Monde / Économie

Au Japon, les seniors portent des exosquelettes pour travailler plus longtemps

Temps de lecture : 2 min

Face à une baisse de la main-d'œuvre et à des pensions insuffisantes, ces armatures permettent aux personnes âgées de rester sur le marché du travail.

En 2017, le taux d'emploi des 65-69 ans atteignait au Japon 54,8% chez les hommes et 35% chez les femmes. | Yoshikazu Tsuno / AFP

 
En 2017, le taux d'emploi des 65-69 ans atteignait au Japon 54,8% chez les hommes et 35% chez les femmes. | Yoshikazu Tsuno / AFP  

Il n'y a pas qu'en France que la question des retraites est un sujet épineux. Sauf qu'au Japon, le problème est ailleurs: la population nippone vieillit trop rapidement par rapport au nombre de naissances, et les jeunes se détournent des métiers manuels et agricoles. Qui va payer la retraite des personnes âgées? Elles-mêmes, à la sueur de leur front et avec l'aide de l'armure qu'elles portent sur leur dos.

L'exosquelette, sorte de robot accroché au corps qui accompagne et supplée les mouvements d'un individu, est la solution promue par le gouvernement pour faire travailler plus longtemps les 28% de 65 ans ou plus que compte la société japonaise. Plusieurs sociétés et industries proposent désormais cette technologie à leur main-d'œuvre aux cheveux grisonnants.

«C'est un peu comme une seconde peau», indique Kenji Takemura, un manutentionnaire du port d'Osaka. À 59 ans, il continue à charger, décharger, se baisser et porter des cartons –jusqu'à 100 tonnes par jour. Il ne pourrait pas accomplir cette tâche fastidieuse sans son exosquelette sur le dos; grâce à lui, il se voit déjà travailler au-delà de 63 ans, l'âge légal de la retraite au Japon.

Sur tout l'archipel, la concurrence devient féroce entre les sociétés proposant cette technique. La plus célèbre, Cyberdyne, commercialise l'un des systèmes les plus avancés. Son exosquelette lit les signaux bioélectriques du cerveau vers les muscles, afin d'imiter le mouvement prévu, et réduit d'au moins 15 kilos la charge réelle supportée par le dos.

«Vers une ère où l'on vit 100 ans»

Au Japon, travaille-t-on plus pour vivre mieux? Pas vraiment. Beaucoup de Japonais·es n'ont en fait pas d'autre choix. Selon un rapport publié par le Comité des systèmes financiers, un couple senior moyen perçoit une pension de 209.198 yens [1.758 euros], alors que ses dépenses mensuelles s'élèvent en moyenne à 263.718 yens [2.216 euros].

Pas étonnant donc de constater qu'en 2017, le taux d'emploi des 65-69 ans atteignait au Japon 54,8% chez les hommes et 35% chez les femmes. En France, ce taux n'est que de 6%.

À l'instar de l'Hexagone, le Premier ministre japonais envisage de réformer les retraites à travers un plan baptisé «Vers une ère où l'on vit 100 ans». En fixant l'âge légal à 70 ans, Shinzō Abe souhaite s'attaquer aux problèmes fiscaux causés par le vieillissement rapide de la population et la baisse conséquente de la natalité.

D'après des chiffres rendus publics fin décembre 2017 par le ministère de la Santé, seuls 941.000 bébés seraient nés cette année-là, contre 1,3 million de Japonais·es décédé·es. Si rien n'est fait pour enrayer ce déclin, qui entraîne une diminution de la force de travail et de la productivité du pays, la population japonaise pourrait tomber à zéro en l'An 3000.

Dans ce contexte, les exosquelettes apparaissent comme une nécessité plutôt que comme une véritable solution. Il faudra sans doute s'habituer à croiser dans les campagnes japonaises ces femmes et hommes-robots tout droit sortis de la science-fiction.

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