Parents & enfants

Comment la famille va se redéfinir d'ici à 2050

Temps de lecture : 4 min

Au programme: de nouveaux schémas, des innovations scientifiques, et quelques inquiétudes.

Family | David Jones via Flickr CC License by
Family | David Jones via Flickr CC License by

Bienvenue en 2020: une famille, ce n'est plus forcément un papa, son épouse et leurs enfants biologiques. Dans un article consacré par le Guardian aux mutations des schémas familiaux, une statistique toute simple résume bien cette évolution: aux États-Unis, moins de la moitié des enfants vivent avec leurs deux parents biologiques dont c'est le premier mariage.

Des schémas encore peu répandus devraient émerger peu à peu, explique la journaliste Emine Saner. Selon Susan Golombok, directrice du Centre de recherche sur la famille de l'université de Cambridge, on assiste par exemple à une augmentation progressive du nombre de personnes qui se rencontrent sur Internet dansle but d'avoir des enfants ensemble sans pour autant démarrer de relation amoureuse: «Nous ne savons pas encore ce que cela donne pour les enfants, mais en tout cas, c'est ce qui est en train de se passer».

Parents solos, parents transgenres

Les parents célibataires par choix devraient également se multiplier. Si le nombre de femmes ayant décidé d'avoir un bébé toutes seules n'a cessé d'augmenter au cours des dernières décennies, Susan Golombok explique que si la tendance actuelle se poursuit, les pères solos par choix devraient être de plus en plus nombreux eux aussi. Et cela ne concerne pas que les hommes gays: «Il y a aussi des hommes hétérosexuels qui deviennent pères grâce à la GPA et au don d'ovocytes. C'est quelque chose qui devrait s'étendre».

Le nombre de parents transgenres devrait également augmenter dans les décennies à venir: «Jusqu'à une période récente, les parents trans avaient des enfants et transitionnaient ensuite, mais grâce au dévelopement de la reproduction assistée et à la possibilité de conserver des ovocytes ou du sperme, davantage de personnes transgenres pourront avoir des enfants après leur transition». On rappelle qu'il y a encore quelques années, en France comme dans beaucoup d'autres pays, les personnes transgenres étaient souvent stérilisées de force.

D'ici 2050, le sperme et les ovocytes artificiels devraient également faire leur apparition. «Cela ne sera pas utile que pour les couples hétérosexuels infertiles», explique Susan Golombok, «mais aussi pour les couples de même sexe, dont les deux membres pourront devenir les parents biologiques de leurs enfants. Les hommes et les femmes pourront en effet produire des ovocytes et du sperme. Les personnes qui souhaiteraient avoir un enfant en solo pourraient même produire sperme et ovocytes à la fois».

Tout cela devrait évoluer dans la plus grande transparence, la prolifération des tests ADN empêchant les parents de cacher à leurs enfants dans quelles conditions ils auront été conçus. Mais la génétique devrait de toute façon occuper une place décroissante dans le concept de famille. «La famille, ce n'est plus nécessairement du lien biologique», affirme Susan Golombok.

Utérus artificiels et soignants robotisés

À l'horizon 2050, on devrait également assister à l'utilisation d'utérus artificiels pour les personnes désirant avoir des enfants. Conçus au départ pour aider les grands prématurés à poursuivre leur croissance au coeur d'une entité aussi proche d'un utérus que possible, ils pourraient être utilisés à l'avenir pour recréer l'intégralité d'une grossesse. Les personnes ayant subi une hystérectomie devraient néanmoins être les premières concernées, mais celles ne voulant pas ou souhaitant pas être enceintes (pour des raisons physiologiques, psychologiques, voire professionnelles) pourraient également solliciter le recours à un utérus artificiel. Une avancée qui n'est pas sans inquiéter Susan Golombok, laquelle craint notamment des dérives, comme la création de «fermes à bébés».

Pour la spécialiste, rien ne dit cependant que ces nouvelles possibilités vont permettre aux femmes de perdre en charge mentale ce qu'elles gagneront en indépendance et en opportunités professionnelles. La refonte d'un système patriarcal dans lequel il incombe aux femmes de prendre soin de leurs proches, et notamment de leurs enfants, est indispensable, tout comme l'allongement du congé paternité, écrit la journaliste. La mise en place de la semaine de quatre jours pourrait également être fructueuse.

Le vieillissement de la population pourrait également avoir de sérieux impacts. Entre 2017 et 2035, le nombre de personnes âgées de plus de 65 ans va augmenter de 44%, explique l'article du Guardian. Rien qu'au Royaume-Uni, environ 650.000 emplois liés à l'aide à la personne devront être créés. Mais le gouvernement a également annoncé le lancement d'un programme permettant de développer des robots soignants, de plus en plus empathiques, qui pourront suppléer les humains. Les services pédiatriques pourraient finir par en profiter également, comme cela fut déjà expérimenté au Japon.

Questionnements éthiques et inégalités

Certaines dérives sont hélas à craindre, même si elles n'ont aucun lien avec la PMA et la GPA, contrairement à ce que voudraient faire croire les personnes qui s'y opposent. Des avancées technologiques pourraient permettre aux parents de sélectionner leurs embryons afin d'éviter la transmission de certaines maladies génétiques, mais l'inquiétude est ailleurs: d'ici 2050, explique Emine Saner, les parents les plus aisés pourraient payer non seulement pour choisir l'embryon en meilleure santé, mais aussi pour celui qui deviendra un être aussi intelligent, attirant et athlétique que possible. L'eugénisme guette.

Plus globalement, les inégalités entre les familles risquent de se creuser de plus en plus, comme l'explique Jessica Calarco, professeure de sociologie à l'université d'Indiana: «Les familles blanches et riches ont bien plus d'opportunités que les autres, et les utilisent pour accéder à toujours plus de ressources. Cela alimente les inégalités de façon perpétuelle». Sans une politique adaptée, et malgré la diversification prévisible des schémas familiaux, c'est un monde de plus en plus inégalitaire qui attend les générations futures.

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