Société / Monde

Ce que les meilleurs mèmes chinois disent du contrôle d'internet par Pékin

Temps de lecture : 2 min

Le top 10 des mèmes les plus influents en Chine est sorti.

Le président chinois Xi Jinping a renforcé la censure sur les réseaux. | Wang Zhao / AFP

 
Le président chinois Xi Jinping a renforcé la censure sur les réseaux. | Wang Zhao / AFP  

Comme dans bon nombre de pays, le web chinois reflète les tendances, les angoisses et les espoirs de ses internautes, à coup de mèmes et de trolls épiques sur les réseaux. Ou plutôt reflétait. Au fil des ans, ces formes d'expression populaire sur internet sont de moins en moins critiques à l'égard des autorités, signe d'une mainmise accrue de Pékin sur le discours en ligne.

Pour observer cette tendance, il suffit de se pencher sur la liste des dix mèmes les plus à la mode en Chine, publiée depuis 2007 par le magazine Yaowen Jiaozi. Très populaire dans le pays, cette sélection prend le pouls de l'opinion publique et fait chaque année la une des journaux.

Alors que la liste comprenait des mèmes critiquant explicitement les autorités en 2009 –un an après que Pékin a accueilli les Jeux olympiques et avait, par la même occasion, laissé entrevoir une libéralisation du discours en ligne en débloquant certains sites web– ce classement est devenu progressivement apolitique et patriotique.

Cette transformation coïncide avec le renforcement du contrôle d'internet sous la présidence de Xi Jinping, qui s'attelle à nettoyer le web des informations et des discussions jugées indésirables.

2009...

Dans le top 10 des mèmes de l'année 2009, on retrouve l'expression «cache-cache», qui est un véritable camouflet pour les autorités chinoises. Elle fait allusion au décès d'un jeune homme de 24 ans à la suite de lésions cérébrales subies pendant sa garde à vue.

La police locale avait tenté en vain d'étouffer l'affaire, affirmant qu'il s'était cogné la tête contre un mur en jouant à cache-cache avec ses compagnons de cellule. Il n'en fallait pas moins pour provoquer un tollé sur la toile et faire entrer cette expression, désormais utilisée pour décrire quelqu'un qui tente de cacher des faits, au panthéon des mèmes chinois.

«Avoir fait quelque chose sans le savoir» est aussi l'un des mèmes marquants de 2009. Il correspond au cri de désespoir d'un jeune Chinois qui avait découvert, alors qu'il était à la recherche d'un emploi, que son école l'avait répertorié comme ayant trouvé un travail à la sortie de l'université, sûrement pour rendre son taux d'emploi plus attrayant.

Cette plainte a rapidement été reprise par les étudiant·es pour se moquer du gouvernement chinois, qui dresse souvent un tableau faussement positif de sa politique.

... vs 2019

Rien à voir avec 2019, où aucun des mèmes du top 10 ne critique le gouvernement. Pire, ils sont pour la plupart patriotiques et reprennent des phrases prononcées par le président chinois. L'exemple criant n'est ni plus ni moins que le numéro 1 de la liste: l'expression «apprentissage mutuel entre les civilisations», qui provient d'un discours prononcé par Xi Jinping aux Nations unies.

Les autres mèmes ne sont pas plus vindicatifs. On passe du mot «blockchain», faisant référence aux échanges de cryptomonnaies d'abord critiqués par Pékin avant d'être soutenus cette année, à l'expression «ma vie est si difficile», qui se moque d'une personnalité chinoise visiblement stressée dans une vidéo.

Le seul mème négatif que l'on a trouvé dans cette liste correspond à l'expression «intimidateur». Il ne fait cependant pas référence au gouvernement de Pékin, mais bien aux États-Unis et aux tactiques de guerre commerciale de Trump.

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