Société

Pourquoi c'est toujours le bordel en France

Temps de lecture : 3 min

[BLOG You Will Never Hate Alone] À force de se croire malheureux on finit par l'être, et, l'étant, on le devient encore plus.

Plus rien ne trouve grâce aux yeux de l'opinion. Manifestation du 10 décembre 2019 contre la réforme des retraites place Denfert-Rochereau à Paris. | Zakaria Abdelkafi / AFP
Plus rien ne trouve grâce aux yeux de l'opinion. Manifestation du 10 décembre 2019 contre la réforme des retraites place Denfert-Rochereau à Paris. | Zakaria Abdelkafi / AFP

La France est un drôle de pays qui n'aime rien tant que de se démarquer des autres nations, attribut qui la rend tout à la fois attachante et parfois un brin exaspérante. Rien en France ne s'accomplit comme dans une contrée ordinaire. On râle aussi souvent qu'on manifeste et on cultive le malheur avec un soin jaloux. Tout va toujours de travers sous le ciel de l'Hexagone et dans ce pays de Cassandre, on se complaît dans une sorte de posture victimaire qui ferait des Français un peuple de persécutés.

On dit les Français soucieux du principe d'égalité et on abhorre l'injustice sous toutes ses formes. Autrefois, pour des questions de privilèges, on y coupait des têtes. Aujourd'hui, on se contente de démonter des abribus et autres mobiliers urbains, mais la défiance envers les élites –ces têtes auto-couronnées– demeure exactement la même. À la première contrariété rencontrée, on bat le pavé et bien souvent, de ce même pavé, on s'en sert pour tester la patience et la résilience des forces de l'ordre, laquais à la botte du pouvoir.

À force de se croire malheureux on finit par l'être, et, l'étant, on le devient encore plus. Plus rien ne trouve grâce aux yeux de l'opinion et à peine un nouvel élu prend-il ses fonctions que déjà on souhaite en changer. S'il se lance dans des réformes hasardeuses, on le prend pour un hérétique coupable de haute trahison, et s'il cultive une forme d'immobilisme, on l'accuse de mollesse et on maudit son incapacité à réformer le pays en profondeur.

C'est qu'en France, tout passe par l'État. Quand on a un problème de plomberie, on appelle à la rescousse le ministre de l'Intérieur ou le maire d'arrondissement; une poussée hémorroïdaire exige l'intervention du ministre de la Santé. Et si ces derniers tardent à répondre, on fustige leur incompétence. De l'État, on attend tout: qu'il soit protecteur et redistributeur, doux et soyeux comme une potion contre la toux, tendre et affable comme un conseiller conjugal, compréhensif au-delà de toute mesure et d'une parfaite équité. S'il déroge à la moindre de ces missions, on descend dans la rue, on demande des comptes; s'il le faut, on met le pays à l'arrêt et on exige le retrait immédiat de la réforme proposée.

C'est comme si les Français étaient les victimes d'une malédiction éternelle orchestrée par des dieux vengeurs. On naît mécontent, on grandit frustré et amer, et on meurt, consumé de rage et de rancœur mêlées. Pleut-il trop que c'est la faute du chef de l'État. Le pays se consume de sécheresse, on exige des explications du côté de Matignon et toute son existence durant, on reste dans un état de perpétuelle insatisfaction comme si toute vie devait être forcément un long fleuve tranquille.

C'est une force et une faiblesse.

On ne se résout pas à l'amertume, à l'injustice, aux ruisseaux de l'inégalité qui rendent les gens envieux du sort des uns et des autres. Grâce à quoi, à force d'obstination, de combat syndical, de courage, de sacrifice, on obtient des avancées sociales qui font l'admiration du monde entier. Mais une fois obtenues, on les oublie aussitôt et des gains acquis, on en fait une habitude. Si bien que quand des vents contraires se lèvent, on reste à quai, saisi par un désespoir outrancier, comme ces enfants de divorcés qui trente ans après la séparation de leurs parents, continuent à fustiger leur comportement égoïste et individuel, source de tous leurs malheurs.

Il est trop tard pour que la France change; elle est condamnée à l'immobilisme et ce n'est la faute de personne ou alors c'est celle de tout le monde. Les pauvres resteront pauvres, les riches riches et au beau milieu subsistera cette masse informe de citoyens qui un beau matin, lassés de tout, de la vie et d'eux-mêmes, des ratés de l'existence et des coups du sort, s'offriront en sacrifice à quelques populistes démoniaques lesquels les trahiront avec l'arrogance de l'ignorant.

Le malheur quand il est fantasmé est toujours la plus puissante et la plus enivrante des drogues.

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