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L'Europe pourrait connaître des incendies similaires à ceux qui consument l'Australie

Temps de lecture : 4 min

Décryptage des méga-incendies qui ravagent l'île-continent depuis des mois.

Lac Jindabyne, en Nouvelles-Galles du Sud, le 4 janvier 2020. | Saeed Khan / AFP
Lac Jindabyne, en Nouvelles-Galles du Sud, le 4 janvier 2020. | Saeed Khan / AFP

Pour la première fois, nous voyons partir en fumée pendant des mois la même région du globe. Les flammes consument le sud-est australien depuis octobre 2019, une catastrophe sans précédent qui pourrait bien frapper d'autres parties du monde.

Les forêts brûlent, il s'agit là d'un phénomène naturel et généralement positif. Les incendies existent depuis 400 millions d'années, tout comme les plantes, et le cycle vital de nombreux végétaux et animaux dépend de ces feux. Ils deviennent toutefois problématiques lorsqu'ils surviennent en dehors du régime historique auquel les forêts se sont accoutumées.

En théorie, ce régime implique que, chaque année, 1% (au maximum) de la superficie d'une forêt puisse brûler. Mais dans l'État australien de Nouvelles-Galles du Sud, cette seule saison d'incendies a vu s'enflammer un portion bien supérieure: 4 millions d'hectares, soit l'équivalent de la taille de l'Aquitaine.

Les incendies de forêts d'eucalyptus, essence prédominante en Nouvelles-Galles du Sud, se propageaient historiquement à la surface des bois –qui correspond au feuillage et à la strate arbustive– tandis que le sommet des arbres brûlait postérieurement. Il est ainsi inhabituel que les cimes des arbres s'embrasent lors d'incendies de haute intensité et sur des zones aussi étendues, comme c'est actuellement le cas cette année sur l'île-continent.

Le changement climatique en cause

Pourquoi ces incendies hors norme surviennent-ils aujourd'hui? En Nouvelle-Galles du Sud, les forêts fournissent une biomasse combustible suffisante pour créer des feux de grande envergure. Ceux-ci sont néanmoins rares car la végétation n'est généralement pas assez sèche pour produire ces méga-incendies.

À mesure que s'intensifie le changement climatique, l'atmosphère devient par ailleurs de plus en plus instable. Cela favorise la création de pyrocumulonimbus, ces nuages de fumée qui peuvent donner lieu à de véritables tempêtes de feu, comme c'est le cas en ce moment en Australie.

Incendies et mauvaise planification urbaine

Ces incendies ont des conséquences sociales d'autant plus graves que le modèle urbain australien suit un plan horizontal (avec des maisons) et non vertical (avec des immeubles). À Sidney, 5 millions de personnes vivent sur 12 millions de kilomètres carrés, tandis qu'à Paris, 2,1 millions de personnes sont confinées sur 105,4 kilomètres carrés.

Cet étalement implique une urbanisation côtoyant bien souvent la forêt. Or ces interfaces urbano-forestières sont particulièrement vulnérables aux feux, constituant un risque considérable pour la population.

Vivre dans ces zones n'est pas dangereux en soi, à condition de prendre des mesures pour diminuer le risque incendie. Si ces mesures préventives peuvent différer la menace, elles ne l'élimineront jamais complètement.

Une catastrophe globale

Les feux de forêt affectent aussi sérieusement la santé, provoquant des morts néonatales et des problèmes cardio-respiratoires chez les adultes. Chaque année, 339.000 personnes décèdent en inhalant des fumées dérivées des incendies sur toute la planète. Il faut s'attendre à ce que les hospitalisations connaissent une forte progression dans des villes comme Canberra, la capitale australienne, en tête des classements des métropoles les plus polluées au monde.

Les effets des incendies sur l'économie sont tout aussi nocifs et se répercuteront sur la quasi-totalité des secteurs de production. Pendant les feux, le transport est interrompu, la consommation décroît, affectant de nombreux domaines. Avec les incendies en cours, on s'attend à ce que Sidney perde jusqu'à 50 millions de dollars australiens par jour –soit 4% du PIB de la ville.

Les feux se concentrant sur la période estivale, ils affectent particulièrement le secteur touristique. L'aviation elle-même devra s'adapter au contexte, puisque les radars chargés d'alerter des tempêtes sont incapables de capter les nuages de fumée (pyrocumulonimbus) provoqués par ces méga-incendies.

Sur le plan écologique, les marsupiaux arboricoles sont les animaux les plus touchés. Des espèces emblématiques, comme les koalas ou les petaurus, ne peuvent en effet fuir les flammes. Nous ignorons aujourd'hui dans quelle mesure la végétation pourra récupérer une fois les incendies passés. En théorie, elle peut y parvenir rapidement, les plantes australiennes étant capables de repousser ou de se régénérer après le feu.

Mais la longue sécheresse qui a précédé les incendies pourrait avoir épuisé les réserves nécessaires à cette repousse. De la même manière, la régénération par semence pourrait se voir affectée, l'intensité des méga-incendies ayant éliminé les arbres-mères –c'est-à-dire ceux qui survivent aux feux et fournissent des semences après le passage des flammes.

L'Europe pourrait connaître des scénarios semblables

Les paysages australiens et européens présentent indubitablement d'importantes différences, il est donc peu vraisemblable que nous expérimentions des incendies de cette ampleur et de cette durée dans un avenir proche. À mesure que la végétation s'assèche, toutefois, la probabilité de telles catastrophes dans des zones aujourd'hui préservées du feu augmentera. Des régions comme les Pyrénées ou le centre de l'Europe pourraient ainsi connaître de tels phénomènes dans quelques années ou décennies.

Les premiers méga-incendies accompagnés de pyrocumulus et de grandes tempêtes de feu sont arrivés en Europe en 2017, où des feux inhabituels ont dévoré les forêts portugaises. Si nous ne combattons pas le changement climatique dès maintenant à l'aide de mesures drastiques, nous devons nous attendre à vivre dans un futur proche des situations semblables à celles que vit l'Australie. Ne jouons donc pas avec le feu...

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

The Conversation

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