L'Allemagne ne peut ignorer le reste de l'Europe
Pourquoi Christine Lagarde a raison et tort de critiquer la politique économique d'outre-Rhin.
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Dans une interview fracassante donnée au Financial Times, Christine Lagarde attaque directement l'Allemagne et sa politique macro-économique qui «n'est pas un modèle durable pour le long terme». La ministre française de l'Economie a raison. Elle a raison de porter le débat de la politique allemande sur la place publique européenne, la crise grecque souligne l'urgence d'une réflexion globale à l'échelle de l'Union sur la question économique. Elle a raison et tort sur le fond, sur le déséquilibre que crée l'Allemagne. Expliquons-nous.
L'Allemagne a payé cher sa réunification. Par une perte de compétitivité due à une dérive de ses coûts. Par une dégradation de ses comptes publics qui, dix ans plus tard, a forcé le gouvernement Schröder à engager un serrage de ceinture sans précédent. Et elle a payé en acceptant d'abandonner son mark pour l'euro. C'est du moins le «deal» présenté à l'opinion publique: l'Allemagne donne sa monnaie forte à ses partenaires et eux, en échange, acceptent d'en finir avec les conséquences de la guerre.
L'Allemagne ne veut plus payer pour le retraité grec
Les 80 millions d'Allemands, qui ont vu leur pouvoir d'achat diminué et leur protection sociale très fortement réduite (le départ en retraite est à 67 ans), ont douloureusement conscience des sacrifices qu'ils ont faits. Et ils ont observé avec tracas, puis désolation, puis rage, les autres pays continuer à vivre «des avantages du mark», au-dessus de leurs moyens, avec des déficits, sans efforts de remise en cause. Les amis français sont, bien entendu, l'objet de vives reproches qui sont restés feutrés –les Allemands n'osant pas encore nous tancer– mais qui n'en sont pas moins aigres.
La crise grecque, vue d'outre-Rhin, est l'occasion de dire «on avait prévenu que les pays du club Med allaient tricher. Qu'ils se serrent la ceinture à leur tour. Pas question de les aider». Et pour bien souligner que l'Allemand qui part en retraite à 67 ans ne veut plus payer pour le retraité grec qui part à 55 ans, Berlin n'accepte de dire que «la Grèce ne fera pas faillite» que du bout des lèvres et non sans obtenir des autres pays des engagements, cette fois fermes, de discipline budgétaire. Le Fonds monétaire européen, idée avancée par Wolfgang Schaüble, l'un des derniers «Européens» de la classe politique germanique, est d'abord une façon de faire appliquer cette discipline avant d'être un outil de sauvetage des pays en crise.
Interdire les dérives, forcer à l'austérité, la politique économique est en Allemagne d'abord budgétaire. Elle est aussi monétaire, afin de ne jamais autoriser la moindre inflation, de trop triste mémoire puisqu'elle a conduit à la prise du pouvoir par Hitler. Au total, ce premier volet qui concerne le gouvernement et la banque centrale a pour obligation de défendre la monnaie. Il s'accompagne d'un second: la politique d'entente avec les syndicats afin de trouver des compromis pour maintenir la compétitivité du pays. Cette entente capital/travail fonctionne encore de nos jours comme l'a démontré la récente décision d'IGMetal de ne pas demander de hausse des salaires pour maintenir les emplois.
L'Allemagne est viscéralement attachée à ce «modèle», il ne saurait être question de lui demander de l'abandonner. Si Madame Lagarde voulait l'attaquer de cette façon, elle aurait tort. Au contraire, les autres pays devraient l'imiter. La ministre française devrait obtenir de Nicolas Sarkozy de s'engager de manière plus crédible sur le retour de la France à l'équilibre des comptes publics.
Soit la mobilité, soit la fiscalité
Mais là où la critique de la ministre porte, c'est sur l'équilibre d'ensemble de la zone euro. Une monnaie unique interdit les dévaluations. S'il y a trop de déséquilibres économiques entre les pays, il faut soit que les hommes se déplacent là où il y a du travail, soit qu'on transfère des fonds pour aider les pays en retard. Soit la mobilité, soit la fiscalité. Hélas l'Europe n'a rien de tout cela: les déséquilibres ne sont donc pas compensés. En matière de compétitivité salariale, les écarts sont devenus «impressionnants» selon Laurence Boone de Barclays Capital: avec un recul de 7% pour la Grèce par rapport à l'Allemagne et de 20% pour l'Irlande. Ces déséquilibres ne sont «pas durables» comme dit Christine Lagarde.
L'Allemagne aurait une bonne politique si elle était seule. Mais elle fait partie de l'Union. Elle ne peut être «la Chine de l'Europe» rétablissant sa compétitivité aux dépens des autres, reprenant à la France ou à l'Italie une partie des parts de marché qu'elle perd face à la Chine. L'Europe est un continent trop lourd pour n'être qu'une grosse Allemagne exportatrice, il lui faut une autonomie c'est-à-dire un équilibre global offre/demande, seule manière d'éviter les tiraillements internes et d'atteindre un optimum de croissance.
Le nouveau «deal» avec le partenaire allemand devrait dès lors être double: discipline monétaire et budgétaire confirmée et, en échange, hausse de la demande interne allemande. Comment? C'est aux Allemands de décider mais, par exemple, par des transferts sociaux supplémentaires ou par de meilleurs salaires dans les secteurs protégés.
Si Madame Lagarde a raison, elle laisse de côté sa part du travail: convaincre l'opinion allemande que la France accepte d'en finir avec ses dérives budgétaires depuis 35 ans. Son «avertissement» à Berlin, comme le titre le Financial Times, devrait s'accompagner d'un «engagement français». Paris ne peut demander une solidarité dans un seul sens. Le slogan «L'Allemagne paiera» ne marche plus. Les désillusions des opinions publiques, en Allemagne et ailleurs, sont si profondes qu'il est temps de parler clair aux Allemands, mais aussi de se comporter de façon à les convaincre.
Eric Le Boucher
À LIRE ÉGALEMENT SUR LA FRANCE ET L'ALLEMAGNE: Les leçons du modèle allemand en matière d'emploi, La crise grecque a donné le pouvoir à l'Allemagne et L'Allemagne et la France sur des trajectoires divergentes.
Photo: REUTERS
Mis à jour le 16/03/2010 à 11h03










































L'Europe serait donc une machine à tirer vers le bas en ne laissant pas les meilleurs travailler ? Il y a bien en France une région Ile de France avec un PIB/habitant/an de 47000 € et une région comme Languedoc avec 23000 €. Les 2 régions ont la même monnaie et il y a des transferts publics qui sont loin de compenser les écarts. La monnaie, c'est aussi le reflet de cette situation. Et puis M. Le Boucher fait l'impasse sur l'offre des entreprises. Voudrait-il que nous achetions des machines outil Portugaises en lieu et place des Allemandes et que les Allemands cessent d'en fabriquer ? L'Europe devrait encourager les Allemands à fabriquer des produits dont personne ne veut ? L'Europe a tout intérêt à disposer de leaders, où qu'ils soient. L'argumentaire de Mme Lagarde est stupide, c'est donner une prime aux bonnets d'âne. Mme Lagarde ferait mieux de s'attaquer aux problèmes de la France, avec en premier lieu l'efficacité de l'état, que de donner des leçons à des gens à qui n'en ont pas besoin.
Si Madame Lagarde a raison, elle laisse de côté sa part du travail: convaincre l'opinion allemande que la France accepte d'en finir avec ses dérives budgétaires depuis 35 ans. .....et surtout convaincre que le président français montre l'exemple dans ses comptes personnels ceux de l'Élysée, et en général le train de vie de l'état (hauts fonctionnaires)
Lorsque l'Allemagne a donné sa monnaie forte à ses partenaires pour créer l'euro, celui-ci se changeait à moins d'un dollar. Aujourd'hui il est à 1,37 dollar et sans la Grèce on serait sans doute pas très loin des 1,50.
Au moment où les chinois et les américains se battent comme des chiffonniers autour de ce que devrait être la valeur réelle de leur monnaie, pourquoi est-ce que l'Europe se bat pour avoir la seule monnaie surévaluée du marché ?
Je me doute bien que des déficits abyssaux ne sont pas tenables dans le temps, mais dans le contexte mondial actuel, les pays du club med n'apportent ils pas une bouffée de croissance à l'Europe, y compris et surtout aux exportateurs allemands ?
Le vrai problème n'est-il pas un problème de politique intérieur à l'Allemagne. C'est une coalition qui a imposé un "effort" énorme aux allemands. Et aujourd'hui si l'Allemagne se porte bien, les allemands eux souffrent. Qui aura le courage politique de dire que cette politique a été trop violente et de proposer de revenir au moins en partie en arrière ?
Oui, lorsqu'on hérite de cette richesse. Pour tous les autres, la richesse n'est possible que par l'effort et le sacrifice.
La France est-elle un pays riche? Qu'est-ce que la richesse pour un pays?
Oui la France est un pays riche : Nous bénéficions d'infrastructures de qualité, de très couteux services sociaux, de santé, de retraite.
Nous, Français, sommes nous collectivement des héritiers ou des besogneux?
Je pense que la réponse est dans l'excellent article de M. Leboucher.
Certes le contexte économique actuel est exceptionnel et justifie des mesures exceptionnelles.... depuis 2 ans. Mais si on regarde sur 10, 20 ou 30 ans, l'impression est que nous dilapidons notre héritage et accumulant toujours plus d’emprunts, gagés sur le patrimoine créé pas nos aïeux.
Connaissons-nous beaucoup d'héritiers prodigues qui maintiennent leur richesse? Pouvons-nous imaginer un pays conserver ses avantages sociaux sans effort? Les crises servent à redistribuer les cartes (les richesses) entre les biens nés et les sans rien. Le monde subit une crise et nous faisons partie des biens nés.
Enfin, si je comprends bien votre dernier commentaire, les Allemands soufrent plus que les Français. Etes-vous certain que la France se porte bien ?
C'est une question digne du bac philo.
Constatons simplement que l'économie est rarement morale. Les rentes de situation, qui ne dépendent pas exclusivement de l'héritage, sont toujours plus importantes que l'effort dans l'accumulation des richesses au niveau individuel. Les bonus des traders récompensent-ils des efforts particulièrement extraordinaires en comparaison de ceux fournis par les travailleurs du bâtiment, les travailleurs précaires ( http://www.lesinrocks.com/actualite/actu-article/article/entretien-avec-florence-aubenas-une-saison-en-precaire/ ) ou les chiffonniers des bidons villes de Calcutta ?
Cette notion même d'effort qui viendrait récompenser la richesse est-elle autre-chose, le plus souvent, qu'une justification idéologique d'une politique qui va accentuer les inégalités sociales?
Mais pour revenir au cas de l'Allemagne, ces efforts consentis par les classes moyennes et les plus pauvres ont profité au commerce extérieur et aux entreprises allemandes, mais pas à leurs salariés. La plupart des allemands se sont appauvris.
http://allemagne-et-plus.a18t.net/?p=602
http://andreyandreas.blog.fr/2009/11/07/pauvrete-en-allemagne-hartz-iv-les-entraides-locales-die-tafel-la-table-7324415/
http://www.lemonde.fr/europe/article/2010/02/10/l-allemagne-va-devoir-reviser-son-dispositif-d-aides-aux-plus-demunis_1303731_3214.html
Je ne sais pas si les allemands souffrent plus ou moins que les français. Et je suis convaincu que la France ne se porte pas bien. Mais il ne suffit pas d'appauvrir le plus grand nombre au nom des "efforts" soi-disant nécessaires, pour que la richesse soit au rendez-vous. C'est même le plus souvent, lorsque ce discours s'inscrit dans l'idéologie libérale, l'effet inverse qui est au rendez-vous. Dans combien de pays du tiers monde, les exigences du FMI, au nom des efforts nécessaires, ont achevé des économies et des sociétés chancelantes?
Il serait intéressant de savoir ce que l"Europe a déjà coûté aux Allemands depuis plus de 50 ans. Ce sont les Allemands qui ont financé toute l'agriculture en France depuis 30 ans ! Parler d'égoïsme est vraiment déplacé.
Votre commentaire me semble trop lapidaire: Dire que l'Allemagne a financé l'agriculture en France durant 30 ans me semble excessif, elle y a largement contribué certes mais elle ne fut jamais la seule. De plus, ce qui a couté très cher à l'Allemagne et bien plus cher que la PAC, c'est la réunification; En effet, le transfert de capitaux pour remettre à flots une économie sinistrée a été et demeure considérable. De plus, on se doit de remarquer que l'ex-RDA a été un état rajouté à l'UE sans concertation et que, dans ce cas, on n'a pas cherché à respecter les règles des traités en vigueur pour l'adhésion. Je reconnais que les Allemands ont eu moralement raison, il n'empêche que l'UE participe collectivement à la réunification et qu'une large partie des déficits allemands sont liés à l'intégration de sa partie orientale.
Le budget de l'UE ne finance quasiment que des dépenses agricoles et l'Allemagne depuis le début verse 30% de ce budget dont elle ne touche quasiment rien. La France par contre est le premier bénéficiaire des aides agricoles.. je suis peut-être lapidaire mais je dois pas être bien loin de la vérité...
La France est contributrice nette dans le budget européen depuis longtemps. Donc personne ne finance l'agriculture française hormis les français. Rassurez vous grâce aux ouvriers d'Europe centrale la France est en train de perdre son leadership agricole au profit de l'Allemagne. Vous pourrez vous réjouir d'acheter allemand.
Cela faisait longtemps que notre brillante ministre n'avait pas livré une de ses lapidaires théories.
Elle est en train ,cette fais d'essayer de nous faire croire par la bande, que si L'économie française est en crise, c'est la faute de l'Allemagne ?
Les mauvais de la classe qui accusent les "bosseurs" de ne pas jouer le jeu de la médiocrité, c'est classique, mais assez minable, surtout de la part d'un(e) ministre!
Les Allemands ont payé depuis 30 ans les errements de la Grèce et la PAC presqu'excusivement française, et on les traite d'égoïstes! Je rêve!
Madame Lagarde a la mémoire courte et cette attitude inqualifiable fera sans doute beaucoup pour notre image de pays arrogant, donneur de leçons, et, somme toute, gouverné par des politiciens médiocres!
Il ne s'agit pas, o.y.e.z, de demander aux Allemands de devenir médiocres, mais d'acheter les produits des autres pays européens. La pression sur les salaires en Allemagne y a rendu la demande atone, et cela pèse sur les possibilités pour leurs partenaires européens de vendre des produits à l'Allemagne, indépendamment de la qualité et de la compétitivité de ces produits. Cela explique, pour autant que je sache, une part notable des problèmes de balance commerciale français. Réciproquement, les déficits publics que la France entretient (et que je ne soutiens certainement pas) favorisent les exportations allemandes et leur permettent d'avoir l'air "moins médiocres". C'est de cela qu'il faut discuter sérieusement, du fait que les excédents des uns sont nécessairement les déficits des autres, car tant que la Terre ne commerce pas avec les Martiens, le solde entre excédents et déficits est nécessairement nul, et que vouloir maintenir absolument des excédents massifs permanents est aussi fautif pour l'équilibre de l'économie mondiale que de ne pas chercher à remédier à des déficits commerciaux.
Pourquoi les entreprises françaises ont-elles du mal à exporter en Allemagne?
elles ont moins une culture de l'export et de l'internationalisation (pour les PME)
elles ont été plombées par les 35h et on s'en remet doucement!
elles ont toujours le boulet d'une fonction publique pléthorique ( l'Allemagne en a moins pour un tiers de population en plus), de collectivités locales et territoriales gaspilleuses, de régimes spéciaux de retraite aberrants, de syndicats "toujours plus" mais qui ne représentent qu'eux-mêmes...!
les produits allemands traînent une image (et le plus souvent une réalité) de qualité et de fiabilité bien supérieure, à des prix supérieurs que le consommateur accepte -lisez les revues de consommateurs françaises, anglaises ou allemandes, en biens d'équipement domestique , électroménager, téléphonie fixe, chaudières domestiques.. les meilleurs produits sont allemands et ils se vendent sans problèmes à 20 ou 30% plus chers-
en automobile haut de gamme, les Allemands surclassent les Français avec des produits à forte marge!
en Allemagne, les entreprises industrielles sont souvent dirigées par des ingénieurs , pas par des polytechniciens ou, pire, des énarques!
En matière d'innovation, guère mieux pour la France, même si en classement mondial pour l'innovation, les deux pays se classent à la 19ème et 20ème places: en parc photovoltaïque, le parc français représente 5% du parc allemand, et les installateurs français achètent des cellules allemandes!
Tout cela me laisse croire qu'une revalorisation des salaires allemands qui donnerait subitement un bol d'oxygène à notre industrie est un peu illusoire, et le mal français est plus profond.
Dans les grandes lignes (et même sur beaucoup de détails), je suis d'accord avec les éléments que vous avancez, Oyez. Il y a bien un ou deux points que je discuterais (le coût des 35 h principalement), mais ce n'est pas le sujet ici. Il n'en reste pas moins qu'à ma connaissance l'excédent commercial allemand a fortement crû depuis précisément la dernière salve des lois Harz. Que parallèlement le déficit français s'est creusé. Je ne crois pas que la qualité actuelle des produits allemands soit nettement meilleure qu'il y a 10 ans. Ni que la qualité des produits français se soit dégradée sur cette période (encore que les faibles dépenses chroniques en innovation des entreprises françaises finiront par y conduire). Donc à moins qu'on ne me prouve de telles évolutions, il me semble plus crédible d'incriminer un effet "dumping social". Par ailleurs la presse économique française fait depuis longtemps état de la faiblesse de la demande allemande, en raison de la pression sur les salaires et prestations sociales : je n'ai pas vérifié les chiffres, et fais confiance aux journalistes sur ce point. L'Allemagne étant notre premier partenaire économique, je ne vois pas comment il pourrait ne pas y avoir de conséquences lourdes sur nos exportations.
Ah, un dernier point : les polytechniciens sont des ingénieurs ;-)
Selon Gilles Bridier (article dans Slate "La France a perdu ses ambitions industrielles" - rassurez-vous, moi aussi je reprends parfois les données des journalistes!), le coût moyen mensuel de la main d'oeuvre en 2008 était de 3883 euros en France et 3892 euros en Allemagne (source Eurostat) avec une meilleure productivité en France, mais 11 points de moins à la France pour l'emploi des seniors et un secteur manufacturier à 16% de la V.A. contre 30% en Allemagne!
Vous avez tout à fait raison pour les polytechniciens , ils sont bien ingénieurs, mais j'en connais peu qui ont eu un cursus classique d'ingénieur, toutefois je peux me tromper!.
cordialement,
Disons que le différentiel était plus grand par le passé, et ce alors même que la politique salariale des entreprises françaises n'a pas été franchement exubérante depuis 20 ans (mais il est vrai qu'une protection sociale pas formidablement gérée n'aide pas nos coûts salariaux...). Et que du reste, puisque les produits allemands sont meilleurs, on s'attendrait à ce que cela donnât un peu de marge sur les salaires. L'Allemagne en a décidé autrement. C'est son choix, et peut-être est-il plus aisé dans un pays vieillissant. Mais reconnaissons aussi que ce choix a un impact sur la France et les autres pays qui partagent la même monnaie : l'ajustement par le change n'est plus possible, et cela nous oblige à suivre l'Allemagne dans sa politique. Par conséquent, personne ne peut contester que c'est un sujet qui doit d'abord être discuté et faire l'objet d'un consensus. À partir du moment où nous avons la même monnaie, les politiques économiques doivent être coordonnées, et nous somme en droit de demander des comptes aux Allemands sur leur politique salariale, tout comme ils sont en droit de nous rappeler à l'ordre sur nos déficits publics, qui les impactent.
Et s'il s'agit de discuter de compression des salaires : certes il y a des contraintes macroéconomiques qui s'imposent, mais l'économie doit rester au service de l'homme. Et de plus comme la modération salariale se fait d'abord sur le dos des jeunes, c'est moins vendable dans un pays comme la France. Il ne faut pas baisser les salaires sans se demander avant si c'est vraiment justifié : en Espagne peut-être bien, en France peut-être pas. En Allemagne, ça m'étonnerait. (au hasard, peut-être suffirait-il d'avoir un euro à un niveau moins stratosphérique...)
Et puis il faut garder en tête que pour pouvoir vendre, il faut bien qu'il y en aient qui se dévouent pour acheter. Déclencher une spirale déflationniste généralisée n'est pas forcément la chose la plus maligne à faire.
...o.y.e.z, de qualifier Lagarde de "médiocre"...
Juste quelques bémols a apporter a cet article :
1. ne pas exagérer cette « critique » de Lagarde, elle ne cherche pas a « porter le débat de la politique allemande sur la place publique européenne », elle insiste surtout sur la nécessite de plus de convergence au sein de la zone, ce que n’importe quel economiste pourrait dire de toute facon – eh oui, il y a des différences de production de richesse a l’interieur de toute zone monetaire (entre l’IdF et le Languedoc, et aussi entre le Texas et le Dakota du Sud !).
2. L’Allemagne a paye cher sa réunification. Mais l’Europe l’a aussi payée ! Il n’y a qu’a voir les subsides reçues par les nouveaux Länder.
3. a ElGato : je vous rejoins sur toute la ligne, notamment sur les efforts imposes au peuple allemand par leurs dirigeants (quel autre peuple accepterait ca ? Les Grecs peuvent-ils le comprendre ?), sauf sur la surévaluation de l’Euro. L’Euro est-il surévalué par rapport au yen, au franc suisse, ou aux « commodity currencies » ? regardez les charts !
4. a JBoss : Dire que les Allemands ont finance toute l’agriculture en France depuis 30 ans est très exagere, pour ne pas dire complètement faux. D’abord, ca revient a dire que le marche allemand est le 1er et seul débouché du secteur agricole francais (faux, voir les stats). Deuxièmement, la PAC n’est qu’un ensemble de mesures plus ou moins protectionnistes (via le contrôle des prix et les subventions), mais si on devait la supprimer, les Allemands devraient bien continuer d’importer des tomates (d’Italie, d’Espagne ou des P-B), des kiwis (d’Italie principalement), des pêches ou abricots (France, Espagne), non ? Et la France continuerait a exporter une partie de ses productions, en Allemagne ou ailleurs. Cette PAC a certes bien aide au début (co-finance par l’Allemagne), mais c’etait il y a 50 ans. D’ailleurs, si aujourd’hui vous calculez pour chaque pays les ratios montants recus / surface agricole, l’Allemagne recoit en fait plus que la France !! Mais vue sa « taille » économique, elle contribue aussi plus au budget de l’Union…
Premier commentaire m'excuser auprès de nos amis allemands qui tirent notre malheureuse Europe depuis 40 ans.
Deuxiéme commentaire Mme Lagarde depuis la prise de son poste n' a jamais collé à la réalité, des chifrres farfelus, d'ailleurs pour ceux qui se souviennent elle était d'une incompétence au commerce extérieur qui aurait valu dans n'importe quelle ste un licenciement sec.
Aujourd'hui elle doit son poste plus à son allégeance au Président qu'à sa compétence voir son sa prise de position dans l'affaire EPAD.
Troisiémement les échanges se font entre partenaires et non dans une tribune extérieure à l'Europe.
Cette affaire montre l'irresponsabilité de nos politiques et leur incompétence à gérer notre pays.
Notre Président voulait passer pour un fin stratége politique seul sujet où il paraissait encore crédible mais comme pour l'Economie il n'est qu'un diseur de bonne aventure pas crédible entouré de
porte valise triste France tes politiques se moquent de toi pour combien de temps encore?????? ;
Et dire que j'ai voté en 2007 pour ces pieds nickelés, mais pas pour les régionales car à un moment il faut sanctionner.
Cher Éric Le Boucher,
La manie monétariste dont vous avez toujours fait preuve vous a sans doute conduit à croire que l'inflation a permis à Hitler de prendre le pouvoir, ce qui en fait assurément une chose à éviter absolument.
Je me suis toujours demandé si c'est ce que croient nos amis allemands, et si vous avez une idée sur le sujet (vous devez bien côtoyer plus de décideurs et économistes allemands que moi !), je suis intéressé par une réponse circonstanciée.
Car le problème de cette croyance est qu'elle est fausse. C'est même le contraire qui est vrai !
En effet l'hyperinflation, c'est 1923. Il y a certes des troubles sociaux, et Hitler tente son 1er coup d'état, qui échoue lamentablement. Mais l'économie allemande s'en remet en 2-3 ans, quoique le manque à gagner de ces années de désorganisation de l'économie par l'inflation reste bien entendu perdu. De sorte qu'à la fin des années 20 l'économie allemande est dans un état correct, et le parti nazi n'a guère que 12 députés sur 491 aux élections de 1928 : il est marginal.
Hitler ne prend le pouvoir qu'en 1933, soit 10 ans après la crise d'hyperinflation, et ce dans un contexte de crise économique dramatique, mais due à la crise de 1929 : c'est une crise déflationniste en l'occurrence, et pour autant que je sache aggravée en Allemagne par une politique déjà déflation(le tropisme allemand en la matière n'est pas neuf !).
Il serait temps d'expliquer à nos amis allemands, et d'abord à vous-même, cher Éric Le Boucher, que Hitler n'a rien à voir avec l'inflation mais avec la DÉFLATION.
Que 3% d'inflation, ou même 4%, sont manifestement plus proches de 2% que de 1000 milliards de % comme en 1923 (1000 milliards posent évidemment problème !), et ne sont tout simplement pas dramatiques. Qu'ils sont même naturels dans une économie dynamique (cf. l'exemple états-unien, et ils s'en portent très bien).
Que par conséquent la politique monétaire de la BCE (rappelons-nous qu'elle a augmenté ses taux directeurs alors que l'économie était déjà manifestement en quasi-récession) est tout simplement stupide (je me permets de prendre moins de gants que Mme Lagarde). Cette politique plombe les entreprises françaises exportatrices, force à des délocalisations massives, et maintient un chômage élevé, aujourd'hui comme dans les années 90 où Trichet sévissait déjà à la Banque de France.
Il est vrai que les Allemands s'en sortent : mais à quel prix ? Pour rester compétitifs, ils ont dû baisser les salaires, la protection sociale : la pauvreté a crû, la précarité aussi (et l'endettement privé au passage... comme aux États-Unis !). C'est cher payé pour des fantasmes d'inflation sans fondements !
Oui, il est temps de poser publiquement le débat entre Allemands et Français comme le fait Mme Lagarde : la France doit enfin mettre de l'ordre dans ses dépenses publiques et sociales, et se désendetter, et les Allemands doivent augmenter leur demande intérieure en relevant les salaires, et admettre qu'il n'est pas possible de continuer avec une monnaie surévaluée par des taux trop élevés dans un monde sans barrières douanières où chacun cherche à trafiquer sa monnaie pour exporter plus. Faute de revoir les dogmes sacro-saints à Bruxelles et à Francfort, et aussi les mauvaises habitudes de Paris, l'Europe va collectivement dans le mur.