Santé

L'acné hormonale, une guerre des boutons sans fin

Temps de lecture : 8 min

L'adolescence passée, on s'attend à dire adieu à l'acné. C'est sans compter sur l'acné hormonale, qui vient alors prendre le relais dans une course à l'épuisement moral et financier.

Si le parcours est difficile, ce sont avant tout les injonctions qui causent le plus de souffrances. | Audrey Jackson via Unsplash
Si le parcours est difficile, ce sont avant tout les injonctions qui causent le plus de souffrances. | Audrey Jackson via Unsplash

Tous les recours auront été épuisés. Des procédés naturels aux peelings les plus agressifs, en passant par les comprimés par voie orale et les crèmes en tout genre, rien ne fonctionne, les comédons et autres kystes sont là et ne semblent pas vouloir prendre congé. «Pour moi, c'est par cycle, je sais que je vais avoir du répit pendant deux ou trois jours, entre l'ovulation et mes règles, mais en dehors de ça, impossible d'avoir une peau nette», déplore Morgane, 31 ans.

Dans sa salle de bains, les produits cosmétiques s'amoncellent. L'avocate en est au troisième dermatologue consulté en quatre ans. À chaque rendez-vous, le même constat: «Vous souffrez d'acné hormonale, on peut l'atténuer, mais pas la stopper.» Face à cette maladie de peau, bien des personnes se retrouvent en souffrance, sans solution efficace.

Qu'est-ce que l'acné hormonale?

«Si on sait que l'acné adulte a un lien avec les variations hormonales, on ne connaît à ce jour pas le lien réel entre les deux», expose la docteure S., dermatologue depuis maintenant douze ans. À la puberté, filles et garçons se retrouvent plus ou moins égaux face à cette affection cutanée: près de 70% des jeunes y sont confronté·es. En cause? Un pic d'androgènes, à l'origine de la stimulation de sébum et donc de l'apparition des fameux boutons. Ceux-ci peuvent se situer sur le visage, le cou, le décolleté et descendre jusque dans le dos et sur les fesses. Plus rarement, on peut également en trouver sur le ventre et les bras.

L'acné hormonale dite «adulte» se démarque de cette acné adolescente, déjà hormonale, par sa répartition bien spécifique, touchant particulièrement les personnes réglées et/ou sous traitement hormonal. «C'est là que l'on note le rôle fondamental des hormones dans l'apparition de l'acné, pointe la docteure S., chez un homme cisgenre, par exemple, le taux d'hormones va en règle générale se stabiliser à l'âge adulte, et l'acné va régresser avant de disparaître.»

La dermatologue explique également que chez les personnes sous traitement hormonal, les premières années dudit traitement peuvent laisser apparaître une acné plus ou moins sévère, selon les variations de taux d'hormones administrées. «Chez les femmes cis sans contraceptif hormonal anti-androgénique, le problème va encore plus loin» poursuit-elle, puisque les fluctuations hormonales cycliques viennent perturber les glandes sébacées et ce, jusqu'à la ménopause.»

Pourtant, les traitements semblent se distribuer à la pelle, et par beaucoup de praticien·nes. En revanche, au niveau des résultats, les patient·es ont bien des choses à redire.

«J'ai tout essayé, ça revient à chaque cycle»

Retour dans la salle de bain de Morgane, où la montagne de traitements cutanés parle d'elle-même. «À vue de nez, je dirais que j'ai dû dépenser pour plus de 700 euros de crèmes et pilules contre l'acné, c'est plus que mon budget vêtements sur deux ans, mais au moins les vêtements ont servi à quelque chose, eux, ironise-t-elle. J'ai tout essayé, ça revient à chaque cycle.» On lui a d'abord conseillé de l'huile d'arbre à thé: raté. Puis une crème aux huiles essentielles: poubelle. Et enfin, du zinc gluconate: encore une fois, ça rate.

L'approche la plus souvent recommandée auprès des personnes réglées est «d'éviter les pilules androgéniques et de bénéficier d'un traitement hormonal contenant un anti-androgène», selon le syndicat national des dermatologues vénéréologues. Problème: les traitements hormonaux androgéniques sont les seuls à être remboursés, et tout le monde ne supporte pas les traitements adéquats.

«Globalement, c'est comme si j'avais un coup de soleil sur le visage depuis un mois.»
Claire, 23 ans

C'est le cas de Claire, 23 ans, à qui l'on a conseillé de prendre la pilule pour réduire son acné. La jeune femme a toujours refusé cette option, «notamment à cause des effets secondaires et des risques». Suivie depuis peu par une dermatologue, elle a alors opté pour un traitement de trois mois à base d'antibiotiques et de gel «censé décaper la peau pour mieux la traiter en profondeur».

Encore une fois, cette période est loin d'être une partie de plaisir pour Claire, qui confie: «Globalement, c'est comme si j'avais un coup de soleil sur le visage depuis un mois.» Elle n'a, en outre, aucune assurance que ce traitement fonctionne à terme. S'il échoue, la seule option restante, selon sa dermatologue, sera la contraception hormonale et le Roaccutane, traitement controversé à cause de ses nombreux effets secondaires, parfois très lourds.

Si le parcours des patient·es atteint·es d'acné semble déjà tumultueux, il l'est d'autant plus au moment de se frotter aux médecines alternatives, bien présentes sur le marché des affections cutanées hormonales.

Naturopathie, homéopathie et couleuvres à ne pas avaler

«Depuis cinq mois, je suis Camille, une patiente qui revient de loin», raconte la docteure S. «Son parcours, c'est celui de beaucoup de patients, et ça me révolte.» Camille, 28 ans, n'a pu poser un mot sur ses déboires cutanés qu'au moment de sa rencontre avec la docteure S., après cinq ans de rendez-vous auprès de praticien·nes en tout genre. «J'ai d'abord vu des dermatologues, qui n'ont rien pu faire pour moi, et m'ont laissée tomber assez rapidement. Avec eux, c'était soit les traitements lourds, soit la petite crème inefficace, détaille la jeune femme, j'ai fini par me tourner vers des “médecines alternatives”.»

D'abord, l'homéopathie. C'est son médecin généraliste qui lui en prescrit après l'avoir reçue en pleurs dans son cabinet. «J'étais à bout, je n'avais qu'une envie, c'était de m'arracher la peau tellement je n'en pouvais plus», confie Camille. Curieuse, elle se renseigne rapidement, et voit ses espoirs s'envoler au fil de ses recherches.

Elle se tourne alors vers un naturopathe, qui lui prescrit des jus à boire le matin, un régime spécial, et une série de séances où il l'incite à se livrer sur son passé et son intimité. «C'était très gênant, j'ai demandé plusieurs fois à ne pas opérer cette partie-là du “traitement”, mais il me répétait que c'était essentiel et que mon acné était révélatrice d'événements passés de ma vie», soupire-t-elle.

«Aucun régime ou jus détox ne peut régler ça, c'est de l'intox complète.»
Docteure S., dermatologue

À l'évocation de cet épisode, la docteure S. réagit, excédée: «Non seulement ces séances sont onéreuses, mais elles donnent en plus une image complètement fausse de l'acné, qui voudrait que le problème vient du ou de la patiente, soit précisément l'inverse de ce qu'est cette maladie», assure-t-elle.

La spécialiste a depuis pris contact avec le naturopathe pour lui faire part de son mécontentement, et de la reprise du suivi de Camille. «Sa réponse a été très simple: des insultes et des menaces», sourit-elle. Et de rappeler que cette maladie, loin d'être due à un manque d'hygiène, trouve ses racines en interne, auprès des fluctuations hormonales. «Aucun régime ou jus détox ne peut régler ça, c'est de l'intox complète ou un effet placebo qui viendra réduire un stress chez le ou la patiente, et donc une partie de son acné, mais jamais la totalité», appuie-t-elle.

Aujourd'hui, Camille a opté pour une contraception hormonée contenant un anti-androgène, tout en étant suivie de près sur le plan psychologique et médical. «Le ou la patiente doit être remise au cœur du processus de décision, indique la docteure S., c'est suffisamment pénible de s'entendre dire ce que l'on devrait faire au quotidien concernant l'acné, il faut que le traitement diffère de tout cela.»

Prendre le temps d'expliquer chaque option, ses avantages et ses inconvénients, voilà ce que préconise avant tout la spécialiste, déplorant les préjugés envers ce qu'elle décrit comme «une maladie simplement connue de nom, et non un problème d'hygiène».

Fatigue nerveuse et dermatillomanie

Cette image sale de l'acné, Claire en a fait les frais. La jolie brune est confrontée à cette maladie depuis ses premières règles, à 14 ans. «Mon acné est clairement mon plus gros complexe, lance-t-elle, j'ai extrêmement de mal à sortir de chez moi sans maquillage.» La jeune femme confie n'avoir pas osé se mettre en débardeur ou en maillot de bain pendant longtemps, son acné étant également localisée dans le dos, sur son décolleté et ses épaules.

Plus problématique encore, c'est au niveau professionnel que cette affection lui cause bien du tort. «Aujourd'hui, j'ai 23 ans et je suis consciente que l'acné me donne une bouille d'ado, un air juvénile, déclare-t-elle. En pleine recherche d'emploi, ça nuit clairement à ma crédibilité.»

«C'est plus fort que moi, je scrute chaque centimètre carré de ma peau, j'enlève ce que je peux enlever.»
Leïla, 33 ans

L'acné constitue ainsi, selon sa sévérité, un véritable handicap au quotidien, que ce soit par son côté inesthétique mais aussi par la douleur qu'elle provoque chez les patient·es qui en souffrent. Leïla, 33 ans, se réveille chaque nuit pendant la semaine qui précède ses règles. C'est la douleur, provoquée par les kystes inflammés sous sa peau à l'approche de ses menstruations, qui vient la tirer de sa torpeur. «C'est une douleur vive qui survient dès que la partie inflammée entre en contact avec quoi que ce soit, même mon oreiller», détaille-t-elle.

Pour y remédier, Leïla n'a trouvé qu'une technique, pourtant fortement déconseillée, et devenue «une sorte d'addiction» selon ses propres mots: la dermatillomanie, ou l'obsession de percer ses boutons. «On le déconseille, parce que lorsque ce n'est pas pratiqué par un spécialiste, on déchire des tissus pour faire rentrer des bactéries, et ça finit par s'infecter ou créer de profondes cicatrices», précise la docteure S. Mais pour Leïla, impossible de s'en empêcher. «C'est plus fort que moi, je scrute chaque centimètre carré de ma peau, j'enlève ce que je peux enlever, puis je désinfecte tout et j'hydrate.»

Conduit·es par une fatigue nerveuse intense, les patient·es souffrant d'acné peuvent développer bien des obsessions de ce genre. De la dermatillomanie aux lavages intensifs et décapants, ces manies sont souvent motivées par les propos tenus en société, comme l'expliquent les interviewées.

«J'aimerais vraiment qu'on intègre un peu plus le fait que l'acné est une maladie, et que ça ne se résume pas à “il faut mieux se démaquiller et se laver le visage”, déplore Claire. Il n'y a rien de pire que les gens bien intentionnés qui te disent “j'ai ce gel nettoyant qui a super bien marché sur mes petits boutons, je te le prête si tu veux”, alors que toi tu as déjà testé à peu près tous les nettoyants anti-acné de ta pharmacie.»

De son côté, Leïla aimerait que cessent les injonctions aux hygiènes de vie diverses et variées. «Je suis le Wikipédia des régimes alimentaires, plaisante-t-elle, j'ai tout testé, vous pouvez me demander, et ça n'a rien changé.»

L'acceptation

Pour Morgane, «marre d'attendre le traitement miracle»: l'avocate a envoyé valser les préjugés par la force d'un suivi psychologique et s'assume aujourd'hui pleinement. Si le parcours a été difficile pour elle, ce sont avant tout les injonctions qui lui ont causé le plus de souffrances. «L'acné, on la vit mal à cause du regard des autres, souffle-t-elle, on n'en parle pas, et ça devient un sujet de ricanements, de critiques et surtout de fausses idées.»

À chacun·e sa technique. Pour Claire, ce sera le maquillage, même si, depuis le début de son traitement, elle affirme oser «assumer [son] visage démaquillé». C'est «comme si le fait d'être sous antibiotiques et d'utiliser un traitement topique délivré uniquement sous ordonnance me réconfortait dans le fait que ce n'est pas de ma faute, ce n'est pas moi qui ne sais pas prendre soin de ma peau, c'est une maladie», déclare la jeune femme.

Une preuve, encore une fois, que l'écoute et la mise en place d'un accompagnement complet tiennent un rôle crucial dans le traitement de toute maladie, plus encore pour celles sur lesquelles le tabou persiste.

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