Culture

Le meilleur du pire des comédies françaises en 2019

Temps de lecture : 23 min

Vous commencez à avoir l'habitude: le classement se lit du film le plus réussi au plus raté.

Jean Dujardin dans Le Daim, la meilleure comédie de 2019. Le même fait aussi une apparition dans la plus mauvaise de l'année. | Capture d'écran via YouTube
Jean Dujardin dans Le Daim, la meilleure comédie de 2019. Le même fait aussi une apparition dans la plus mauvaise de l'année. | Capture d'écran via YouTube

Ça y est, c'est la fin d'année, l'heure de cette implacable sélection des comédies françaises. Un box-office décimé comparé à l'année dernière, qui comptait quand même un Dany Boon, Les Tuche 3, Taxi 5 et Le Grand Bain. Même Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu? fait deux fois moins d'entrées que son prédécesseur.

J'applique toujours la même méthode: je regarde toutes les comédies –ou presque– qui sortent chaque année en France et j'en dresse ce classement après une rude sélection des films les plus emblématiques. J'en garde tout juste vingt-cinq.

Désolé donc, J'irai où tu iras, le dernier film de Géraldine Nakache, avec une idée rigolote sur des sœurs dont l'une est fan de Céline Dion, abandonnée à mi-parcours. Tant pis, Just a Gigolo; c'est pas grave, des films d'Olivier Baroux, on en a chaque année. Oublié aussi Quand on crie au loup, remix maladroit de Maman, j'ai raté l'avion! et des Goonies, réalisé sans passion par Marilou Berry. Zappé également, Toute ressemblance..., satyre sans talent du monde de la télé, du sous-Kounen agrémenté d'une heure vingt de voix off de Frank Dubosc –c'est hardcore, même pour un fan comme moi.

Parfois, les titres vont et se ressemblent. Qui se souvient de La Lutte des classes, pourtant signé Michel Leclerc? Qui s'est intéressé à Roxane, où Guillaume de Tonquédec récite du Edmond Rostand à ses poulets bio pour avoir de meilleurs œufs?

Il y a aussi les films comme Sibyl de Justine Triet, peut-être trop dramatique pour être traité ici, et ceux qui parlent d'un sujet d'actualité. Malgré son affiche, seules les cinq premières minutes de Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu? sont amusantes; le reste n'est qu'un sujet bien sérieux.

C'est l'année des Crevettes pailletées, mais le souvenir de Toute première fois du même auteur est encore un peu douloureux. J'ai aussi apprécié Jusqu'ici tout va bien, encore une comédie sociale –un genre qui, à l'image de Salauds de pauvres et des Invisibles, est en pleine expansion.

Voilà pour les absents et les recalés. Maintenant, place au meilleur du pire de la comédie française.

25. «Le Daim»

Le Joker à la française

Le pitch est simple: Georges, 44 ans, et son blouson 100% daim ont un projet. Rien d'autre à savoir pour plonger dans ce monde étrange. Le Daim, alias le Quentin Dupieux édition 2019, c'est un mec qui entend des voix; en gros, c'est Venom dans les Pyrénées-Atlantiques.

C'est également un film qui prouve qu'un tueur en série est beaucoup plus inquiétant quand on ne connaît pas son origine, quand il n'est pas une victime de la société et qu'il est incarné par un Jean Dujardin méthodique plutôt qu'un clown chouineur.

Bien entendu, c'est un peu un film d'horreur, mais il y a en plus une formidable Adèle Haenel et c'est l'occasion d'y voir ma mort favorite de l'année au cinéma. C'est une comédie du malaise et le moins on en sait, le mieux c'est.

24. «La Vie scolaire»

Grand Corps Enseignant Malade

On pose un slam pour Grand Corps Malade et Mehdi Idir, qui remettent le couvert avec cette chronique scolaire à Saint-Denis. On pouvait craindre le film d'école de plus. Dès la première seconde, la rentrée des classes se fait sur le tempo de Herb Alpert, lorgnant la référence vers Notorious B.I.G.. Pendant tout le film, La Vie scolaire refuse de faire de la parodie de films d'ado à l'américaine, jusqu'à ce que résonne «Pastime Paradise» de Stevie Wonder.

C'est beaucoup plus malin qu'il n'y paraît, alors qu'il s'agit presque du film marronnier d'une année scolaire. Y défile pendant deux heures la commedia dell'arte des protagonistes de film de collégiens: du cancre au retardataire en passant par le gros mytho, ils sont tous là.

Les gamins jouent vraiment à la perfection, jamais dans le surjeu, avec un naturel assez flamboyant. Régulièrement, le cinéma français nous surprend avec de belles et bonnes comédies qui tournent autour de la vie d'ados. On se souvient des Beaux Gosses, du Nouveau; il y aura maintenant une place pour La Vie scolaire.

23. «Alice et le maire»

La déprime, En marche!

Luchini dans un cosplay de Gérard Collomb au bord de la dépression, vu comme ça, Alice et le maire s'annonce comme le meilleur film de tous les temps. La comédie ne se situe pas au niveau d'Alice, blanche colombe plongée dans le monde de la politique locale, mais dans tout le cabinet qui veut sa peau.

Star montante des seconds rôles, Nora Hamzawi offre une énergie réjouissante à ces petits drames de fonctionnaires. En maire dépressif, Fabrice Luchini est assez habile, parfois sûr de lui, mais aussi vulnérable.

À la fin a lieu le congrès du Parti socialiste, qui part en vrille, et j'en profite pour vous annoncer ça ici: le déclin de la gauche est l'un des véritables fils rouges de l'année 2019. Si vous êtes le genre de personnes qui se régalent en lisant la deuxième page du Canard enchaîné, foncez, c'est pour vous.

22. «Yves»

Carrément rien à givrer

L'histoire de Jérem, un mec qui se retrouve avec un frigo connecté chez lui, et tout son univers part en sucette. Philippe Katerine est encore une fois exceptionnel et son duo avec William Lebghil, l'un des meilleurs jeunes acteurs en activité, est à la fois juste et affûté.

Benoît Forgeard nous emmène dans un univers barré et, chose pas commune, il ne s'arrête pas en route: il pousse le délire à fond. Parce que faut y aller, pour qu'on finisse par croire qu'un frigo puisse gagner l'Eurovision.

Et puis Yves nous a donné ce clip fabuleux: «Carrément rien à branler», tourné à l'arrache dans la ligne 3 du métro. Rien que pour ça, merci. En plus, trop content de revoir la ligne 3.

21. «Deux moi»

Chacun cherche son psy

Cédric Klapisch a pas mal esquinté sa réputation avec une décennie catastrophique –souvenons-nous de Ma part du gâteau, mais aussi du Casse-tête chinois venu dégoûter les fans de L'Auberge espagnole. Avec Deux moi, il signe son grand retour.

On a affaire à une romcom sur deux jeunes Parisiens vivant côte à côte sans le savoir. Malheureusement, ils sont tous les deux dépressifs et se cherchent. François Civil –c'est son année– et Ana Girardot sont ces deux personnes en mal de vivre qui suivent une psychothérapie.

Le film ne prend pas de haut son sujet, à savoir le malaise urbain et le manque de communication dans un monde hyper connecté. Au contraire, Klapisch montre une vraie connaissance de son sujet, sans jugement. Il lui donne aussi l'occasion de filmer un Paris un peu différent.

La vraie réussite, c'est que les «deux moi» en question semblent être des personnages sortis de Chacun cherche son chat. Ils ont juste déménagé et grandi, et on finit, comme avec toute bonne romcom, par les aimer aussi.

20. «Perdrix»

Le Wes Anderson lorrain

Il y a la frange plutôt intello des comédies françaises, celle des personnages doux rêveurs, un peu barrés et lunaires. Pierre Perdrix (Swann Arlaud), un policier désabusé, fait la rencontre de Juliette (Maud Wyler), qui s'est fait voler sa voiture par une nudiste activiste quelque part dans les Vosges.

Juliette est justement une fille lunaire, rêveuse et un peu barrée qui va chambouler l'univers de Perdrix, qui vit avec sa famille dysfonctionnelle, son frère expert en vers de terre, sa nièce méga maligne et sa mère présentatrice radio que personne n'écoute mais qui ressasse la mort de son époux.

Toutes les cases du cahier des charges sont cochées, mais Perdrix a son charme décalé. Le film est hanté par un char de la Seconde Guerre mondiale se promenant de rue en rue comme un poulet sans tête, et je crois que les chars d'assaut, c'est ce qui me plaît au cinéma. C'est une romcom douce et bienveillante, comme si un cousin éloigné de Wes Anderson avait décidé de filmer quelque part en Lorraine.

19. «Tout ce qu'il me reste de la révolution»

Tout le monde n'a pas eu la chance d'esquiver le communisme

Écrite et réalisée par Judith Davis, cette comédie douce amère dresse le portrait désabusé de la fin du mirage des idéaux de gauche. Tout y passe, désillusions politiques, professionnelles et amoureuses.

Tout ce qu'il me reste de la révolution est parfois farfelu comme une pièce de théâtre contemporaine, mais il y a de la vie et des idées dans ce do it yourself à la fois étonnant et charmant.

18. «Inséparables»

The Mytho

Vous savez à quoi on reconnaît qu'Alban Ivanov tourne beaucoup? Au fait qu'on le voit dans le même nombre de films que Christian Clavier. Le voilà dans un buddy movie post-carcéral.

Reconverti après un bref passage en prison, Mika, petit escroc incarné par Ahmed Sylla, est désormais l'homme fort d'un riche homme d'affaires sur la Côte d'Azur. Seulement voilà, il est rattrapé par son passé quand ressurgit son poto de cellule, «Poutine» –Alban Ivanov, donc. À des kilomètres de Walter (sorti plus tôt cette année, featuring les Déguns), le duo fait des étincelles.

Le truc vraiment chouette dans Inséparables, c'est qu'Ivanov va à fond dans le délire, en plein mytho radical-communiste. L'accroche de l'affiche annonce: «Libéré mais pas délivré», et elle ne ment pas. Dans sa cellule, Poutine a tout un décorum de fausse Russie, de vidéos militaires, d'affiches: c'est tellement décalé que ça en devient irrésistible. Je l'admets, j'ai un gros faible pour tout ce qui se moque de la nostalgie soviétique.

17. «La Vérité si je mens! Les débuts»

Rendez-vous en terre connue

«Ne pas juger un livre à sa couverture», dit le dicton. La chose la plus mémorable dans La Vérité si je mens! Origins, c'est la levée de boucliers sur Twitter à la vue de l'affiche du film, certes un peu crispante.

On peut s'interroger sur le destin de cette franchise pesant plus de 15 millions de spectateurs et spectatrices en salle, qui déclenche cette année l'ire des internautes avant même la diffusion de la première bande-annonce. C'est presque injuste, car si cet épisode 0 n'atteint pas des sommets de drôlerie, certains gags fonctionnent et, surtout, l'énergie de ces jeunes gaillards est assez communicative.

La cerise sur le gâteau, c'est l'irrésistible Gilbert Melki, qui joue le rôle d'Henri Abitbol, le père de son propre personnage dans la trilogie. Les anachronismes se bousculent mais visuellement, le film n'essaie pas d'en faire trop dans la reconstitution.

En cette période où les gens crachent allègrement sur les trilogies mal bouclées, La Vérité si je mens! Les débuts est bien loin d'être une Menace fantôme.

16. «Mon inconnue»

Romcom surnaturelle

C'est un sujet archiconnu: l'histoire d'un jeune homme qui se réveille dans une autre réalité, où un gros détail a changé. En l'occurrence, ici, Raphaël se retrouve dans un monde où la femme de sa vie ne le reconnaît pas. Pire, elle est avec un autre homme. Il va donc tenter de la séduire à nouveau, grâce à tout ce qu'il sait d'elle.

Ok, c'est vu et revu. Mais en ces temps de disette de comédies romantiques, il faut rester ouvert à une histoire d'amour dans un monde parallèle entre François Civil et Joséphine Japy. Ils sont adorables.

Mais la vraie star, c'est la montée en puissance de Benjamin Lavernhe, parfait meilleur pote de comédie romantique, qui continue sur une bonne lancée après le fabuleux et insupportable marié du Sens de la fête (2017).

15. «Hors normes»

Comédie et autisme?

Le dernier film d'Olivier Nakache et Éric Toledano choisit vraiment la difficulté, en allant plus loin encore dans la comédie sociale. Cette fois-ci, leurs deux protagonistes, incarnés par Vincent Cassel et Reda Kateb, sont deux responsables d'association tentant d'aider au mieux des enfants et ados autistes.

Une fois de plus chez Nakache/Toledano, il y a une montée en puissance cinématographique. Clairement, les réalisateurs se posent des questions de film en film, et leur style est de plus en plus maîtrisé. Imparable, l'émotion –parce qu'il y en a beaucoup– est arrachée presque comme un coup bas, par la musique de la pub Leroy Merlin.

Il y a plein de choses à dire sur la pertinence de l'utilisation des autistes au bénéfice de la blague et des péripéties. Beaucoup d'associations se sont déjà exprimées sur la représentation exacte ou non des soins prodigués. Ce qu'on ne peut toutefois pas retirer au duo, c'est qu'il saute des barres que les autres ne sont pas près d'atteindre.

14. «Convoi exceptionnel»

Buffet de soirée

Si vous pensiez que Clavier allait jouer autre chose cette année qu'un bourgeois de droite, vous allez déchanter. Convoi exceptionnel met en scène Foster (Clavier, donc), qui fait la rencontre de Taupin, un SDF incarné par Depardieu. Ils obéissent à la lettre à un mystérieux scénario, comme tout le monde autour d'eux.

Attention, ce n'est pas du tout un Truman Show, mais un méta-film façon Les Clefs de bagnole, le délire en moins et la mélancolie en plus. Bertrand Blier propose une comédie qui se veut lyrique, voire poétique.

Évidemment, avec un duo d'acteurs de ce calibre, il y a quelques étincelles à l'écran, mais ça ne tient pas sur la longueur (pourtant d'une heure vingt à peine) et ça finit par se regarder déclamer ses dialogues. Peut-être aussi que les précédents longs-métrages de Quentin Dupieux ont fait vieillir prématurément ce genre de film-concept.

13. «Thalasso»

L'enfer, c'est le spa

Il ne faut pas sous-estimer les capacités comiques de Michel Houellebecq en peignoir. Est-ce le hasard ou le fruit d'une alchimie avec le réalisateur Guillaume Nicloux, l'écrivain est parfois à crever de rire. Il faut le voir, le regard vide, le teint livide, allant d'un instrument de torture thérapeutique à l'autre, se faire engueuler. Il lâche des conneries dix fois plus grosses que lui avec l'aplomb d'un chroniqueur de CNews –le saviez-vous, «la Suède est quasiment une dictature»: c'est Michel qui le dit.

Houellebecq est ici meilleur et surtout mieux utilisé que dans les films de Delépine et Kervern. Soudain, il croise Depardieu, également en thalasso. Puis, entre impro et désespoir, cette suite de L'Enlèvement bascule dans le psychodrame sanglant beaucoup moins marrant et réussi.

Thalasso est atrocement réalisé, mais peut-être est-ce volontaire, comme si l'hôtel où les gens viennent se relaxer se trouvait en plein Pyongyang. Ce qui n'est peut-être pas volontaire en revanche, c'est la blague qui m'a fait le plus rire, la diététicienne annonçant à Houellebecq que son foie est déglingué et que son tissu hépatique est deux fois au-dessus de la normale. Michel Houellebecq, regard vide, répond simplement: «Ah.» Avis aux amateurs et amatrices, c'est l'humour à hauteur de Xanax.

12. «Nicky Larson et le parfum de Cupidon»

Épouse-moi, Aniki

Il semble que Nicky Larson et le parfum de Cupidon, sorti récemment au Japon, y a obtenu un petit succès d'estime. Si le public japonais est resté de marbre face à toutes les citations du Club Dorothée («Ranma, un demi!», «Hélène. Je m'appelle Hélène» ou «Allez, salut les musclés»), ce qui a marché, c'est le slapstick. Les coups de massue comme dans la série, le mec qui reluque les filles ou encore les deux méchants qui se cognent en se faisant un bisou sur la bouche –ce genre de bons gags auquel Philippe Lacheau et sa bande nous ont habitué·es.

Bon, je vais vous dire, un scénario qui repose sur un filtre d'amour inoculé au héros qui doit, du coup, trouver un antidote, pourquoi pas. Mais faire tout ça sinon il va rester amoureux de Didier Bourdon, je ne trouve pas ça drôle du tout. Car je plaide coupable, je suis déjà amoureux de Didier Bourdon et je ne vois aucun problème à le rester jusqu'à la fin de mes jours. #NotMyRyôSaeba

11. «La Belle Époque»

«Le Grand Bluff», sans Patrick Sébastien

Il faut reconnaître que c'est l'une des comédies avec le plus d'ambition de ce top. C'est aussi un cas de «Ça passe ou ça casse» signé Nicolas Bedos, the director of OSS 117 3. Se déroule donc l'histoire néonostalgique d'un Daniel Auteuil qui retourne dans ses souvenirs de jeunesse, dans les années 1970, grâce à une fumeuse société dont Guillaume Canet est le grand metteur en scène.

Comme me le soufflait un ami, «j'ai l'impression d'avoir passé deux heures coincé avec Nicolas Bedos dans l'ascenseur, j'en peux plus». Le problème avec La Belle Époque: on peut être vite saoulé quand tout le monde parle sur le même registre, avec les mêmes mots et la même voix.

La seule qu'on entende plus fort, c'est celle du réalisateur, qui traite ses employé·es comme des sous-merdes, parce qu'il est si perfectionniste et si génial. Pour savoir de qui Canet est l'avatar, ce n'est pas compliqué: à un moment, une belle fille nous parle, les yeux plein d'étoiles, de son «énorme bite» qu'elle a sucée. Mais de qui peut-il bien s'agir?

10. «Black Snake»

La réponse française à Black Panther

Voilà un très bon cas de «les meilleures vannes étaient dans le trailer». Il y a largement la place au cinéma aujourd'hui pour faire un film de super-héros de blacksploitation moderne, et l'univers mis en place est vraiment pas mal. Le problème, c'est que le script est trop faible, trop soporifique pour tenir en haleine: une heure vingt-deux au compteur, trois heures en temps ressenti, et ce n'est pas simplement parce que Thomas Ngijol donne les coups de pied les plus mous de l'histoire du cinéma.

Black Snake m'a fait penser à une autre comédie de genre à peu près aussi ennuyeuse, Double zéro. Point commun entre les deux films, c'est Édouard Baer qui est le grand méchant. Comme quoi, y a pas de recette miracle.

9. «All Inclusive»

Génie ou supercherie?

La France était orpheline depuis la fin de Camping. Heureusement, Fabien Onteniente pense à ses compatriotes. All Inclusive, c'est toutes les vannes en slip qu'il n'a pas pu mettre dans la trilogie des Camping. On pourrait croire que Franck Dubosc y va en traînant des pieds, mais non, il se donne à fond dans un énième club de vacances un peu ringard, sans aucune retenue.

Le plus étonnant pour une production Onteniente, c'est la tournure méta que prend l'histoire, puisque personne n'est dupe: on est dans le même univers partagé que Camping. Mieux encore, Thierry Lhermitte et Josiane Balasko sont aussi à l'affiche, se dévisageant comme «s'ils s'étaient rencontrés ailleurs».

Le twist le plus fou de cette année revient à All Inclusive, quand à la toute fin apparaît Kev Adams, le temps d'un caméo. Franck Dubosc lui ressort exactement la même salade qu'au début du film. S'agit-il là d'un éternel recommencement? À moins que tout ne soit qu'une illusion?

La réponse reste ouverte et laisse songeur quant à la possibilité d'un C.C.U, un Camping Cinematic Universe regroupant Camping, All Inclusive et les Bronzés –une autre idée du cauchemar.

8. «Rendez-vous chez les Malawas»

Clavier, Ramzy, Sylvie Testud et Michaël Youn sont dans un bateau

Attention, la meilleure vanne de Christian Clavier en 2019 est dans ce film. Sylvie Testud s'excite et veut rappeler qu'elle est de gauche. Elle crie plusieurs fois «Je suis socialiste!», ce à quoi Clavier répond avec un flegme impassible et un brin dédaigneux: «Ma pauvre… Ma pauvre…» Là, on est dans le Clavier au sommet de son art.

Certains gags fonctionnent dans cette parodie de «Rendez-vous en terre inconnue». Ramzy balance ses répliques comme quelqu'un qui n'en a rien à foutre, et ça colle parfaitement à l'ambiance générale de ce film.

Mais ne nous leurrons pas, Ramzy version egotrip et Clavier en bourgeois de droite, c'est la partie haut de gamme d'une comédie qui repose essentiellement sur le conflit des cultures, sur le caca, mais également sur les couilles dévorées par des singes.

En un mot comme en cent, Rendez-vous chez les Malawas serait presque la meilleure comédie sur le caca cette année, si elle n'était pas dépassée par un autre film avec Clavier (voir plus bas). Quelle belle manière de terminer une décennie, mes aïeux.

7. «Doubles vies»

Intéressant comme un fichier client

Il y a, dans ce film sur l'industrie du livre, une fracture. Les deux seconds rôles, Vincent Macaigne et Nora Hamzawi, jouent à la perfection les petites mains d'une industrie. Ils sont même plutôt marrants. L'un est auteur sans succès, l'autre assistante d'un homme politique. Au-dessus d'eux, les deux stars, ce sont Guillaume Canet et Juliette Binoche, et le cœur de l'intrigue est la transformation du monde de l'édition et le passage délicat à l'e-book.

Emballé·e? Attendez voir: dans Doubles vies, Canet et Binoche ânonnent leur texte sans aucune conviction, sans donner l'air de comprendre de quoi ils parlent. Et comme l'essentiel de leurs dialogues semblent sortir des lignes d'un fichier Excel reprises dans le PDF du dernier rapport du Syndicat du livre, on mesure l'intérêt de l'expérience.

Peut-être le casting n'a-t-il pas eu le temps d'apprendre son texte pour cette comédie visiblement tournée en deux-deux? Est-ce un hommage au théâtre de l'absurde de Ionesco? Caricature du film parisien et des marivaudages à la Honoré, on ne regrette qu'une chose: l'absence d'avance rapide, à défaut d'une dématérialisation.

6. «Les Municipaux, trop c'est trop!»

Un an de grève plutôt que de revoir ce film

Tout est dans le titre. C'est pourtant un film d'une actualité sociale brûlante, puisque le maire de Port-Vendres, aidé de ses sbires énarques, veut réduire les effectifs. Alors que la colère gronde, la team des «municipaux» décide de contre-attaquer. On a là le matériau pour faire une bonne comédie sociale explosive. Sauf que les fameux municipaux, ce sont les Chevaliers du fiel, et pour les gens qui ne connaissent pas, c'est un vibrant hommage à Max Pécas où le fonctionnaire n'est qu'un sale profiteur flemmard.

Si Les Municipaux, trop c'est trop! n'est pas la pire comédie de l'année, c'est parce qu'on est dans la grosse redite du premier opus –qui, pour le coup, était la pire comédie de 2018. On sait où on met les pieds. Je n'ai jamais saisi si la démarche était sincère, mais en tout cas, le film sent le réchauffé.

Tous les ingrédients sont les mêmes: les femmes sont toutes des nymphomanes, les mecs tous des nuisibles, mais hé, «c'est un regard tendre» –tendre sauf pour le cuistot d'un restau, quasiment passé à tabac parce qu'on l'accuse de servir du surgelé. Si quelqu'un comprend le sens de ces gags, chapeau.

5. «Le Dindon»

L'accident industriel

Si vous êtes en manque de Ciel mon mari et de portes qui claquent, ne cherchez pas plus loin, Le Dindon est fait pour vous. Transposé du Paris de la Belle Époque aux années 1960, cette adaptation de Feydeau multiplie les pistes sans jamais donner de suite. Normal, la réalisation de Jalil Lespert est passée en mode mitraillage, quelques secondes seulement par plan, pour donner une sorte de dynamisme complètement artificiel.

On ne peut même pas en vouloir au casting, qui en fait des tonnes avec les moyens du bord –mention spéciale pour Dany Boon, qui joue le mec bourré comme il sait le faire pendant trente petites secondes. La plus grosse sortie de piste, c'est Guillaume Gallienne, coscénariste, qui s'est réservé le rôle de Monsieur de Pontagnac, à savoir le bellâtre séducteur auquel personne ne croit.

Mais accrochez-vous, il y a encore plus improbable: voir Holt McCallany se faire parachuter dans ce brouhaha après l'avoir vu dans la série Mindhunter, ça fait toujours un petit choc. Pour paraphraser le futur président du conseil général de Corrèze de l'époque, tout cela est abracadabrantesque.

4. «Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu?»

Une comédie qui n'essaie même plus

C'est quand on voit le niveau de ce genre de film que l'on se rend compte que la comédie va mal. Parce qu'il y a pire, mais aussi parce que c'est vraiment nul. Claude Verneuil, aka Christian Clavier, revient avec sa femme d'un long voyage. Il apprend que ses quatre filles, qui n'ont sans doute pas plus de quatre répliques chacune, vont accompagner leurs maris qui ont tous décidé de rentrer au pays.

Que ce soit l'Algérie, Israël, la Chine ou l'Inde, ils n'y ont parfois jamais mis les pieds, mais c'est comme ça, le parti pris comique, c'est que les gendres ne se sentent plus tout à fait français. Toutes les raisons sont bonnes et semblent inspirées par une journée de débats sur CNews. Trop de syndicats, trop de violence, on n'aime pas les winners, trop de communautarisme.

Le gag, c'est peut-être que Christian Clavier va se charger de leur faire aimer la France à nouveau, et rien que l'absurdité de cette idée me fait rire. Malheureusement, les vannes sont tout simplement moins bonnes que dans le premier opus.

Si on a l'habitude des rôles de bourgeois pacha de droite de Clavier (trois sur quatre cette année), on est plus attristé par le pauvre Pascal Nzonzi, encore obligé de jouer l'autre beau-père, toujours aussi raciste mais également homophobe, y compris envers sa propre fille. Heureusement, sa haine des homosexuel·les est soignée comme par magie par la promesse de servir un tournedos Rossini et une tarte tatin au mariage de sa fille lesbienne.

Qu'est-ce qu'on a encore fait au Bon Dieu? n'esquive aucun vrai sujet, même d'actualité: à un moment, effrayé par l'insécurité croissante dont est victime la communauté asiatique, le gendre d'origine chinoise s'achète une arme. Ça se termine par un lancer de shuriken sur le réfugié afghan travaillant dans les jardins de Verneuil/Clavier. La morale de cette histoire, c'est qu'il y a toujours plus raciste que soi. Grosse poilade.

3. «Ibiza»

De la merde en tube

Par l'auteur de Dépression et des potes et L'amour, c'est mieux à deux, voici un nouvel opus terrifiant, sans doute sauvé par la Fête du cinéma. Car on entend souvent «CNC, CNC», mais il y a bien plus opportuniste: ces petites comédies familiales qui essaient de faire le maximum d'entrées pendant cette période. Place donc aux jeunes talents, Christian Clavier et Mathilde Seigner, qui accompagnent leur fils à Ibiza –son choix de vacances, car il a décroché son bac.

Si l'on est habitué à voir Clavier dans le rôle du bourgeois qui ne comprend pas son époque, il faut quand même décerner la palme de la plus grande compromission artistique à JoeyStarr, venu cachetonner avec le sourire qu'on lui connaît. Ce serait oublier Olivier Marchal qui est là aussi, en dépit du bon sens.

Gags éculés, avalanches de clichés, tout y est, le talent de Clavier tout juste en mode utilitaire. Ibiza est sans doute l'une des comédies les plus vulgaires de l'année, à l'image de ce passage où la famille de Clavier décide de s'arrêter chez de riches écolos et termine littéralement aspergée par des hectolitres de caca. Rien de tel qu'une comédie avec des bonnes vannes de caca, et Ibiza a clairement les meilleures et les pires du genre en 2019.

2. «Tanguy, le retour»

Le come-back que personne ne voulait

Si vous êtes fan des comédies avec des vannes sur la prostate, vous êtes entre de bonnes mains. Malheureusement, Tanguy, le retour, ce n'est pas que des scènes d'André Dussollier ne pouvant plus se retenir de pisser. C'est aussi le retour de Tanguy et bon sang, c'est le pire come-back de tous les temps.

Personne n'a l'air de savoir jouer la comédie à part Dussolier et Azéma, mais ce n'est même pas le problème. La musique façon Suzi Wan est atroce sans être insurmontable. Mais voilà: l'essentiel des blagues reposent sur 1) les Chinois s'expriment en proverbes de Confucius; 2) les Asiatiques sont monodimensionnels et ne comprennent pas qu'ils dégoûtent Dussollier et Azéma; 3) parfois, ils parlent très mal français, alors quand la belle-fille entend «coq en pâte», elle répète machinalement «Coqenpate». Véridique. Car vraiment, ce dont on avait besoin, dix-huit ans plus tard, ce sont des blagues sur des Asiatiques qui parlent mal le français.

On comprend que le concept consiste à montrer deux personnes âgées acculées d'avoir à héberger à nouveau leur lardon et sa famille dans leur 200 m2 à Paris. La vie est dure. Que ça les pousse à bout au point de vouloir les tuer en sabotant les freins des vélos passe encore. Mais l'essentiel des répliques d'Azéma et de Dussollier sont tout simplement haineuses.

Ce type de trait d'esprit, «Si elle fait rien dans sa vie, elle ouvrira un bar-tabac», lancée par Azéma à propos de sa petite-fille asiatique, bah non, Étienne Chatiliez, c'était une mauvaise idée de ressortir Tanguy de la naphtaline. En plus d'être une insulte à tout public, Tanguy, le retour est un film catastrophique qui vous fait regretter qu'il n'y ait pas quelques vannes de plus sur la vessie de Dussollier.

1. «Nous finirons ensemble»

En finir avec la comédie de vacances

Ah, le retour de la comédie dite «film de vacances», véritable fléau du cinéma français. Deux fois moins de spectateurs et spectatrices pour ce Petits Mouchoirs 2, qui ne fait que tutoyer les trois millions d'entrées ce coup-ci. Ça n'a pas sauvé Europacorp, mais ça reste honorable pour ce qui est la suite directe de la «comédie dramatique qui a ému la France».

Guillaume Canet a, semble-t-il, du mal à assumer le côté beauf d'une comédie avec des gens riches en vacances, surtout la sienne. Donc ce coup-ci, il a pris du recul, il a changé. Il n'est plus le seul scénariste à la barre et livre un film pudiquement resserré, de seulement deux heures quinze.

Trois ans après, les mêmes reviennent dans Nous finirons ensemble, y compris le mec à l'accent qui marche pieds nus. Cluzet (avatar n°1 de Canet), investisseur au bord de la banqueroute, veut vendre sa maison en toute discrétion –c'est la seule intrigue du film. Débarquent TOUS ses amis sans exception.

Gilles Lellouche (avatar n°2 de Canet) est devenu une star du ciné. Un bébé sous le bras, certes, mais il dégueule de pognon et loue une villa encore plus grande pour tout le monde. Il a une baby-sitter à son service, qu'il martyrise. Son dédain absolu des petites gens est illustré par les insultes de type: «Ta gueule, Mary Poppins», ce qui reflète le ton général du film.

Marion Cotillard (avatar n°3) est là. À la fois triste, heureuse, casse-bonbons, perdue, moqueuse, fâchée, décidée, tourmentée et joyeuse, elle joue toutes ces émotions, parfois en même temps, avec cris et morve à la clé. Le film nous indique subtilement que c'est une mauvaise mère, mais elle sera guérie à la fin par le pouvoir de l'amitié et du regard plein de jugement de Gilles Lellouche.

Invaincu dans la catégorie du pire acteur de la bande, Magimel (avatar n°..., enfin vous connaissez la suite) assume son homosexualité avec un danseur d'opéra sexagénaire –ce qui ne l'empêche pas de faire du gringue à Cluzet et de déclamer sa flamme à son ex-femme. Ah, l'incorrigible tourmentée qui démolit tout, y compris son fils.

Lafitte est toujours là, et son perso n'a pas évolué d'un iota. Pire, il est au service de Lellouche, qui l'humilie comme tous ses employé·es –sacrés gags, ça aussi. Il va passer la nuit accroché à une bouée, attendant qu'on le sauve de l'eau alors que son bateau a coulé. Franchement, qu'est-ce qu'on se marre. Les vannes d'humiliation, c'est pile ce qui manquait au premier volet.

Cluzet va même tenter de se suicider, mais hé, la corde est trop courte. Hilarant, non?! L'idée même que le meilleur gag soit le vieux sexagénaire qui a un accident de vélo en dit long sur la nullité de cette entreprise dégueulasse.

À la fin, une apparition de Jean Dujardin fait prendre conscience à Cluzet que c'est une belle personne. Il n'a en rien résolu ses problèmes de thunes mais ouf, il la garde, sa maison. Fin de l'histoire. On est content pour lui. Le temps d'un film, le Cap-Ferret est devenu Omaha Beach, où l'humour et le bon goût sont venus s'échouer.

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