Santé

C'est neurologiquement démontré: nos souvenirs personnels sont sculptés par la mémoire collective

Temps de lecture : 3 min

Grâce à l'imagerie cérébrale, une équipe française de neuroscientifiques éclaire d'un jour nouveau les méandres et les liens entre ces deux types de mémoires.

L'aviaton alliée, une image qui reste forte dans les esprits. | Armée de l'air des États-Unis via Wikimedia
L'aviaton alliée, une image qui reste forte dans les esprits. | Armée de l'air des États-Unis via Wikimedia

Qui trame les fils de l'étoffe de notre mémoire? Aidée des puissants outils de l'imagerie cérébrale, une équipe de recherche française vient de faire une découverte peu banale –un résultat quelque peu dérangeant quant aux origines et à l'élaboration de nos souvenirs personnels. Où il est démontré que nous sommes moins indépendant·es que nous pourrions l'imaginer, sinon l'espérer. Ces résultats viennent d'être publiés dans la revue Nature Human Behaviour.

Représentations de la Seconde Guerre mondiale

Pour mieux appréhender la notion de mémoire collective l'équipe a d'abord choisi de procéder à une «analyse de la couverture médiatique de la Seconde Guerre mondiale». Il s'agissait d'identifier au mieux les représentations collectives communes associées à cette période. Le contenu de trente ans de reportages et de documentaires sur la guerre –documents diffusés entre 1980 et 2010 à la télévision française, et retranscrits par écrit– a été passé au crible par les responsables de l'étude.

«Puis, à l'aide d'un algorithme, [les chercheurs] ont analysé ce corpus inédit et identifié des groupes de mots utilisés régulièrement pour parler de grandes thématiques associées à notre mémoire collective de la Seconde Guerre mondiale, comme par exemple le débarquement allié en Normandie», résume l'Inserm. «Notre algorithme identifiait automatiquement les thématiques centrales et les mots qui y étaient associés de façon récurrente, dévoilant ainsi nos représentations collectives de cette période cruciale de notre histoire», précise Pierre Gagnepain.

La question suivante consistait à établir un lien entre ces représentations collectives de cette partie de la guerre et les mémoires individuelles. Pour y répondre, les membres de l'équipe de recherche ont recruté vingt-quatre volontaires afin de leur proposer une expérience originale: visiter le Mémorial de Caen et observer des photos de la période, accompagnées de légendes.

Des images telles que celles du D-day restent un symbole de la victoire contre l'Axe dans la mémoire collective. | Bibliothèque Franklin D. Roosevelt via Wikimedia

Puis, sur la base des mots contenus dans ces légendes, l'équipe a défini le degré de relation entre les photos et les différentes thématiques de la mémoire collective. Elle a ainsi pu établir une proximité entre chacune des images. Lorsque deux photos étaient associées aux mêmes thématiques, elles étaient considérées comme «proches» dans la mémoire collective.

Degré de proximité

Les scientifiques se sont ensuite intéressé·es à la perception de ces photos dans la mémoire des volontaires, en cherchant à savoir si le même degré de proximité entre les photos se retrouvait aussi dans les souvenirs individuels. À cette fin, les volontaires ont passé un examen d'imagerie par résonance magnétiques nucléaire –examen durant lequel ces personnes se remémoraient les images vues la veille au Mémorial. La cible préférentielle de l'équipe de recherche était l'activité développée au sein du cortex préfrontal médian, la zone du cerveau associée à la cognition sociale.

Le cortex préfrontal ventrolatéral traite les informations relatives à la cognition sociale. | Pancrat via Wikimedia

Forte de toutes ces données, l'équipe a pu comparer le degré de proximité entre les photos. D'une part en s'intéressant aux représentations collectives de la guerre dans les médias et d'autre part via l'imagerie cérébrale. «L'équipe a ainsi montré que lorsqu'une photo A était considérée comme proche d'une photo B (parce qu'associée de la même manière à une même thématique collective), elle avait aussi une probabilité plus élevée de déclencher une activité cérébrale similaire que cette photo B dans le cerveau des individus», résume l'Inserm.

Pour l'exprimer plus simplement, «nos données démontrent que la mémoire collective, qui existe en dehors et au-delà des individus, organise et façonne la mémoire individuelle. Elle constitue un modèle mental commun permettant de connecter les souvenirs des individus à travers le temps et l'espace», explique Pierre Gagnepain.

Dans la lignée de Maurice Halbwachs

Et ensuite? Des travaux sont d'ores et déjà en cours pour mieux comprendre la nature, les modalités, le poids et les conséquences des interactions entre mémoire collective et mémoires individuelles. L'équipe de recherche française peut déjà tirer un enseignement des résultats qu'elle vient d'obtenir: aucune recherche sur le fonctionnement de nos souvenirs ne peut se faire sans prendre en compte le contexte social et culturel dans lequel nous évoluons en tant qu'individus. Voilà qui rassurera et confortera les sociologues situés dans la lignée de Maurice Halbwachs.

Il restera ensuite à savoir si la puissance à venir de l'imagerie cérébrale permettra, au-delà de la mémoire collective, de sonder dans la galaxie neuronale cérébrale les méandres analytiques de nos inconscients collectifs.

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