Santé

«Je ressens ce besoin de plaire et de séduire d'autres garçons»

Temps de lecture : 3 min

[C'est compliqué] Cette semaine, Lucile conseille Amélie, en couple avec son premier petit ami, qui aimerait fréquenter d'autres hommes mais se heurte au ressenti de celui qu'elle aime.

«Je me sens frustrée à l'idée que ça sera sûrement l'unique personne que je connaîtrai dans ma vie.» | Hernán Piñera via Flickr
«Je me sens frustrée à l'idée que ça sera sûrement l'unique personne que je connaîtrai dans ma vie.» | Hernán Piñera via Flickr

«C'est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c'est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes. Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]e.fr.

Vous pouvez aussi laisser votre message sur notre boîte vocale en appelant au 07 61 76 74 01 ou par Whatsapp au même numéro. Lucile vous répondra prochainement dans «C'est compliqué, le podcast», dont vous pouvez retrouver les épisodes ici.

Et pour retrouver les chroniques précédentes, c'est par là.

Chère Lucile,

J'ai 24 ans, mon copain en a 31, nous sommes en couple depuis plus de six ans. Je suis très épanouie avec lui et je ne veux pas le perdre.

En septembre, je lui ai proposé le couple libre, car je ressens ce besoin de plaire et de séduire d'autres garçons. Il a accepté par amour mais lui n'était pas prêt à voir d'autres filles, donc ça ne marchait que dans un sens. Pourtant, j'aurais été contente que lui aussi rencontre d'autres filles, ça peut ramener de l'expérience dans notre couple.

J'ai rencontré un garçon que j'ai vu plusieurs fois, sauf que mon copain l'a très mal vécu. Il n'avait plus d'appétit et un jour, il a fait une crise d'angoisse. J'ai dû appeler le SAMU, ça a été la peur de ma vie. Quand mes parents et les siens ont appris cela, ils m'ont fait comprendre que ce que j'avais fais était inacceptable et je me suis sentie obligée d'arrêter; la situation était trop complexe.

Depuis, nous sommes en relation exclusive mais j'ai toujours envie de connaître d'autres garçons. C'est mon véritable premier amour et je me sens frustrée à l'idée que ça sera sûrement l'unique personne que je connaîtrai dans ma vie. Il m'a proposé de fréquenter des clubs libertins ensemble, mais savoir que je verrai plein de personnes faire l'amour autour de moi me gêne un peu.

J'espère que mon histoire est claire et que vous allez pouvoir nous guider un peu.

Amélie.

Chère Amélie,

Il me semble avant tout qu'il y a un problème de communication dans votre couple, et qu'il est partagé. Décider de passer de l'exclusivité à la liberté sexuelle dans le couple, c'est un chemin qui prend du temps, du dialogue, des étapes. Vous avez identifié vos désirs et même si vous avez laissé l'opportunité à votre conjoint de profiter des mêmes avantages que vous, vous les avez imposés. De son côté, celui-ci a laissé son malaise devenir un poids physique impossible à porter et plutôt que de passer par les mots, il a préféré souffrir en silence.

Je ne remettrai pas en question le couple libre. Je pense que c'est un arrangement qui satisfait de nombreux couples, à différentes étapes de leurs vies. Je pense aussi que remettre en cause le modèle dominant –et imposant– du couple hétérosexuel monogame est toujours une bonne chose. Par contre, il est important que quelle que soit la formule choisie, elle soit validée par les participant·es avec un consentement franc et enthousiaste.

Vous avez le droit de souhaiter avoir d'autres partenaires dans votre vie et de faire la différence entre votre désir et l'amour que vous portez à votre compagnon. En ce qui le concerne, il a le droit de ne pas partager ce point de vue.

Comment s'en sortir alors? Dans certains couples, cela marque un désaccord qui ne trouve son issue que dans la rupture. Chez d'autres, un temps est nécessaire pour accepter que l'autre est une personne différente, unique, avec des besoins différents, et que la confiance et le respect est toujours possible malgré la liberté sexuelle (heureusement, même).

Ce que je voudrais que vous compreniez, c'est que je ne réfute pas vos besoins et vos désirs, ni ceux de votre compagnon. Là où je pense que le bât blesse, c'est dans la méthode. Vous avez besoin de mettre des mots, très simplement, sur ce qui vous manque, tout en pointant également ce que vous avez déjà ensemble et qui vous épanouit. De son côté, votre compagnon doit établir ses limites strictes et s'adonner au même exercice que vous.

Ensemble, définissez ce qui vous reste de liberté. Vous n'aurez probablement pas les mêmes besoins ni les mêmes envies, c'est très rarement le cas. Il faut dessiner ces contours et, à travers eux, la forme que vous voulez donner à votre couple à l'avenir.

On fait trop croire aux gens qu'il n'existe qu'un modèle et qu'en dévier, même un tout petit peu, serait déjà étrange voire excentrique. En réalité, chaque couple devrait se construire de zéro. Ce sont trois identités uniques qui se confrontent et se confondent: celles des deux partenaires et celle de leur couple.

À mon sens, avec ces éléments, tout ou presque est possible. Il suffit de prendre le temps, d'avoir le courage de dire les choses, la patience d'écouter et de s'exprimer autant que nécessaire; il faut du respect et le respect du consentement. Ce sont juste les bases d'un amour équilibré. Dans ce type d'amour-là, on ne se perd pas: on construit de l'unique ensemble.

«C'est compliqué», c'est aussi un podcast. Retrouvez tous les épisodes:

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