Culture

Les 10 meilleurs épisodes de séries de la décennie

Temps de lecture : 10 min

Des épisodes expérimentaux, bouleversants, parfaitement écrits, et tellement bons que vous pouvez les regarder sans avoir vu le reste de la série.

Kevin face à Patti enfant dans «International Assassin», épisode 8 de la saison 2 de The Lefotvers. | Capture d'écran via YouTube
Kevin face à Patti enfant dans «International Assassin», épisode 8 de la saison 2 de The Lefotvers. | Capture d'écran via YouTube

Ces dernières années, l'arrivée des plateformes de streaming et l'invasion des stars de cinéma ont provoqué des bouleversements inédits dans l'industrie des séries. Désormais, beaucoup de fictions télé tendent vers une sérialisation à l'extrême, où les séries sont moins regardées de semaine en semaine avec une vraie construction épisodique, et où beaucoup de créateurs et de créatrices décrivent leurs œuvres comme des films de dix heures. Pourtant, la notion d'épisode individuel a toujours été ce qui fait la force des séries; la possibilité d'utiliser un format court pour développer une histoire à l'infini.

C'est pour rendre hommage à ce pur format sériel que nous avons voulu sélectionner les dix meilleurs épisodes de la décennie. Des épisodes expérimentaux, bouleversants, parfaitement écrits, et tellement bons que vous pouvez les regarder sans avoir vu le reste de la série (même si, on est d'accord, c'est encore mieux si vous avez le contexte qui va avec). Et si choisir parmi des séries qu'on aime est toujours cruel, on doit avouer que ces épisodes préférés nous ont tant marqués qu'ils se sont imposés d'eux-mêmes.

Deux petites notes avant de passer à notre sélection. D'abord, pour éviter les répétitions, on a décidé qu'on ne pouvait sélectionner qu'un seul épisode par série. Ensuite, cette liste n'est pas un classement mais une vue d'ensemble des meilleurs chapitres sériels de ces dernières années. Parce que les séries dont on parle ne jouent souvent pas dans le même registre et que les opposer pour les classer serait à nos yeux arbitraire et absurde.

«That's too much, man» – BoJack Horseman

Dans un océan d'épisodes plus tragiques les uns que les autres, «That's too much, man» reste le volet le plus dévastateur de BoJack Horseman, et celui qui redéfinit tout le reste de la série. C'est dans celui-ci que BoJack touche véritablement le fond, entraînant dans sa déchéance Sarah Lynn, avec qui il partage une relation paternelle compliquée.

Celle qui jouait sa fille à l'écran est désormais devenue une jeune femme avec des problèmes d'addiction, et alors qu'elle est sobre depuis neuf mois, BoJack l'entraîne dans sa chute au cours d'une beuverie de plusieurs semaines. Soûl et défoncé, l'acteur décide de rendre visite à toutes les personnes qu'il a blessées sous prétexte de leur présenter ses excuses, mais se comporte en fait de manière répugnante et les déçoit encore plus.

La cuite culmine lorsque Sarah Lynn décide de prendre de l'héroïne appartenant à BoJack, et finit par mourir d'une overdose dans les bras de ce dernier. Le pire, c'est que comme tous les meilleurs volets de la série, celui-ci contient des blagues particulièrement drôles, rendant l'horreur finale encore plus lancinante.

«The Suitcase» – Mad Men

Mad Men a toujours été l'histoire de Don Draper et Peggy Olson: lui, de son inévitable chute, elle, de son irrésistible ascension. «The Suitcase», l'épisode qui marque le milieu de la série (le 46e sur 92), est le point de rencontre de leurs trajectoires croisées. Un tête-à-tête transcendant, tour à tour âpre et tendre, entre les deux personnages.

Don, en plein déni face à la mort de son amie Anna, prétend se plonger dans le travail pour éviter la réalité. Et quand Peggy, dont c'est l'anniversaire, se retrouve embarquée dans son sillon, des mois d'aigreur remontent à la surface. La jeune femme reproche à son mentor son manque de reconnaissance et la réponse de celui-ci, devenue culte –«That's what the money is for!» («C'est à ça que sert l'argent!»)– résume bien la distance émotionnelle caractéristique de Don. Mais les deux personnages ont plus de choses en commun qu'ils ne veulent l'admettre.

Comme Don, Peggy est plus à l'aise au travail que dans sa vie privée. Comme lui, elle est dévorée par l'ambition et l'envie d'appartenir à un monde qui n'a jamais vraiment voulu d'elle. Ensemble, ils partagent une nuit totalement platonique mais d'une intimité bouleversante, oubliant tout rapport de pouvoir et se révélant l'un à l'autre. Ils se quittent au petit matin, chacun avec la certitude d'être un peu moins seul et d'avoir quelqu'un qui le comprend.

«Part 8» – Twin Peaks: The Return

Twin Peaks: The Return aurait pu ressembler à une énième suite de série des années 1990, bourrée de fan service, sans rien de neuf à proposer. Sauf que David Lynch, qui avait été traumatisé par le contrôle de la chaîne lors des deux saisons originales, a obtenu carte blanche pour ce retour si attendu. Et il la rentabilise amplement, avec une proposition radicale qui défie toute notion préexistante de ce qu'un épisode de télévision est censé pouvoir faire.

Après s'être ouvert sur un concert de Nine Inch Nails, «Part 8» nous envoie au Nouveau-Mexique en 1945 et nous place au cœur du premier essai atomique, le reliant à la naissance de Bob, le démon de la série (si vous avez jamais regardé la série, cherchez pas à comprendre). Le réalisateur floute la frontière entre épisode de série et installation artistique avec ces longues minutes expérimentales, peut-être les plus radicales de sa filmographie (c'est dire).

Au cours de ses dix-huit épisodes, The Return nous aura offert un peu de fan service, beaucoup de mystères, mais aussi et surtout une réflexion sur la nature même du divertissement télévisuel. Ce n'est certainement pas pour tout le monde, mais ça ne ressemble littéralement à rien d'autre, et ça, à l'ère de la Peak TV, c'est assez remarquable.

«International Assassin» – The Leftovers

Damon Lindelof, qui a fait ses armes sur Lost, a toujours aimé provoquer et repousser les limites de notre imagination. Il le prouve amplement avec cet épisode où Kevin se réveille dans une baignoire remplie d'eau et réalise rapidement qu'il s'est retrouvé dans un monde parallèle après avoir avalé du poison.

Dans cet univers, Kevin est un assassin international et pour pouvoir s'échapper de ces limbes, il a une mission: tuer Patti, son antagoniste depuis deux saisons. Plus l'épisode progresse, plus l'absurdité de la situation laisse place à une profonde mélancolie (un sentiment auquel tou·tes les fans de la série sont désormais habitué·es). Quand Patti prend le visage d'une enfant, toute la vulnérabilité du personnage, une ancienne femme battue devenue puissante quand le reste du monde a été anéanti, est révélée. Kevin réalise alors qu'il doit perdre un peu de lui-même pour se débarrasser de celle qui le hante depuis des mois.

Ambitieux et dévastateur, «International Assassin» a totalement redéfini ce que The Leftovers était capable de faire, et nous a offert un des épisodes de télévision les plus surréalistes et émouvants de la décennie.

Saison 2, épisode 1 – Fleabag

Quand Phoebe Waller Bridge a annoncé le retour de sa brillante comédie pour une deuxième saison, on a eu un peu peur qu'elle ne soit pas à la hauteur de son remarquable premier chapitre. Heureusement, toutes nos inquiétudes ont été balayées par cet épisode à l'écriture millimétrée, qui dépasse toutes nos espérances.

L'action se déroule lors du dîner de fiançailles du père de Fleabag et de sa belle-mère. Tous les personnages de la première saison sont là, et tous leurs bagages, leurs non-dits et leurs rancœurs aussi. Pendant un peu plus de vingt minutes, les répliques fusent, plus brillantes les unes que les autres. Olivia Colman est jouissive dans le rôle de la belle-mère perfide, Sian Clifford est toujours aussi excellente dans celui de la sœur de Fleabag, tellement réprimée qu'elle préfère ignorer sa fausse couche que demander de l'aide, et Phoebe Waller Bridge continue à nous émerveiller en incarnant son propre texte à la perfection.

Mais la révélation de cet épisode, et de la saison à venir, c'est Andrew Scott dans le rôle d'un prêtre, à la fois irrévérencieux et charmant, qui a tout de suite une alchimie électrique avec notre héroïne. Un épisode jubilatoire du début à la fin.

«START» – The Americans

Bien conclure une série est un défi que même les plus grandes comme The Wire ou The West Wing ont eu du mal à relever. Alors le fait que le dernier épisode de The Americans, une série constamment excellente, devienne instantanément son meilleur, est une prouesse encore plus impressionnante.

Dans ce final, tous les personnages sont forcés de «décevoir des gens qui [leur] font confiance», pour reprendre une citation de l'agent Aderholt. Alors qu'Elizabeth, Philip et Paige doivent fuir le pays dans l'urgence pour échapper au FBI, elles prennent la décision d'abandonner Henry, qui n'a jamais connu la véritable identité de ses parents. Lors d'une confrontation à couper le souffle qu'on attendait depuis le premier épisode, Stan découvre que son meilleur ami lui a menti depuis le début.

Mais la trahison la plus terrible de «START» se produit à la toute fin, lorsque Paige choisit à la dernière minute d'abandonner ses parents pour rester aux États-Unis. Quand Elizabeth et Philip arrivent finalement à Moscou, ayant perdu toutes les personnes qu'ils aimaient pour un pays qui n'est plus vraiment le leur, impossible de ne pas se demander si tout ça n'aura pas été en vain.

«Teddy Perkins» – Atlanta

La saison 2 d'Atlanta, intitulée «Robbin' Season», restera comme un des événements télévisuels majeurs de la décennie. Chaque épisode peut se regarder comme un court-métrage indépendant, jusqu'au final qui entremêle brillamment les pistes lancées au début de la saison. On aurait donc pu choisir n'importe quel volet pour cette liste.

Mais «Teddy Perkins» est sans doute celui qui illustre le mieux les envolées à la fois lyriques, absurdes et dérangeantes de la série. On y suit Darius, un personnage secondaire, qui se rend dans un manoir pour répondre à une petite annonce. Il se retrouve alors prisonnier du propriétaire des lieux, une figure pâle et inquiétante qui rappelle Michael Jackson et qui a comme point commun avec ce dernier une relation complexe avec son père. Ce pianiste déchu et dérangé éprouve ainsi une fascination pour les parents tyranniques de célébrités (par contre, pour son goût prononcé pour les œufs d'autruche à la coque, on n'a pas trouvé), et souhaite même créer un musée en leur honneur.

Dans cette demi-heure tendue inspirée par des classiques de l'horreur, Donald Glover et son réalisateur Hiro Murai offrent un commentaire virulent sur l'art, l'industrie du divertissement, et leur tendance à broyer des enfants en échange d'un peu de succès.

«Chicanery» – Better Call Saul

Rares sont les séries dont on connaît la fin avant même de les regarder. C'est le cas de Better Call Saul, qui revient sur le passé de Saul Goodman, l'avocat véreux de Breaking Bad, alors qu'il s'appelait encore Jimmy McGill et n'était pas tombé dans la criminalité. Connaître dès le début la future déchéance morale du personnage rend sa trajectoire d'autant plus tragique. L'un des éléments déclencheurs de cette chute est la rivalité entre l'antihéros et son frère Chuck, et «Chicanery» est le point culminant de leur guerre intestine.

Chuck traîne Jimmy devant la justice, l'accusant d'avoir trafiqué des documents légaux. L'épisode se déroule lors de leur face-à-face au tribunal et voit la relation entre les deux hommes se déliter jusqu'à un point de non-retour. Ce point, on l'atteint lorsque Jimmy, qui veut désespérément rester avocat, humilie publiquement Chuck en exposant sa maladie mentale pour le décrédibiliser face au tribunal. L'ironie de l'histoire, c'est que si la maladie de Chuck et sa haine envers son frère sont bien réelles, sa version des faits l'est aussi.

La conclusion de l'épisode est terriblement cruelle pour les deux frères. Chuck, si fier, perd son dernier semblant de dignité. Quant à Jimmy, il a beau avoir remporté le duel légal, il doit désormais vivre avec sa culpabilité. Shakespeare n'aurait pas rêvé mieux.

«Remedial Chaos Theory» – Community

À chaque fois qu'on voit un épisode d'une heure dix où quasiment rien ne se passe, on pense à Remedial Chaos Theory. En vingt minutes, cet épisode nous offre sept chronologies différentes, de nombreuses blagues hilarantes et une morale d'une profondeur insoupçonnée.

L'action se déroule lors la pendaison de crémaillère de Troy et Abed. Tout le groupe est là, et lorsque Jeff propose de lancer un dé pour désigner la personne qui devra descendre chercher les pizzas, Abed prévient: «Tu vas créer six chronologies différentes.» Le reste de l'épisode est consacré à ces timelines alternatives, où une personne différente est désignée à chaque fois. Si chaque réalité a ses propres intrigues, des conflits émergent dans le groupe dans chacune d'entre elles. Mais il existe une septième chronologie, celle où Abed interrompt le lancé de dé et dévoile le subterfuge de Jeff.

Lorsque ce dernier, le plus négatif du groupe, quitte la pièce, quelque chose de magique se passe: personne n'est là pour casser l'ambiance et interrompre Britta quand elle se met à chanter. Tout le groupe se joint alors à elle et on se retrouve face à la seule réalité sans conflit ni rancœur. Un chef-d'œuvre de construction scénaristique doublé d'un hymne brillant contre le cynisme.

«The Rains of Castamere» – Game of Thrones

Si on devait choisir l'épisode le plus influent de la décennie, ce serait celui-ci, la scène du Red Wedding n'ayant pas fait que bouleverser l'univers de Game of Thrones mais aussi celui des séries. Tout était désormais possible et tout le monde (y compris GoT, dans ses saisons suivantes) a rêvé de surpasser ce moment culte.

En quelques minutes, la supernova d'HBO a ainsi éliminé une bonne partie de ses héro·ïnes dans une scène tellement violente qu'elle a laissé des millions de fans exsangues et sous le choc. Depuis la mort de Ned Stark, on savait que George R. R. Martin n'obéissait pas aux règles traditionnelles des récits épiques, où le héros droit et moral finit toujours par l'emporter. Rien ne pouvait cependant nous préparer à l'exécution de Robb, Catelyn et Talisa, trahies par leurs propres hommes.

Mais ce qui rend cet épisode d'autant plus exceptionnel, c'est que chaque minute qui mène à cette scène finale est pensée pour en souligner encore plus la cruauté –de l'espoir déchirant d'Arya quand elle pense enfin retrouver sa famille, à la réunion manquée entre Jon, Bran et Rickon dans le Nord. Une heure très douloureuse pour les Stark mais qui a fait entrer Game of Thrones dans le panthéon des séries télé.

Mentions spéciales à:

  • «Flu Season» – Parks and Recreation
  • «Dramatics, Your Honor» – The Good Wife
  • «Ronny/Lily» – Barry
  • «This Is Not For Tears» – Succession
  • «Thanksgiving» – Master of None
  • «The Weekend» – Homeland
  • «Smoke and Mirrors» – The Crown
  • «American Bitch» – Girls
  • «Goodwill» – Halt and Catch Fire
  • «San Junipero» – Black Mirror
  • «The Ghost Is Seen» – Enlightened
  • «Optimal Tip To Tip Efficiency» – Silicon Valley
  • «Chapter 1: Homecoming» – The OA
  • «Veep» – Veep
  • «Pickle Rick» – Rick et Morty
  • «This Extraordinary Being» – Watchmen

Tous les mercredis, Anaïs Bordages et Marie Telling décryptent pour Slate.fr l'actu des séries avec Peak TV, une newsletter doublée d'un podcast.

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