Sciences

Si vous avez une ascendance européenne, vous descendez de Charlemagne

Temps de lecture : 3 min

En remontant assez loin en arrière, tous les individus originaires d'Europe partagent un ancêtre commun qui a vécu il y a environ 600 ans.

Charlemagne recevant Alcuin qui lui présente les manuscrits écrits par ses moines. | Tangopaso via Wikimedia Commons
Charlemagne recevant Alcuin qui lui présente les manuscrits écrits par ses moines. | Tangopaso via Wikimedia Commons

Nous avons tous et toutes une mère et un père biologiques. Eux, à leur tour, ont eu les leurs, de sorte que nous avons deux grands-pères et deux grands-mères. Si l'on revient en arrière: huit arrière-grands-parents, seize arrière-arrière-grands-parents, etc. Si trente ans séparent chaque génération de la précédente, nous aurions pu arriver à avoir environ 16.000 ascendant·es au début du XVIIe siècle, environ 16 millions au début du XIVe siècle et environ 16 milliards à l'aube du XIe siècle, il y a environ 1.000 ans.

Vous aurez compris qu'à ce stade, c'est tout simplement impossible: il n'y a jamais eu autant d'êtres humains vivant au même moment.

Sans revenir trop en arrière, le nombre réel de nos ascendant·es est très inférieur à celui qui est calculé à travers ces opérations. La raison est simple: beaucoup de nos ancêtres appartiennent à plusieurs lignées généalogiques. Plus les ascendant·es se rapprochent dans le temps, plus cela devient improbable, mais plus nous reculons, plus la probabilité augmente.

Au début du XIVe siècle, on comptait 450 millions de personnes dans le monde (environ 70 millions en Europe). Il est donc possible de retomber sur les chiffres théoriques calculés au début de l'article: nos 16 millions d'ancêtres auraient pu vivre à cette époque en même temps.

Mais si l'on retourne au XIe siècle, on estime que seulement 400 millions vivaient sur Terre, environ 50 millions en Europe. Le calcul théorique des 16 milliards d'ancêtres devient donc faux.

Doit-on vraiment utiliser l'image d'un «arbre» généalogique?

Nous parlons, en général, d'arbre généalogique, car nous visualisons notre lignée comme un arbre qui se ramifie progressivement vers l'arrière. Mais la réalité est très différente. Quelques branches se rejoignent à partir de générations peu lointaines, et si nous remontons à une époque plus éloignée, il est inutile de parler de branches. Les lignées généalogiques structurent une espèce d'enchevêtrement ou, si vous préférez, un filet aux multiples nœuds.

D'autre part, de nombreuses lignées ne laissent aucune descendance. Au fur et à mesure que nous remontons dans le temps, le filet devient de plus en plus étroit: on calcule qu'à l'aube du Néolithique, il y a environ 12.000 ans, moins de 4 millions de personnes vivaient dans le monde, environ 60 millions à l'époque homérique, et un milliard au début du XIXe siècle.

Adam Rutherford affirme, dans son livre ADN: quand les gènes racontent l'histoire de notre espèce, que tous les individus qui ont une ascendance européenne viennent, d'une manière ou d'une autre, de Charlemagne. Par conséquent, nous appartenons tous à une lignée royale! Ce n'est pas une blague, même si cela est complètement hors-sujet. Les personnes ayant un·e ancêtre européen·ne descendent non seulement de Charlemagne, mais proviennent également de tou·tes les Européen·nes de son époque –autour de l'an 800– qui ont laissé une descendance et sont arrivé·es jusqu'au XXIe siècle.

Il est inutile de remonter si loin pour déterminer le moment où se rejoignent nos descendances généalogiques. Les Européen·nes partagent un ou une ancêtre commun·e qui aurait vécu il y a environ 600 ans. Et si les mêmes calculs qui ont permis d'obtenir ces chiffres se font pour toute l'humanité, on estime que tous les êtres humains partagent un ou une ancêtre commun·e qui a vécu il y a 3.400 ans. Car, même si c'est difficile à croire, on ne connaît aucune population qui serait restée entièrement isolée pendant ces derniers siècles.

Ce genre de choses est assez déconcertant. Pensez-y, si vous avez déposé un échantillon de salive dans un tube pour le faire analyser par une entreprise de généalogie génétique et que l'on vous a annoncé que votre lignée rejoignait des ascendant·es de tribus guerrières de steppes russes, de braves Vikings qui semèrent le chaos et la destruction en Europe, et d'Égyptiens qui construisirent les pyramides. Il est très probable que vous ayez cette ascendance.

Comme moi.

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l'article original.

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