FranceCulture

Les sept tentations sérielles de la TNT

Pierre Langlais, mis à jour le 29.03.2010 à 20 h 25

La TNT commence à proposer autre chose que des obscures rediffusions

Pour la quatre-vingt-douzième rediffusion de Magnum, la trois-cent-soixante-treizième rediffusion de Un gars une fille et la programmation des malheureux dix épisodes d'une obscure sitcom ado américaine, la TNT est championne. De Direct 8 à NRJ12 en passant par France 4, Virgin 17 et TMC, la télévision numérique terrestre (généralisée à tous les foyers hexagonaux au 30 novembre 2011) aurait sans doute le plus grand mal à remplir ses grilles de programmes sans séries. Reste qu'après avoir pris tout ce qui lui passait sous la main, la TNT commence doucement à améliorer son offre, précise sa stratégie, et devient un fournisseur de séries intéressant. Sans renier ses premières amours (classiques et séries B), elle se repose désormais sur 7 types de séries (toutes les séries citées sont en cours de diffusion actuellement) :

1. Les « classiques »


 

Par « classiques », entendons des séries piliers, souvent « cultes », plus ou moins bonnes mais identifiables en un clin d'œil, et tellement fameuses qu'on se laissera, au pire, absorber jusqu'à la prochaine page de pub. TMC et Direct 8 sont particulièrement fortes en la matière, la première dans le genre culte kitsch avec Melrose Place ou MacGyver, la seconde dans le genre vintage avec Mission : Impossible ou Drôles de Dames. On peut aussi noter l'inusable Happy Days sur Virgin 17, Les Simpson, qui comblent les grilles de W9, ou encore Friends, dans le même rôle sur NRJ12.

2. Les rediffusions de catalogue


 

La plupart des chaînes de la TNT appartiennent à une grande chaîne. Elles reprennent donc les séries autrefois diffusées sur leur chaîne mère. Ainsi, TMC croule le poids des séries made in TF1 (Navarro, Las Vegas, New York Police Judiciaire, etc.) et France 4 est une machine à faire revivre le France 2 d'il y a cinq ans (Boston Public, Urgences, JAG, mais aussi Plus Belle la Vie côté France 3). W9 prend aussi souvent des airs d'M6 (en ce moment, Smallville). Une série qui se plante sur une grande chaîne aura d'ailleurs de fortes chances de finir sur une petite...

3. Les ratages récupérés


 

Malaimées sur le hertzien, certaines séries renaissent sur la TNT. Parce qu'elles n'ont pas convaincu ici ou aux Etats-Unis (et donc qu'elles ne comptent qu'une poignée d'épisodes), elle sont reléguées sur la TNT. Ce qui ne veut pas dire qu'elles sont mauvaises. Ainsi, NT1 diffuse actuellement Dark Angel (produite par James Cameron, avec Jessica Alba) autrefois membre de la « trilogie du samedi » d'M6, mais maltraitée aux Etats-Unis et relativement méconnue chez nous. Sur France 4, c'est l'échec Joey, pourtant « spin-off » de Friends, qui a le droit à une seconde chance.

4. Les séries trop « segmentantes »


 

C'est le gros mot à la mode, aussi bien en politique qu'en télé. Si on segmente trop, si on s'adresse à une « cible » trop précise, on perd du public. Là où les chaînes américaines basent (en partie) leurs stratégies sur une différenciation avec la concurrence (et donc souvent sur une segmentation), le paf ne jure que par les séries « fédératrices. » Résultat : le segmentant finit sur la TNT. Premier concerné, le public jeune : Hannah Montana et Jonas font ainsi le bonheur des matins d'NRJ12. Autre genre largement ignoré par le hertzien, l'animation, avec notamment Les Griffin (NT1) et leur spin-off American Dad ! (NRJ12).

5. Les troisièmes diffusions relancées


 

Certaines grosses séries n'ont pas la chance de connaître une exposition satisfaisante pour le grand public. D'abord lancées sur des chaînes payantes, puis reprisent à pas d'heures sur le hertzien, elles trouvent enfin sur la TNT une place digne de leur potentiel. Exemple le plus récent, 24h Chrono sur Virgin 17 (annoncée à grands renforts de pubs). Après tout, ceux qui n'ont pas Canal+ et qui ont mieux à faire que de se lever au milieu de la nuit pour voir Jack Bauer sur TF1 ont tout à y gagner. Dans le même genre, France 4 s'est récemment offert Heroes (diffusé... pardon, bazardé au-delà de minuit sur TF1, et repris par SyFy sur le câble).

6. Les inédits (plus ou moins inspirés)


 

Fort heureusement, la TNT parvient à s'approprier, de temps à autres, des séries jamais vues en France - et, dans le meilleur des cas, à les garder. Ainsi, France 4 a la primeur de l'excellent Dr Who, et NRJ12 de son très réussi spin-off Torchwood. Autre exemple (là aussi britannique), Survivors, proposé par NRJ12 récemment. D'autres séries moins glorieuses ont aussi droit à un statut d'inédit sur la TNT, notamment Greek et Samantha Qui ? sur Virgin 17.

7. Des secondes diffusions de grande qualité


 

C'est la tendance la plus récente et la plus réjouissante : la TNT semble s'intéresser aux séries de qualité, à la fois segmentantes, exigeantes et... excellentes, diffusées dans un premier temps sur des chaînes payantes (majoritairement Canal+ et Orange Cinéma Séries). Dernier double exemple en date, Generation Kill et True Blood (dès le 31 mars, pour fêter les cinq ans de la naissance de la TNT sans doute) sur NT1. Une prise de risque de très bon goût, malheureusement gâchée par une diffusion en VF. Mais l'intention est là, et prouve que la TNT, avec un peu d'efforts, pourrait être une seconde fenêtre idéale pour les sériephiles en manque d'œuvres d'auteurs - et non plus seulement un melting-pot légèrement bordélique de tout ce que les grandes chaînes ne veulent plus, ou n'ont jamais voulu, en matière de séries...

Pierre Langlais

Photo: l'équipe de 24h chrono, DR.

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