Santé / Sciences

La dose de bisphénol A dans nos organismes pourrait être plus élevée qu'on ne le croit

Temps de lecture : 2 min

Une étude américaine remet en cause l'exactitude des résultats de dépistage de ce produit chimique nocif, utilisé dans les plastiques.

Le bisphénol A n'est pas présent uniquement dans les bouteilles en plastique. | 422737 via Pixabay
Le bisphénol A n'est pas présent uniquement dans les bouteilles en plastique. | 422737 via Pixabay

Neuf millions de tonnes de bisphénol A (BPA) sont produites chaque année dans le monde. Ce composé chimique utilisé dans le processus de fabrication de nombreux plastiques (emballages alimentaires, gobelets, etc.) est toxique. Selon plusieurs études, il augmenterait les risques de maladies cardiovasculaires, de diabète, de cancer du sein et de la prostate, ou encore d'infertilité et de malformations congénitales.

Ce constat est connu des autorités, mais une équipe de recherche de l'université de Washington tire la sonnette d'alarme. D'après sa nouvelle étude, la dose moyenne relevée par le meilleur protocole de dépistage du BPA chez l'être humain pourrait être inexacte. Des doses quarante-quatre fois supérieures à la dose moyenne relevée dans nos urines par les précédents protocoles (51,99 nanogrammes par millilitre contre 1,2 ng/ml) ont été décelées.

Le caractère inexact des tests actuels serait dû au BPA en lui-même, qui se métabolise rapidement dans l'organisme, se transformant en sous-produits chimiques appelés métabolites. C'est cette transformation qui rend difficile le dépistage dans le sang ou l'urine à l'état pur. L'équipe de Washington a développé un test qui peut mesurer directement les métabolites et capable de repérer le BPA même lorsqu'il se cache sous ses formes chimiquement modifiées.

Les scientifiques ont effectué des analyses d'urine de BPA en utilisant les techniques anciennes et nouvelles sur un échantillon de cinq hommes adultes et cinq femmes adultes, ainsi que sur un deuxième groupe de vingt-neuf femmes enceintes –à la fois parce que la grossesse change la façon dont le BPA est métabolisé, et parce que l'un de ces changements peut affecter directement le fœtus. Ce sont ces tests qui ont révélé l'estimation du BPA quarante-quatre fois supérieure à ce qui avait été précédemment observé.

Des mesures qui posent question

Les résultats de cette étude impliquent des conséquences graves non seulement pour notre santé individuelle, mais encore pour les politiques gouvernementales visant à réduire l'exposition globale au bisphénol A. «Parce que des niveaux d'exposition négligeables ont été la pierre angulaire des décisions réglementaires, ont écrit les responsables de la recherche dans leur rapport publié dans la revue The Lancet Diabetes and Endocrinology, les données actuelles soulèvent des préoccupations urgentes selon lesquelles les risques pour la santé humaine ont également été considérablement sous-estimés.»

En 2012, l'administration américaine des denrées alimentaires et des médicaments (FDA) a modifié sa réglementation pour ne plus autoriser l'utilisation du bisphénol A dans les biberons. Dans le même temps, l'agence soutenait que les niveaux actuels d'exposition chez les adultes ne constituaient pas un risque pour la santé. Une décision appuyée par le fait que, selon le meilleur protocole de dépistage disponible, les concentrations moyennes de ce composé dans l'urine humaine étaient si faibles qu'elles ne nuisaient pas à la plupart des gens.

En 2018, la FDA a maintenu que le bisphénol A ne représentait pas un réel risque malgré le désaccord de certain·es personnes impliquées dans la recherche, celles qui participent notamment au programme Clarity-BPA. Si les résultats de cette nouvelle étude sont reproduits, cela pourrait déclencher de nouveaux appels à la FDA –muette pour l'instant– pour reconsidérer le statut du bisphénol A.

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