Les gels désinfectants ne servent à rien
Plusieurs études montrent que se laver les mains avec des gels hydro-alcooliques ne protège pas des virus.
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Vous vous croyiez en sécurité à la maison ou au bureau? Erreur. Vous êtes en danger de mort. Dans un récent - et terrifiant - exposé présenté aux bureaux de la Food and Drug Administration (FDA), le microbiologiste Charles Gerba, auteur de centaines d'articles scientifiques traitant des microbes du foyer, nous explique pourquoi.
Attention: Gerba est un véritable passionné (simple exemple: le deuxième prénom de son fils est Escherichia –le «E.» de «E. coli»). Dans cet exposé consacré aux horreurs de la vie domestique, il explique qu'une éponge à vaisselle et qu'un évier recèlent plus de bactéries qu'un siège de toilettes. Que 10% des torchons de cuisine sont porteurs de salmonelles. Qu'après avoir joué avec d'autres enfants, vos bambins ont plus de bactéries fécales sur les mains que vous lorsque vous sortez des toilettes publiques. Toilettes qui, soit dit en passant, répandent tant de gouttelettes à chaque tirage de chasse que Gerba compare leur dispersion aux confettis «du 14 juillet». Par ailleurs, à chaque fois qu'il a eu l'occasion d'analyser l'eau d'une piscine publique, celle-ci contenait des virus pouvant provoquer de multiples maladies.
Protéger la famille de la saleté?
Tout consommateur désirant contrer cette menace invisible a l'embarras du choix: plus de 700 produits lui proposent de tuer toutes bactéries, champignons et autres virus présents à la maison et au bureau (des appareils à UV sensés débarrasser nos brosses à dent des bactéries aux lave-vaisselles à chaleur stérilisatrice en passant par les paillassons antimicrobiens). Trois Américains sur quatre utilisent quotidiennement six produits de ce type.
Même avant l'épidémie de grippe H1N1, les solutions désinfectantes à base d'alcool connaissaient une croissance annuelle de 53% aux Etats-Unis; les Américains y consacraient chaque année un budget de 117 millions de dollars. Avec l'arrivée de la pandémie grippale, notre microbophobie nationale est tout naturellement montée d'un cran. Le site Web d'information sur la grippe des Centers for Disease Control recommande de désinfecter régulièrement les plans de travail, les meubles des chambres à coucher, les jouets, et autres «surfaces». (En langage marketing, on a donc conseillé aux consommateurs de multiplier leurs «opérations d'essuyage».)
Les responsables de la santé publique ont recommandé un lavage des mains complet et fréquent à l'aide de gel désinfectant. Les fabricants de savons et de désinfectants hydro-alcooliques ont lancé des campagnes de publicités massives pour nous pousser à nous laver les mains encore plus souvent qu'à l'accoutumée. Ces produits, nous disaient-ils, pouvaient protéger nos familles de la saleté qui les menace. Un slogan poétique de Purell rassure ainsi les pauvres microbophobes, vraisemblablement paralysés par la peur: grâce au désinfectant, il est enfin possible d'«imaginer un monde qu'on peut toucher».
Peu ou pas d'effet sur les infections
La vérité est moins lyrique. En 2005, des médecins de Boston ont publié le premier essai clinique portant sur l'utilisation des solutions désinfectantes dans les foyers; ils ont pour ce faire observé environ 300 familles ayant toutes de jeunes enfants en crèche. Pendant cinq mois, la moitié de ces familles a reçu des lots de solutions désinfectantes, en s'engageant à respecter un programme de lavage des mains «des plus vigoureux». Au final, les taux d'infections respiratoires n'ont pas baissé dans ces foyers, ce qui a «quelque peu surpris» les chercheurs. Une étude de l'Université de Columbia n'a pas non plus constaté de réduction des infections les plus communes dans des familles habitant en centre ville –les chercheurs leur avaient fourni des lots de savons antibactériens, de détergents et de matériels de nettoyage. La même année, l'épidémiologiste Allison Aiello (Université du Michigan) a, pour la FDA, résumé les données disponibles sur l'hygiène des mains; dans son exposé, elle souligne que trois études sur quatre montrent que les désinfectants hydro-alcooliques ne permettent pas d'empêcher les infections respiratoires.
En 2008, le groupe de recherche de Boston a répété l'expérience –cette fois dans les écoles primaires– en mettant des lingettes désinfectantes Clorox à la disposition des élèves dans les salles de classe. Une nouvelle fois, les taux d'infections respiratoires demeurèrent inchangés; en revanche, ceux des infections gastro-intestinales (qui sont moins fréquentes que les infections respiratoires) baissèrent quelque peu. Enfin, en octobre dernier, un rapport commandé par la Public Health Agency of Canada a affirmé qu'il n'existait aucune preuve tangible du fait qu'une bonne hygiène des mains permettait de prévenir la transmission de la grippe.
Mais alors, comment en sommes-nous venus à penser que les désinfectants étaient la pierre angulaire de la prévention? L'importance du lavage des mains est bien évidemment prouvée dans certains contextes; en médecine, cette pratique peut même sauver des vies.
En 1847, le médecin hongrois Ignaz Semmelweis a découvert que le fait de se laver des mains à la chlorine entre chaque accouchement permettait de prévenir les infections fatales dans les maternités. (Ses collègues ont rejeté sa théorie, et l'ont finalement envoyé en hôpital psychiatrique; il y mourra des suites de mauvais traitements).
Aujourd'hui, un grand nombre d'études montrent que lors d'essais effectués de façon aléatoire, un lavage des mains méticuleux (lorsqu'il est associé à d'autres mesures anti-infectieuses comme le drapage chirurgical et les gants stériles) permet de réduire les taux de maladies mortelles contractées pendant un acte chirurgical ou lors d'un séjour en unité de soins intensifs. Mais dans les hôpitaux, en dehors de ces essais cliniques, seule la moitié des médecins et des infirmièr(e)s se lavent régulièrement les mains avant de dispenser un soin –et ce en dépit des campagnes d'information. Plus inquiétant: dans les hôpitaux réceptifs aux directives d'hygiène –là où le taux de lavages des mains est passé de 40 à 70%– les chercheurs n'ont pas observé de réduction globale des taux d'infections. En somme, même dans les hôpitaux –environnements hautement réglementés s'il en est–, les vertus tant vantées de l'hygiène des mains sont loin de tenir leurs promesses.
Faut-il pour autant perdre tout espoir en l'hôpital? Bien sûr que non. Il nous faut simplement relativiser l'efficacité des désinfectants hydro-alcooliques, et ce en particulier dans le cadre de la lutte anti-grippe, que ce soit à la maison ou à l'extérieur. Il faut tout d'abord savoir que le virus de la grippe se transmet dans l'air via des micro-gouttelettes (lors d'éternuement, par exemple); peu de risque de l'attraper en serrant une main ou en touchant une surface sale, donc, ce qui limite de fait l'utilité du gel.
Un plan marketing
Par ailleurs, même si la grippe se transmettait par le toucher (ce qui est le cas de la plupart des infections dues à des rhinovirus), les désinfectants n'empêcheraient pas sa propagation. Ils éliminent ces virus dans les laboratoires, mais dans la vie de tous les jours, c'est une toute autre histoire. Un enfant touche sa bouche et son nez toutes les trois minutes en moyenne; adultes et enfants entrent en contact avec trente objets différents chaque minute. Si les hôpitaux sont incapables de forcer leur personnel soignant à se laver les mains entre chaque soin, il serait proprement impossible d'obliger les employés des crèches, les parents et les instituteurs à laver les mains des enfants vingt fois... par heure.
Les fabricants de produits antimicrobiens ont bien évidemment tout intérêt à alimenter notre peur des microbes. Le problème, c'est que pendant l'épidémie de grippe H1N1, les acteurs de la santé publique ont soutenu leur plan marketing sans être certains de l'utilité de ces produits. Une partie des utilisateurs de désinfectants hydro-alcooliques pensaient sans doute en faire assez pour se prémunir de la grippe; ils ont donc remis leur vaccination à plus tard –c'était pourtant la meilleure façon d'empêcher la propagation du virus.
Alors de deux choses l'une: soit vous tombez dans le panneau des publicitaires et vous finissez comme Howard Hugues, le milliardaire obsessionnel; soit vous vous faites vacciner, vous vous lavez les mains avec bon sens (en sortant des toilettes, avant et après les repas), et vous arrêtez de vous ruiner en gel désinfectant. A moins, bien sûr, que vous ne travailliez dans un hôpital.
Darshak Sanghavi
Traduit par Jean-Clément Nau
LIRE EGALEMENT: Les virus sont-ils vivants?
Photo: Hands/St0rmz via Flickr
Mis à jour le 15/03/2010 à 18h27








































L'Afrique m'a appris que le meilleur moyen de se faire des "amis" des microbes est d'être en contact avec eux et de s'immuniser. Trop d'hygiène tue. C'est l'étude d'une blanche ayant vécu longtemps en Europe et ayant fait son autovaccination en Afrique.
La soi disant grippe AH1N1 a été le plus fabuleux business du début du 21è siècle, pour les laboratoires pharmaceutiques et l'OMS.
Quid des suites de la mise en cause de l'OMS sur ce sujet par la CEE ?
Est-ce le testament de l'industrie chimique ?
Bien sincèrement
Je n'ai pas les diplômes pour me permettre un commentaire, mais qui a pensé à analyser bactériologiquement ces gels? Qui a pensé à vérifier l'absence de virus encore plus dangereux dans ces gels ? Quelles impuretés restent-il dans ces gels?
Par quels organismes sont enregistrés les effets secondaires , puisqu'ils touchent de très près à la santé?
Qui vérifie la fabrication de ces gels? un lot peut être très bon et un autre, pour une raison ou une autre moins pur.
En petite question, quelqu'un peut-il nous indiquer la façon d'obtenir les résultats authentiques des expériences de Boston de 2005 et 2008 ? Je pensais avoir lu que l'hygiène excessive augmentait les maladies respiratoires ! et ceci, il y a environ trois à quatre mois. Mais où? et ai-je bien lu?
Chantal: si vraiment le manque d'hygiène permettait d'immuniser contre les maladies infectieuses, l'Afrique aurait beaucoup moins de morts dues à ces maladies que l'Europe; or, ce n'est pas le cas; donc l'hygiène est bien nécessaire pour lutter contre ces maladies.
1/ Très bien cette remise en cause de la pensée dominante sur l'excès d'hygiène à mauvais escient.
Ceci étant, j'ai encore en tête les articles sur l'analyse du nombre d'urines différentes dans nos assiettes de cacahouètes proposée pour accompagner un demi pris au comptoir.
Sans parler des épidémies régulières de staphylocoque doré dans certaine maternité publique parisienne.
2/ De façon très ironique, le magazine de Slate sur iPhone lundi ne proposait rien sur les élections régionales. Par contre, il proposait notamment cet article.
J'ai beaucoup apprécié la vision décalée de l'hexagone que nous proposait Slate ... avant de constater que le site internet était plus conventionnel.
Encore que la remise en cause de "au secours l'extrême droite revient" participe d'une même démarche de remise en cause de la pensée dominante.
Plus on s'isole de notre environnement, plus on affaiblit notre système immunitaire. L'alcool conserve quand on est mort.
Etant médecin, j'ai souvent été surpris de la difficulté que je rencontrais à faire comprendre et accepter mon point de vue par les infirmières avec lesquelles je travaillais : à priori, cela indique que mes explications n'étaient pas suffisament claires, aussi vais-je faire un effort...
Mais il faut dire aussi qu'il est toujours assez ardu de vouloir aller à contre-courant d'un concept lorsqu'il est à une époque donnée la pensée dominante (j'ai le même problème sur d'autres sujets d'actualité...)
Lorsqu'un chirurgien ou une infirmière entrent en salle d'opération pour une intervention chirurgicale, ils se lavent longuement les mains, puis mettent des gants, une blouse et un masque stériles (ils avaient déjà un bonnet sur la tête)
A partir de ce moment, leur obsession va être de rien toucher ou même effleurer qui ne soit strictement stérile : il n'y a pas le moindre virus ou microbe sur leurs instruments qui ont été longuement soumis à une forte température dans une boite fermée. Les draps (champs) qui recouvrent le malade sont stériles, de même que la peau qui va être en contact avec le bistouri a été vigoureusement stérilisée avec un produit iodé.
Si un membre de l'équipe fait la moindre "faute de stérilité " (par exemple se gratte le nez !!!) il est aussitôt considéré comme "contaminé" et au minimum change de gants (ou est expulsé de la salle!)
Le problème est qu'on ne peut voir à l'oeil nu si les microbes que l'on vient d'effleurer sont vraiments méchants ou non : être "un petit peu stérile" n'a pas de sens : on l'est à 100% ou on ne l'est pas...!!!
En chirurgie orthopédique, on s'intéresse même aux micobes qui pourraient être transportés par l'air...
Que ce soit dans une crèche ou à votre domicile, le problème est exactement le même : en supposant que les gels hydro-alcooliques soient à 100% efficaces (ce qui n'est pas le cas), dès que vous touchez un objet quelconque de votre environnement qui n'est pas stérile (aucun ne l'est dans votre maison et les jouets de la crèche sont un florilège de l'ensemble des enfants) vous perdez immédiatement et complètement le bénéfice de votre lavage et désinfection des mains.
Si le lavage des mains et les gels hydro-alcooliques sont si populaires dans les hopitaux, c'est parce qu'ils ajoutent une forte surchage de temps de travail pour le personnel , mais ne coûtent matériellement pas chers...Cependant les services qui se limitent à cela ont de mauvais résultats au point de vue infections nosocomiales et les rares qui en veulent plus sont beaucoup plus techniques !
Un médecin qui se lave soigneusement les mains avant chaque malade, mais écrit avec le même stylo tout au long de sa visite et ausculte tous ses patients avec un seul et unique stéthoscope est tout simplement au choix : ridicule, pathétique, désinvolte ou dérisoire...( mes excuses auprès de mes confrères...)
J'espère que vous m'avez vous compris...
Bonsoir Monsieur Gautama, Je pense qu'il faut mettre à part les endroits où l'on bidouille avec des antibiotiques et désinfectants. Votre insistance prouverait qu'il faut également se méfier des endroits où peuvent être transporté ces microbes ultra-résistants.
Mais, dans notre nature, à la campagne , loin de tout centre d'élevage et centre hospitalier et de tout personnel soignant hospitalier , on peut supporter sans problème une charge de microbes puisque les nôtres, dont nos deux kilo dans notre tube digestif, nous défendent. De plus, un pan entier de votre pathologie pourrait être amélioré grâce à des microbes dont des maladies graves. Je crois que cela se nommait vers 1998, les probiotiques. C'était la Faculté de Liège qui était au centre de ces recherches. Je crois me souvenir qu'on y parlait de lupus, de diabètes gras...mais, je vous laisse entre médecins.
Je reviens donc , à mes quatorze ans où mon corps fut rendu à mes parents pour faire 'les papiers' à la maison puisqu'aucun antibiotique n'agissait plus .'Un simple aller retour de cent kilomètres a permis à un médecin homéopathe de me mettre trois granules sous la langue . Il n'était pas revenu à son cabinet et j'ouvrais les yeux. Il existe donc un pan entier que la médecine officielle semble négliger mais, renseignements pris, il faut plusieurs années pour comprendre les traitements homéopathiques. Il semble donc plus facile de les dénigrer. De plus, j'ai lu une réussite avec un traitement à base d'argile par Madame De Coursou, sur l'ulcère de Buruli applaudie à l' OMS par les spécialistes, en 2002 et en 2005 mais sur place, il semble que ce traitement ne soit pas appliqué. Je finis donc, sans mes diplômes de médecin, par croire que nos spécialistes ne savent pas encore grand chose sur notre environnement avec lequel et dans lequel nous nous devons de vivre. Il faut que la recherche poursuive dans ce sens et non vers toujours de nouveaux antibiotiques et antiseptiques qui n'ont que leur prix très élevé comme avantage...pour le laboratoire bien sûr!