portrait dickensien de la ville, était encore d'actualité.

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