Culture

Les 20 meilleures séries des 20 dernières années

Temps de lecture : 20 min

Résumer les vingt années les plus riches de l'histoire de la télé en seulement vingt séries n'a pas été chose facile.

Après moult sacrifices et choix douloureux, notre top est prêt. | Serkan Turk via Unsplash
Après moult sacrifices et choix douloureux, notre top est prêt. | Serkan Turk via Unsplash

Avant de passer au classement tant attendu, voici les règles que nous avons établies pour réaliser notre sélection:

  • La série doit avoir commencé après le 1er janvier 2000. Cela exclut donc Les Sopranos, The West Wing ou encore Buffy contre les vampires, qui ont toutes eu plusieurs saisons diffusées dans les années 2000 mais sont nées dans les années 1990.
  • La série doit être terminée. On ne prend ainsi pas en compte des séries comme Succession, Better Call Saul, Russian Doll, BoJack Horseman ou Atlanta, qui font partie des meilleures de ces dernières années mais qu'on ne peut pas encore juger dans leur intégralité.
  • Les mini-séries sont exclues. Pas de Band of Brothers donc, ni de Sharp Objects ou de Twin Peaks: The Return, même si ça nous crève le cœur.

20. «The OA»

Dans une scène de la saison 2 de The OA, Steve, la brute au grand cœur, propose à Jesse de dormir sur son épaule. Jesse pouffe, hésite une demi-seconde, avant de finalement poser la tête sur l'épaule de son ami et de se détendre. C'est un peu ce que ces dingos de Brit Marling et Zal Batmanglij nous proposent de faire avec cette œuvre inclassable qui défie l'imagination: abandonner notre méfiance et notre peur du ridicule pour mieux nous laisser submerger par l'émotion.

Véritable plaidoirie contre le cynisme et l'ironie qui caractérisent beaucoup d'œuvres culturelles, The OA récompense la vulnérabilité et la foi de son public envers et contre tout. On y suit Prairie, une femme aveugle qui a recouvré la vue et prétend qu'elle peut voyager d'un univers à l'autre en faisant des mouvements de danse vraiment ridicules. C'est l'histoire d'une histoire, celle que raconte Prairie. Une histoire farfelue, épique et impossible à croire, et comme les personnages de la série, il faut choisir son camp: celui des sceptiques ou des converti·es. Nous, on a choisi.

19. «Crazy Ex-Girlfriend»

La représentation de la santé mentale à l'écran doit énormément à Crazy Ex-Girlfriend. Aucune autre série n'a exploré avec autant de minutie et de considération les aléas de la vie quotidienne avec une maladie mentale. Mais le plus remarquable vient sans doute de la forme qu'a pris cette exploration: en chansons. En quatre saisons, l'équipe de la série a accompli l'exploit presque inhumain de composer, enregistrer et filmer plusieurs morceaux par épisode, souvent accompagnés d'une chorégraphie.

Hilarants, bouleversants ou les deux à la fois, ces morceaux parodient tous les styles musicaux imaginables et font des pieds de nez aux clichés de la pop culture et au sexisme. Mais ils nous plongent aussi dans la psyché de Rebecca, l'héroïne, et nous permettent de comprendre l'étendue de son mal-être. C'est cet accomplissement musical que l'on retiendra pendant encore longtemps –comme en atteste la multitude de morceaux qui figurent encore sur notre playlist des chansons les plus écoutées de l'année.

18. «Six Feet Under»

Quand on regarde Six Feet Under, on a parfois l'impression de faire une thérapie d'exposition. Chaque épisode s'ouvre sur une mort, parfois violente, parfois tragique, ou bizarrement comique, et nous confronte à nos pires angoisses. Ces peurs existentielles traversent aussi les Fisher, la famille de croque-morts au cœur de la série. Pendant cinq brillantes saisons, l'œuvre d'Alan Ball dresse le portrait de leurs névroses, de leurs secrets et de leurs propres angoisses.

Mais, dans un développement on ne peut plus approprié pour une série sur la mort, c'est la fin de Six Feet Under qui l'a fait entrer dans les annales de la télé. Sa conclusion, aussi épique que bouleversante, est considérée à juste titre comme l'un des plus beau finales de l'histoire. Et franchement, il y a peu de choses aussi satisfaisantes que de voir une série déjà remarquable s'offrir un parfait point final.

17. «The Office (U.S.)»

Quand Hollywood a décidé de s'en prendre au classique de Ricky Gervais, on avait de quoi s'inquiéter. La version anglaise de The Office était un délice d'humour cringe difficile à égaler, et la première saison de l'adaptation américaine ne laissait d'ailleurs rien présager de bon. L'humour ne prenait pas et malgré quelques bons épisodes, la série luttait pour trouver son ton et sa raison d'être. C'est lorsqu'elle s'est éloignée de son aïeule anglaise et qu'elle a décidé d'ajouter un peu plus de cœur à son histoire que The Office (U.S.) a vraiment pris son envol.

Avec Jim et Pam, la série nous a offert l'une des histoires d'amour les plus mémorables des vingt dernières années. Elle a aussi exploré la naïveté et la vulnérabilité de Dwight qui, tout en restant l'objet des blagues les plus drôles, est devenu un personnage complexe et attachant. Mais le cœur de The Office US restera toujours Michael Scott. Le patron antipathique et égocentrique des premiers épisodes s'est révélé, au fil des saisons, de plus en plus humain et émouvant. Grâce à l'interprétation toute en nuances de Steve Carell, Michael pouvait être à la fois insupportable, attachant et pathétique –un cocktail explosif qui a fait de la série l'une des comédies les plus cultes de tous les temps.

16. «Veronica Mars»

Sortie en 2004, Veronica Mars renvoie à l'époque nostalgique où l'on regardait les séries sur la télé hertzienne, après les cours. Mais quinze ans après sa diffusion originale, la série reste l'une des plus incisives du XXIe siècle et elle n'a pas pris une ride –ce qui explique la facilité avec laquelle on se replonge dans ses diverses suites. Veronica Mars n'est pas une série d'ados comme les autres: puisant ses références dans le genre du film noir, elle contient certains des meilleurs dialogues jamais écrits sur cette planète, un casting impeccable et, surtout, une intrigue féministe avant-gardiste.

L'héroïne commence la série en paria, traumatisée par le meurtre de sa meilleure amie et soupçonnant l'un de ses camarades de classe de l'avoir droguée et violée après le bal de promo. Grâce aux compétences de détective privé qu'elle a acquises auprès de son père, Veronica se lance alors dans une quête de revanche.

Les violences sexistes deviennent ainsi la ligne directrice de la série, déployée avec humour et perspicacité. En trois saisons, la jeune femme a résolu beaucoup d'enquêtes et affronté encore plus de misogynes à l'aide de son intelligence, de sa répartie inégalable et de son Taser, devenant l'une des héroïnes télé les plus inspirantes de tous les temps.

15. «Friday Night Lights»

Il y a une raison pour laquelle «Clear eyes, full hearts, can't lose», la devise de l'équipe de foot des Panthers, est régulièrement réutilisée dans le monde réel et la pop culture. Cette citation emblématique traduit parfaitement la sincérité désarmante de la série, qui nous a fait pleurer à chaudes larmes plus de fois qu'on ne peut compter –son principal scénariste, Jason Katims, a ensuite créé Parenthood, une autre série hautement lacrymale.

Si Friday Night Lights réussit toujours à nous émouvoir, c'est en partie grâce à son style naturaliste, basé sur l'improvisation, qui renforce la sensation de spontanéité et de proximité avec les personnages. C'est aussi grâce à l'immense talent de son casting, dont beaucoup des membres étaient alors des quasi-inconnus, de Matt Lauria à Michael B. Jordan en passant par Jesse Plemons.

Mais ce sont Connie Britton et Kyle Chandler, dans les rôles d'Eric et Tami Taylor, qui resteront pour toujours le point d'ancrage émotionnel de la série. Couple toujours solide à travers les épreuves, Coach et Mrs. Coach sont devenues, discours inspirant après discours inspirant, les figures parentales ultimes du petit écran.

14. «The Good Wife»

The Good Wife s'ouvre sur une scène devenue classique à la télé américaine: un homme politique accusé de liaison extra-conjugale présente ses excuses devant un parterre de journalistes. À ses côtés, sa femme, digne –portrait parfait de la victime. La série s'intéresse à cette figure silencieuse et à ce qu'elle devient après cette humiliation publique.

Après l'emprisonnement de son mari, Alicia doit reprendre une carrière d'avocate qu'elle avait abandonnée pour devenir mère au foyer et vivre avec le poids d'une notoriété dont elle se serait bien passée. Au fil des saisons, elle reprend peu à peu possession de son histoire, utilisant son statut de victime à son avantage et se montrant souvent aussi calculatrice que ses adversaires.

Sous ses allures de série judiciaire classique, The Good Wife dresse en réalité le portrait complexe d'une femme en révolte, de ses désirs et de ses contradictions –le tout en maintenant un niveau d'écriture et de pertinence remarquable pour une série procédurale de plus de 150 épisodes.

13. «Breaking Bad»

Honnêtement, si on refaisait cette liste dans quelques années, on remplacerait sans doute Breaking Bad par son spin-off, Better Call Saul, qui le surpasse sur presque tous les plans (hormis peut-être les séquences d'action, et encore). Mais il est incontestable que Breaking Bad a profondément marqué la pop culture des vingt dernières années, et que sur ses cinq saisons, il est quasiment impossible de pointer du doigt un seul mauvais épisode de cette série remarquablement consistante, qui n'a fait que s'améliorer sur la durée.

Breaking Bad, c'est la trajectoire fascinante d'un prof de chimie médiocre et affable devenu baron de la drogue. Grâce à des réalisateurs brillants comme Rian Johnson ou Michelle MacLaren, la série a démontré une volonté constante d'innover visuellement et d'en mettre plein les yeux à son public, sans jamais perdre de vue les enjeux émotionnels de ses personnages, interprétés à la perfection par Bryan Cranston et Aaron Paul. Résultat: une série parfaitement divertissante et immédiatement culte.

12. «Lost»

Avant la folie Game of Thrones, il y a eu la folie Lost: un phénomène culturel démentiel qui a scotché le monde entier à son écran, engendré des multitudes de théories en ligne et poussé des millions de personnes à s'interroger, le souffle court, sur la capacité de la série à bien retomber sur ses pattes. Ce ne fut… pas vraiment le cas, avec un dernier épisode clivant qui transforma le scénariste et cocréateur Damon Lindelof en véritable cible pour les fans en colère (depuis, il se porte plutôt bien).

Génie incompris ou ratage monumental, peu importe: c'est cet amour des extrêmes qui résume le mieux le pouvoir de Lost, la série à twists la plus addictive du XXIe siècle. Avec un rythme de production effréné et parfois chaotique, ses créateurs ont sans cesse cherché à repousser les frontières de ce que la télé pouvait se permettre de faire.

Avec une telle prise de risque gravée dans son ADN, il était impossible que tout réussisse. Mais les échecs et les succès de Lost sont indissociables. Pendant six ans, semaine après semaine, la série a rendu tout le monde dingue. Et à chaque fin d'épisode, on en redemandait.

11. «Game of Thrones»

On s'est demandé si Game of Thrones méritait encore sa place sur cette liste après la débâcle de ses deux dernières saisons, mais si sa chute a été aussi violente, c'est aussi parce que la série nous avait habituées à un niveau de qualité jusqu'alors exceptionnel.

Quand on nous demande de citer les meilleurs moments télé des vingt dernières années, une bonne dizaine d'épisodes de Game of Thrones nous viennent à l'esprit. De l'exécution de Ned au Red Wedding en passant par la bataille des bâtards et celle de Hardhome, le poids lourd d'HBO a offert à son public davantage de moments épiques et mémorables qu'aucune autre série.

Mais le brio de la série dans ses premières saisons (et ce qui manque aux deux dernières), c'est la qualité d'écriture de ses moments les plus calmes et de ses scènes d'exposition. Dans ses meilleures heures, Game of Thrones était une fresque nuancée et subversive sur le pouvoir, l'honneur et l'héroïsme. C'est cette complexité morale qui a fait toute la beauté de la série, jusqu'à ce qu'elle ne s'abandonne complètement au grand spectacle, et c'est pour cela qu'elle mérite encore sa place dans ce classement.

10. «Halt and Catch Fire»

Comme The Leftovers, Halt and Catch Fire a mis un peu de temps à sortir de son cocon. La série, qui retrace le destin de quatre entrepreneur·es au cœur de la révolution informatique des années 1980, a eu au départ du mal à se détacher de l'ombre de Mad Men. Mais les éléments qui allaient rendre la série électrique étaient déjà là: l'ambition dévorante et visionnaire de Joe, la passion de Cameron, la charge mentale frustrante de Donna, les insécurités de Gordon…

Dès le début de la saison 2, les scénaristes ont eu la présence d'esprit de faire passer au premier plan les deux personnages féminins; rapidement, leur partenariat est devenu le cœur battant de la série. Plus subtile, plus féministe mais aussi plus ambitieuse, cette dernière n'a alors cessé de surprendre, avec de nombreux bonds dans le temps qui reflétaient la course au progrès des personnages.

Halt and Catch Fire est le récit de ces petit·es pionnièr·es de l'informatique qui ont travaillé sans relâche en quête d'innovation et ont été effacé·es de l'histoire par Apple, IBM et les autres. Mais c'est aussi et surtout une réflexion exaltante sur les joies et les frustrations de la vie créative et l'un des drames les plus complexes et réalistes sur les rapports entre collègues et associé·es.

9. «Veep»

Vous pouvez choisir n'importe quel épisode et n'importe quelle saison de Veep, vous aurez la garantie de son excellence. La comédie d'HBO a maintenu sur ses sept saisons un niveau de qualité hors normes, rivalisant de génie à chaque nouveau chapitre. Créée par le scénariste britannique Armando Iannucci, à qui l'on doit aussi The Thick of It et La Mort de Staline, Veep est une satire politique drôlissime sur l'envers du décor de Washington, D.C..

Au cœur de la série, une femme, la vice-présidente Selina Meyer, jouée par la légendaire Julia Louis-Dreyfus. Si Selina est magistrale dans ses insultes, elle est médiocre dans tous les autres domaines. C'est d'ailleurs ce qui définit le monde politique de Veep, cynique à l'extrême, incompétent et amoral, mais brillant lorsqu'il s'agit d'écraser son rival à coup de réparties (on ne s'en lassera jamais).

Lorsque la série est sortie en 2012, la satire était évidente et si beaucoup y voyaient la description la plus fidèle du petit monde politique de Washington D.C., personne ne reconnaissait Obama et son entourage dans les personnages de Veep. Et puis la réalité a dépassé la fiction avec l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, et la série a dû s'adapter pour rester pertinente.

Ses dernières saisons montrent l'arrivée au pouvoir, grâce au populisme, de personnalité inaptes et ridicules. Dans un final aussi parfait que glaçant, Veep dresse le portrait de la fin de la moralité en politique –le tout en nous faisant toujours autant rire, parce qu'il vaut mieux ça que pleurer.

8. «Battlestar Galactica»

Le premier épisode de Battlestar Galactica est si addictif qu'il fait l'objet d'un sketch dans la série Portlandia, où les deux personnages deviennent tellement accros à la série qu'ils en oublient de se laver, d'aller travailler et de payer leur facture d'électricité. Mais l'œuvre de Ronald Moore est bien plus qu'un simple binge captivant.

Épopée de science fiction, Battlestar Galactica s'ouvre sur la quasi-extermination de la race humaine par une armée de robots, puis suit la guerre entre les quelques centaines de survivant·es humain·es et leurs adversaires.

Diffusée dans l'Amérique anxiogène de l'après-11-Septembre, la série s'intéresse à la notion de trauma et de deuil collectif, mais remet aussi en question l'idée d'une lutte manichéenne entre le bien et le mal. Plus qu'une guerre épique, c'est un questionnement sur la nature humaine et une œuvre qui ose poser des questions aussi incendiaires que «la race humaine mérite-t-elle de survivre?». Si tout ça ne suffisait pas, Battlestar Galactica nous offre également des scènes de batailles spatiales époustouflantes et l'une des fins les plus surprenantes de l'histoire de la télé.

7. «Parks and Recreation»

Parks and Recreation est sans conteste la série la plus joyeuse et optimiste de cette liste. Écrite par Mike Schur et Greg Daniels, deux vétérans de The Office U.S., cette comédie retrace les aventures d'une équipe d'employé·es du service parcs et loisirs d'une petite mairie de l'Indiana. D'un cadre aussi banal, Schur et Daniels tirent l'unes des œuvres comiques les plus drôles et émouvantes de ces vingt dernières années.

Si la sauce prend, c'est grâce aux personnages de la série, plus attachants les uns que les autres et presque tous devenus cultes. Il a fallu un peu plus d'une saison à Parks and Rec pour prendre ses marques et consolider son casting, mais une fois qu'elle a trouvé son ton, la sitcom n'a cessé de briller. Au fil de ses sept saisons, elle nous aura offert un nombre incalculable de scènes hilarantes et de répliques inoubliables, mais aussi de grands moments d'émotion. Un vrai bijou qu'on ne se lassera jamais de regarder.

6. «Deadwood»

S'il fallait classer les séries uniquement pour leurs dialogues, Deadwood arriverait première. Tout le génie de l'œuvre de David Milch réside dans la poésie inimitable de ses répliques, souvent divinement grossières et presque impossibles à traduire. Dans la bouche de ses héros, les observations les plus terre à terre prennent des airs de mélodie et la moindre insulte sonne comme du Shakespeare.

En trois saisons seulement, la série a aussi réussi à aligner un casting d'ensemble hallucinant, composé d'acteurs au sommet de leur art –Timothy Olyphant, Molly Parker, Kim Dickens, John Hawkes, W. Earl Browne… Car Deadwood, c'est une riche collection de personnages terriblement humains et complexes, qu'il s'agisse du sombre leader Al Swearengen (Ian McShane) ou de Calamity Jane (Robin Weigert), qui cache ses démons et sa vulnérabilité derrière des rafales de «fuck».

Avant d'être intégrée aux États-Unis, la ville –réelle– de Deadwood était un territoire sans loi ni shérif, peuplé de gens à la recherche d'opportunités, d'or ou de débauche. En reconstituant son histoire et sa transformation fulgurante, David Milch nous raconte la naissance de l'Amérique: violente, pleine d'idéaux et progressivement rongée par les intérêts capitalistes.

5. «The Americans»

Si vous deviez dessiner l'image d'Épinal de la famille américaine, vous ne pourriez sûrement pas faire mieux que les Jennings. Elizabeth et Philip, les parents, sont beaux et charismatiques, et leurs enfants sont à leur image. Ils vivent dans une jolie maison d'une banlieue tranquille de Washington, D.C. et dirigent leur propre entreprise. Sauf que Philip et Elizabeth sont en réalité des espions russes infiltrés aux États-Unis en pleine guerre froide.

Moitié série d'espionnage, moitié drame familial, The Americans (qui est inspiré d'une histoire vraie) se joue de nos préjugés en faisant des méchants de la grande histoire les héros de la petite. À travers leurs états d'âmes, leurs trahisons et leurs contradictions, la série interroge le rêve américain –Philip est séduit par le style de vie local, tandis qu'Elizabeth reste ancrée dans l'idéologie communiste (malgré son impressionnante garde-robe).

Si la série offre pléthore d'excellentes scènes d'action, c'est avant tout l'histoire d'un couple forcé de vivre ensemble, qui apprend au fil des années à s'aimer –et de leur entourage, entraîné malgré eux dans une vie de mensonge et de tromperie. La série culmine avec un épisode final dévastateur, qui donne encore plus de poids émotionnel aux saisons qui l'ont précédé et en fait l'une des rares œuvres à avoir parfaitement réussi sa fin.

4. «Fleabag»

«Tu sais aimer mieux que nous tous. C'est pour ça que tu en souffres tant»: voici ce que le père de Fleabag lui dit à la fin de la série. Ce qui semblait être à ses débuts une comédie sur une femme un peu paumée et obsédée par le sexe a mué en une fable bouleversante sur le deuil, le pardon et l'amour.

Lorsqu'on fait la connaissance de Fleabag, elle vient de perdre sa mère puis sa meilleure amie et gère son désarroi en enchaînant répliques sarcastiques et coups d'un soir. La première saison effeuille chacune de ces couches protectrices pour dévoiler l'héroïne, à nu et vulnérable. On aurait pu en rester là, mais Phoebe Waller-Bridge, la créatrice et interprète de la série, a décidé de revenir pour un deuxième chapitre encore plus brillant que le premier. Celui-ci se concentre sur la reconstruction de l'héroïne à travers sa relation avec sa sœur et son histoire d'amour avec un prêtre –parce que Fleabag ne serait pas ce qu'elle est sans une bonne dose de subversion.

L'écriture est d'une précision renversante, le casting absolument parfait, le final inoubliable et le jeu de Phoebe Waller-Bridge avec le quatrième mur audacieux et révolutionnaire. Aucune autre série n'a réussi à mêler aussi aisément drame existentiel et comédie hilarante, et aucune n'est parvenue à atteindre un tel niveau de perfection en seulement douze épisodes.

3. «The Leftovers»

Dans The Leftovers, 2% de la population vient de disparaître. Pourquoi? Qu'est-il arrivé? On ne le saura jamais, car s'il y a bien une chose que Damon Lindelof a retenu de son travail sur Lost, c'est que parfois, il vaut mieux qu'un mystère reste sans réponse. On se retrouve donc avec les «restant·es», confronté·es à un deuil impossible. Il y a Kevin, qui a vu sa vie familiale s'effondrer et craint de perdre la raison, mais aussi Nora, qui a perdu son mari et ses enfants et semble être devenue l'équivalent humain d'une bombe à retardement.

The Leftovers est tout sauf une série facile ou facilement digestible, et elle nous force à contempler le désespoir de ses personnages sous toutes ses formes. Mais au fil des saisons, elle a su créer des moments de transcendance à la fois absurdes, drôles et bouleversants, qui sont devenus la marque de fabrique de la série –et de Lindelof, si l'on en croit les premiers épisodes de Watchmen. Damon Lindelof, qui a fait ses armes sur Lost, a toujours aimé provoquer et repousser les limites de notre imagination. Il le prouve amplement avec cet épisode, où Kevin se réveille dans une baignoire remplie d’eau, et réalise rapidement qu’il s’est retrouvé dans un monde parallèle après avoir avalé du poison. Dans cet univers Kevin est un assassin international et pour pouvoir s’échapper de ces limbes, il a une mission: tuer Patti, son antagoniste depuis deux saisons. Plus l’épisode progresse, plus l’absurdité de la situation laisse place à une profonde mélancolie (un sentiment auquel tous les fans de la série sont désormais habitués). Quand Patti prend le visage d’un enfant, toute la vulnérabilité du personnage, une ancienne femme battue devenue puissante quand le reste du monde a été anéanti, est révélée. Kevin réalise alors qu’il doit perdre un peu de lui-même pour se débarrasser de celle qui le hante depuis des mois. Ambitieux et dévastateur, International Assassin a totalement redéfini ce que The Leftovers était capable de faire, et nous a offert un des épisodes de télévision les plus surréalistes et émouvants de la décennie.

Le plus beau tour de force de la série est d'avoir transformé un récit de science-fiction en l'une des histoires d'amour les plus épiques que le petit écran nous ait offerte. Rires, pleurs, questions existentielles, romance, séquences d'action: The Leftovers contient tout ce que la télé peut faire de mieux, et même un peu plus.

2. «The Wire»

Si tout a déjà été écrit sur The Wire, c'est parce que c'est avec cette série (et Les Sopranos) que le format sériel a révélé tout son potentiel narratif. Longtemps réservée aux sitcoms grand public et aux séries procédurales en dix saisons, la télé est soudain devenue le refuge de créateurs ambitieux, en quête d'une plateforme où développer leurs idées en profondeur. Avec The Wire, David Simon a offert à l'univers des séries son premier grand roman naturaliste.

Ici, le personnage principal est une ville, Baltimore, où Simon a longtemps été journaliste. Dans un choix structurel sans précédent, chaque saison est un nouveau tome dans l'exploration d'un système politique, judiciaire et urbain défaillant. La série change régulièrement de terrain (du trafic de drogue à l'éducation, en passant par l'univers politique et les médias), renvoyant les personnages-clés du chapitre précédent au second plan.

Si ce portrait d'une ville en proie au crime et à la corruption est chirurgical, il n'en est pas moins rempli d'humanité et d'empathie. La trentaine de personnages qui le composent sont tous remarquablement cohérents et développés, rendant la tragédie d'un système qui écrase les plus vulnérables d'autant plus palpable.

1. «Mad Men»

Les critiques de Mad Men disent souvent qu'elle est ennuyeuse: une réputation injuste, puisqu'il n'y a pas un seul épisode de la série qui ne nous fasse pas rire. Et puis, comment qualifier de chiante une œuvre qui contient un accident de tondeuse particulièrement grotesque, des trips psychédéliques, un numéro de claquettes sous speed, un adieu musical et la bande-son la plus groovy de tous les temps?

Mais si Mad Men est la première de notre liste, ce n'est pas seulement pour sa direction artistique sublime, ses moments hilarants, son audace stylistique ou ses nombreux plans inoubliables: c'est parce qu'il s'agit de la série qui offre l'exploration la plus complexe de la psychologie humaine.

Mad Men propose un portrait de l'Amérique pendant les sixties, une décennie qui va bouleverser le pays. La série aborde cette période-clé à travers les trajectoires croisées de deux personnages: Don représente la rigidité classique des fifties sur le déclin et Peggy, une jeune femme en pleine ascension sociale et professionnelle, évoque la modernité. Lui a construit toute sa carrière en mentant sur son identité, elle commence la série en ingénue mais apprendra vite à se réinventer.

En plaçant ses personnages dans le milieu de la publicité, un monde où n'importe quel produit peut être vendu du moment qu'il est accompagné du bon récit, la série égratigne la notion du rêve américain et nous demande s'il est vraiment possible d'inventer sa propre histoire.

Mad Men n'est pas que l'histoire de Don et Peggy, puisqu'elle reste l'une des rares séries à avoir accordé autant d'attention à tous ses personnages, même secondaires. Peu d'autres œuvres auraient pris le temps de conférer une vie intérieure si riche à Betty Draper, Joan Holloway ou Lane Pryce; peu auraient donné autant de nuance à Pete Campbell, aussi détestable que touchant. Même des personnages qui n'ont été présents que pour quelques épisodes, comme Rachel Menken, ou qui ont passé toute la série en arrière-plan, comme Ken Cosgrove, ont laissé une marque indélébile.

Aucun autre programme n'arrive à dresser le portrait de tout un pays et de sa culture, à créer des portraits psychologiques aussi fins tout en nous faisant rire et en nous émerveillant à chaque épisode. Voilà pourquoi aucune autre série, ces vingt dernières années, n'a surpassé Mad Men.

Mentions spéciales: The Deuce, Firefly, Louie, Girls, Party Down, Dollhouse, 30 Rock, Catastrophe, Enlightened, The Knick, Justified, Looking, The Shield, Hannibal, Silicon Valley et Curb Your Enthusiasm.

Tous les mercredis, Anaïs Bordages et Marie Telling décryptent pour Slate.fr l'actu des séries avec Peak TV, une newsletter doublée d'un podcast.

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