Culture

Ungaro a perdu son âme une seconde fois

Temps de lecture : 2 min

Le couturier fondateur de la maison qui porte son nom aura eu la tristesse de voir que ce qu'il avait créé n'avait plus rien de ce qu'il avait imaginé pour la mode.

Emanuel Ungaro et ses mannequins applaudissent à la fin du défilé de présentation de sa collection automne-hiver 1997-98, le 16 mars 1997 à Paris. | Pierre Verdy / AFP
Emanuel Ungaro et ses mannequins applaudissent à la fin du défilé de présentation de sa collection automne-hiver 1997-98, le 16 mars 1997 à Paris. | Pierre Verdy / AFP

Disparu le 22 décembre 2019, le couturier Emanuel Ungaro a malheureusement eu le temps d'assister au déclin de sa maison à la suite de son rachat en 1996. La succession d'un grand nombre de créateurs à la direction artistique, la perte progressive de l'ADN de la marque, de mauvais choix ont conduit à ce qu'une marque phare de la haute couture française perde toute son importance et devienne une coquille quasi vide.

Ce résultat est symptomatique de ce que les achats dans le secteur de la mode, sans doute à visée purement mercantile, peuvent malheureusement produire. Il ne suffit pas d'un nom pour qu'une maison prolonge avec succès son histoire.

D'origine italienne, Emanuel Ungaro apprend d'abord les rudiments du métier avec son père, tailleur. Il poursuit sa formation aux côtés de Balenciaga, le maître du vêtement architecture, puis chez Courrèges qui lançait alors la mode sur la voie du futur. Ungaro décide d'ouvrir sa maison de couture en 1965 sans sacrifier au futurisme ambiant, mais en s'inscrivant dans le droit-fil d'une mode d'élégance et de féminité.

Il crée sa signature, fusionnant la maîtrise de la technique de la coupe avec des qualités remarquables de coloriste. Il privilégie les imprimés avec très souvent un rose à foison. Pour accentuer la féminité, il utilise également une technique de drapés. Muse et amie, Anouk Aimée porta très souvent ses créations notamment au cinéma pour Viva la vie, Un homme et une femme: vingt ans déjà...

En 1996, la maison est rachetée par le groupe Ferragamo pour accélérer le développement de la marque. Ungaro crée encore un peu, mais des différences de vue se font jour. Déjà engagé en 1997, Giambattista Valli est nommé directeur artistique en 1998 et prend les rênes du prêt-à-porter en 2001, Ungaro se consacrant alors à la seule couture jusqu'en 2004. Cette année-là, le fondateur décide de partir et de laisser sa maison à un autre destin, sans lui.

Triste sort

La suite de son nom est probablement le summum des errances que peut vivre une maison quand des propriétaires cherchent sans trouver. Un nom ne se suffit pas à lui-même, il faut que ce qui est proposé sous son ombrelle soit cohérent ou bien en rupture mais créatif.

Pour succéder à Ungaro débarquent pléthore de créateurs avec les nouveaux acheteurs (Asim Abdullah) à partir de 2005, Ferragamo continuant encore un temps les licences cuir et parfums. Vincent Darré, venu de chez Moschino, succède à Giambattista Valli. Avec lui, les codes maison dont les imprimés signature disparaissent. En 2006, c'est l'arrivée de Peter Dundas; en 2007, Esteban Cortázar.

2009 est une année noire avec le choix d'une Lindsay Lohan plus connue pour ses frasques que pour son talent. Pour que la création tienne néanmoins la route, la styliste Estrella Archs rejoint la maison. Catastrophique, le résultat du défilé est violemment critiqué autant par les acheteurs et acheteuses que par la presse.

Emanuel Ungaro sort même de son silence: «La collaboration avec Lindsay Lohan est un désastre. Je suis furieux mais je ne peux rien y faire. Je n'ai plus aucun lien avec la maison.» Lindsay Lohan remerciée, la valse de nouveaux créateurs a repris son cours avec Giles Deacon en 2010. En 2012 est signé un partenariat avec Aeffe en Italie pour la production et pour relancer la marque, mais l'accord prend fin en 2015. Et si Fausto Puglisi est alors nommé à la création, lui succède en 2017 Marco Colagrossi, qui quitte le navire un an plus tard. Depuis, la création se fait en interne.

Jamais une maison de mode ne vit un turnover aussi important de créateurs, ne laissant jamais une histoire prendre le temps de s'écrire, engageant et virant à tour de bras. Emanuel Ungaro eut la tristesse de voir que ce qu'il avait créé et qui continua à porter son nom n'avait plus rien à voir avec ce qu'il avait imaginé pour la mode. Le sort du nom d'Ungaro est le triste exemple d'une maison sans tête dont les membres bougent encore un peu avec les licences, les accessoires, mais où la mode ne vibre plus.

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